Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Syndicalisme

Le gouvernement libéral fait adopter une loi pour forcer le retour au travail

Le gouvernement libéral fait adopter une loi spéciale pour forcer le retour au travail des quelque 170 000 ouvrières et ouvriers de la construction membres de l’Alliance syndicale

Depuis, au moins, l’année 2010, aucune des 4 conventions collectives du secteur de l’industrie de la construction n’ont été signées dans le temps prévu par la loi. La loi établit que les conventions collectives prennent fin le 30 avril aux quatre ans. Donc, si le 1er mai suivant il n’y a pas d’entente syndicale patronale les négociations continuent, et les parties peuvent demander l’intervention d’un médiateur nommé par le ministère du Travail. À ce moment, le compte à rebours commence pour exercer des moyens de pression allant jusqu’à la grève générale pouvant être exercée par les syndicats... ou le lockout patronal.

Les revendications de l’Alliance syndicale

Cette année 2017, et pour les prochains 4 ans, les revendications présentées par l’Alliance syndicale étaient fort simples. Sur le plan salarial, une augmentation forfaitaire de $ 1,14 de l’heure pour tout le monde, de manière à diminuer l’écart salarial grandissant entre les plus hauts et plus bas salariés ; quelques augmentations des primes ( chef d’équipe, chef de groupes, etc.) sur la base de référence de l’inflation. Sur le plan normatif, réduction à 45 heures la semaine de travail pour certains groupes de travailleurs (travaux d’asphalte), flexibilisation des horaires du début et fin de la journée de travail pour les travailleurs -travailleuses monoparentales en charge des enfants ; des revendications sur la santé et sécurité au travail ( l’industrie de la construction est celle qui enregistre le plus grand nombre de maladies professionnelles, d’accidents et de décès dans l’ensemble de l’activité économique).

Donc, des demandes monétaires plus que "raisonnables" et l’implantation de conditions de travail plus humaines permettant une meilleure qualité de vie par la voie de la conciliation famille-travail.

Les demandes patronales

Du côté patronal, il faut le dire, les demandes sont fort simples aussi. Les thèmes de leurs demandes qu’ils écrivent noir sur blanc : FLEXIBILITÉ, UNIFORMITÉ, SIMPLIFICATION. Tout ça se traduit par : l’augmentation du droit de gérance ( actuellement le droit de gérance patronal dans la construction est équivalent à celui de la chaîne de fast-food Mac Donald ! ). Ils veulent davantage. Par exemple établir les horaires de travail comme bon leur semble. Changer sans préavis changer les horaires du début et la fin de la journée de travail et même faire entrer au travail leurs employé-e-s durant la fin de semaine sans compensation. De plus, ils veulent faire concorder les conditions de travail avec celles dans la construction ailleurs au Canada ( qui sont moindres, plus précaires, et déréglementées), mais aussi avec les plus basses conditions de travail d’autres types d’industries au Québec. Sur le plan salarial, les patrons veulent s’ériger comme les seuls arbitres des revenus de leurs employé-e-s disant que les augmentations doivent s’établir sur la base d’une étude (à faire ) sur « l’enrichissement » des travailleurs et des travailleuses durant les dernières années tenant comme seul paramètre l’indice de l’inflation. Ils disent aussi qu’il faut évaluer ( par eux ) "l’acceptabilité sociale des augmentations" (!!!)

Évidemment, les marges de profits des patrons ne sont connues par personne, mise à part eux, et ne sont pas calculées non plus sur la même base que celui du pourcentage de l’inflation. On peut dire que tous ces concepts patronaux ne cachent et ne visent que l’augmentation de l’extraction de plus-value. Dans cette croisade, ils comptent avec leurs ami-e-s du gouvernement ( certains porte-parole patronaux ont été des chefs de cabinet d’anciens ministres du Travail…) et certains "maires-roitelets" de villes, pour discipliner et faire plier l’échine des travailleurs avec des lois spéciales de retour au travail.

Le législateur au service de la stratégie patronale

Dans l’exercice du rapport de force syndicale-patronal, la loi avantage, sans gêner le législateur, la partie patronale puisque, 1) sauf l’exercice de la grève générale dans tous les secteurs de l’industrie ( institutionnelle-commerciale ; industrielle ; génie civil et voirie ; résidentielle) en même temps, il n’y a pas d’autres moyens de pression possible qui est permis et, 2) il n’y a pas de rétroactivité salariale pour les ouvrières et ouvriers de la construction. Ce deuxième point devient décisif dans la stratégie patronale qui joue toujours à étendre le plus possible les négociations au-delà des échéanciers, quitte à devoir affronter une grève que, de toute manière, se disent-ils, ne durera pas longtemps puisque le gouvernement imposera, "au mon de l’intérêt suprême de l’économie" une loi spéciale de retour au travail avec des conditions non négociées.

D’autre part, si la stratégie de l’Alliance syndicale est de ne pas exercer la grève et de continuer à négocier, et que ces négociations durent plusieurs mois ( comme en 2010 alors que les ententes de principe ont été signées le mois de septembre, 4 mois plus tard que prévu avec une perte salariale 45 fois millionnaire pour l’ensemble de travailleurs), cela se traduit l’usage du « balonay » dans les sandwichs des travailleurs ce qui les pousse à faire pression pour arriver à une entente afin d’arrêter de perdre du salaire et de « limiter d’autres dégâts ». Les patrons qui provoquent cette situation mettent encore plus de pression pour les faire signer au rabais en imposant certaines conditions qu’en temps « normal », ils ne peuvent pas imposer.

Il est temps, pour les années à venir, que l’ensemble des organisations syndicales du milieu de la construction élaborent des stratégies de mobilisation et de négociation différentes, plus imaginatives, sinon elles finissent par rester prisonnières d’une loi et des manœuvres patronales gouvernementales qui atrophient des droits les plus fondamentaux de travailleurs et des travailleuses.

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