Édition du 21 novembre 2017

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« Le monde est creux, et j'ai touché le ciel »

Le prétexte servant à amorcer le billet d’aujourd’hui est un titre poétique tiré de la série originelle de Star Trek : « For the World is Hollow and I Have Touched the Sky ».

La première série aimait beaucoup jouer des métaphores et des allégories. Certes, il ne faut pas oubier qu’elle était toujours remplie de l’idéologie impérialiste, sexiste et capitaliste des États-Unis, très souvent inconsciemment. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à redire sur l’éviscération du mot idéologie, de nos jours employé comme simple synonyme d’idée ou de conception.

Toutefois, l’allégorie à laquelle on réfère ici est parallèle à celle de la caverne de Platon tout en y ajoutant une couche technologique encore riche d’actualité. Vous verrez les fils se nouer si vous vous donnez la peine de me suivre.

Dans cet épisode de la troisième saison, l’équipage de l’Entreprise entre en contact avec un vaisseau spatial déguisé en astéroïde. Au milieu de ce corps céleste artificiel vit un petit peuple dont un immense ordinateur prend soin sous le couvert d’une déité. Depuis 10 000 ans, les habitants de Yonada, c’est le nom de leur monde, voyagent à travers la galaxie en direction d’une planète sélectionnée par leurs ancêtres pour y recréer leur monde détruit par l’explosion de leur soleil.

Ayant été si longtemps, de génération en génération, entretenus par une technologie qu’ils ne sont plus à même de comprendre, ils vénèrent les règles et ne posent pas de question sous peine de sanctions sévères. Un vieillard vient raconter aux officiers en visite qu’il a un jour grimpé sur les montagnes et a pu y toucher le ciel, soit la coque dans laquelle ils sont enfermés, découvrant ainsi le caractère factice de leur monde.

À peu de choses près, c’est la caverne de Platon : ce que l’on croit réel est une image de la réalité, il faut se retourner ou sortir pour s’en rendre compte. Et le fait d’avoir accès à une technologie avancée ne rend pas plus critique si on ne dispose pas d’une méthode critique.

Ce titre de la célèbre série m’est revenu en tête en repensant à un étrange chauffeur de taxi que j’avais rencontré il y a plusieurs semaines. Utilisant le GPS pour guider sont taxi et naviguant régulièrement sur Internet, il était tombé sur des sites proclamant que la terre est plate et en était quand même ressorti fermement convaincu. Il essayait fort de m’embrigader.

Paradoxe semblable à celui de l’épisode dont il est question ici : avoir à sa portée tant de technologies pour s’en trouver réduit à des croyances et règles simplistes.

Mettez un ingénu au milieu d’une bibliothèque, il ne lira peut-être que les contes de fées et sera incapable d’en décrypter la valeur symbolique, les prenant au premier degré. Mettez un électeur moyen devant Internet, il sera peut-être tenté de croire qu’un chef au toupet orange qui crie est mieux qu’un partisan de la justice sociale.

Certains découvrent par eux-mêmes l’esprit critique, la méthode scientifique, d’autres ont besoin d’être guidéEs. Dans tous les cas, la technologie ne suffit pas en elle-même. Il faut sortir de la caverne, « car le monde est creux, et j’ai touché le ciel ».

LAGACÉ, Francis

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Francis Lagacé

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