Édition du 18 décembre 2018

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Asie/Proche-Orient

Le leader du Hamas à Gaza propose aux Israéliens un cessez-le-feu contre la levée du blocus

« Je ne veux plus de guerre », assure Yahya Sinouar dans un long entretien, qui a valeur de première adresse aux Israéliens depuis son arrivée au pouvoir en 2017.

Tiré de France-Palestine.org.

Prêt à ranger les armes, mais pas à les rendre. Prêt à garantir un cessez-le-feu, en échange d’une levée du blocus. Prêt à négocier avec Israël, sans arrêter la lutte contre l’occupation. Ainsi se résume la position de Yahya Sinouar, le leader du Hamas dans la bande de Gaza. Dans son édition du vendredi 5 octobre, le quotidien Yediot Aharonot a publié un long entretien avec le dirigeant du mouvement islamiste, au retentissement important.

Ses propos ont été recueillis il y a déjà un mois par une journaliste italienne, Francesca Borri, qui collabore de temps à autre avec le journal israélien. Ce délai important rend l’optimisme du dirigeant un peu décalé : ces dernières semaines, les manifestations ont repris le long de la bande de Gaza et la perspective de nouvelles violences obscurcit l’horizon. Mais le caractère exceptionnel de cet entretien tient à ce que, pour la première fois depuis sa désignation il y a dix-huit mois, M. Sinouar s’adresse directement au public israélien.

Une « vraie chance de changement »

Il avait déjà rencontré, en mai, une vingtaine de correspondants étrangers, dont celui du Monde. Cette fois, il exprime plus clairement sa volonté de parvenir à un cessez-le-feu de longue durée avec Israël – dont il ne cite jamais le nom, sans employer pour autant le cliché historique et très connoté d’« entité sioniste ».

Cet entretien paraît au moment où, à Ramallah, l’Autorité palestinienne (AP) semble décidée, après la séquence diplomatique à l’Assemblée générale de l’ONU fin septembre, à régler ses comptes avec le Hamas. Le président Mahmoud Abbas envisage d’aggraver les mesures financières punitives mises en œuvre depuis mars 2017. L’AP pourrait geler l’ensemble des fonds versés chaque mois à Gaza, si le Hamas ne remet pas toutes les clés du territoire, pour les affaires civiles et militaires, au gouvernement de Rami Hamdallah.

Dans cet entretien, Yahya Sinouar se concentre sur les relations avec Israël. Il prétend distinguer une « vraie chance de changement » si la volonté existe en face de saisir la main tendue. « Je ne veux plus de guerre, dit-il. Ce que je veux, c’est la levée du siège. » En échange, le mouvement islamiste garantirait un calme complet. Le dirigeant, qui a passé vingt-trois ans dans les prisons israéliennes pour l’assassinat de collaborateurs palestiniens, dit avoir beaucoup appris au cours de son expérience carcérale. Mais pas l’autocritique : « La responsabilité [de la situation à Gaza] est portée par ceux qui ferment les frontières, pas par ceux qui essaient de les rouvrir », explique-t-il.

Pour lui, le blocus imposé à Gaza depuis la prise de pouvoir du Hamas, en 2007, « est une forme de guerre par d’autres moyens ». Il met en garde contre la perspective d’un nouveau conflit : « Ce serait la quatrième guerre. Et elle ne pourrait pas s’achever comme la troisième, qui s’est terminée comme la seconde, qui s’était terminée comme la première. Ils devront réoccuper Gaza. Et je ne pense pas que Nétanyahou souhaite deux millions d’Arabes de plus. »

Selon le chef de file du Hamas, la résistance armée est légitime au regard du droit international. Mais les cerfs-volants incendiaires et les ballons à mèche, envoyés vers Israël depuis avril pour brûler des champs, « ne sont pas des armes », mais « envoient un message : vous êtes infiniment plus forts que nous, c’est vrai, mais vous ne gagnerez jamais, jamais ».

« Gaza, ce n’est pas juste les enfants pieds nus »

Yahya Sinouar dit être conscient de l’impact médiatique de la violence : « Si demain, je planifie une attaque terroriste, je ferai la “une” de tous les journaux. Mais lorsque je parle d’un cessez-le-feu, comme maintenant dans cette interview, il est plus difficile de m’écouter. » En même temps, l’ancien prisonnier mesure les limites de la violence, tout en soulignant comment l’occupation transforme aussi Israël et sa réputation : « Autrefois, il y avait des juifs comme Freud, Kafka, Einstein. Ils étaient célèbres grâce aux mathématiques, à la philosophie. Aujourd’hui, c’est en raison des drones. Des exécutions extrajudiciaires. »

Dans l’entretien, M. Sinouar chante les louanges de la jeunesse de Gaza, désespérée mais dotée selon lui d’un potentiel immense. « Un groupe de jeunes qui ont la vingtaine ont construit une imprimante 3D pour fabriquer les équipements médicaux dont nous manquons, dit-il. Ça, c’est Gaza. Ce n’est pas juste la pauvreté. Ce n’est pas juste des enfants pieds nus. Gaza pourrait être comme Singapour ou Dubaï. »

Il faudrait pour cela, au-delà d’investissements monumentaux, rendre le petit territoire salubre et le fournir en électricité plus longtemps que quatre heures par jour. Mais ces détails ne perturbent pas le volontarisme du leader du Hamas, qui veut donner des gages de sincérité au public israélien au sujet d’un cessez-le-feu : « Nous donnerons à nos enfants les vies que nous n’avons jamais eues et ils deviendront meilleurs que nous. Actuellement, les émotions sont trop fortes. Les souvenirs, les traumatismes, le ressentiment. »

Piotr Smolar

Collaborateur au site de l’Association France Palestine Solidarité.

http://www.france-palestine.org/

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