Édition du 18 avril 2017

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Éducation

Le piège de la gouvernance

Vers la fin des années 90, j’ai vu apparaître un centre d’études sur la gouvernance à l’Université d’Ottawa. Je me demandais bien pourquoi on avait besoin du concept de gouvernance si on disposait déjà de la gouverne pour les individus et du gouvernement pour les collectivités.

L’idée s’est répandue de plus en plus, à tel point que les médias en sont maintenant gavés. Mais il semble que la notion recouverte par ce mot dont les apparences sont très vertueuses soit plutôt trouble. En effet, les références auxquelles on nous renvoie chaque fois qu’il est question de gouvernance sont celles de l’entreprise privée. On cherche à faire en sorte que les entreprises privées ne soient pas gênées dans leurs actions et qu’elles aient la liberté de manœuvre nécessaire pour accomplir leur mission sans interférence considérée comme indue.

En ce sens, le principe de reddition de compte se transforme en principe d’opacité. Les entreprises nomment, par des procédures prévues, des représentants d’autres entreprises à leur conseil d’administration. Ces membres de l’extérieur doivent être plus nombreux que les membres de l’intérieur afin d’éviter les conflits d’intérêt internes. Mais alors, à qui les administrateurs doivent-ils des comptes ? Aux actionnaires ? Et quel est l’intérêt des actionnaires sinon de ne trouver aucune entrave aux opérations fructueuses peu importe leur caractère plus ou moins éthique ?

L’importation dans la sphère publique des principes de la gouvernance a quelque chose de proprement monstrueux. Prenons pour exemple les projets de loi sur les collèges et les universités déposés l’automne dernier par la ministre de l’Éducation, des Loisirs et des Sports, madame Michelle Courchesne.

Ces projets de loi, dont on nous a annoncé qu’ils seraient repris bientôt cette année, calquent la formule des conseils d’administration des établissements d’enseignement sur le modèle des entreprises privées. Le prétexte utilisé est celui du cafouillage connu à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). Or, il est de notoriété publique que l’aventure immobilière de l’UQAM est due au manque de vigilance des administrateurs devant un projet de nature commerciale, qui avait été dénoncé par les représentants internes de la communauté. La solution Courchesne ? Laisser encore moins de place aux membres internes de la communauté et faire plus de place aux représentants de l’externe.

Il semble que le principe à la base de ces projets de loi soit le suivant : Moins on s’y connaît dans un domaine, plus on est apte à le gérer et à y prendre de bonnes décisions.

Le projet de loi sur la gouvernance des universités avalise la notion de candidatures confidentielles au poste de rectorat d’une université. Alors que les communautés se battent pour plus de transparence et de démocratie dans la gestion des établissements universitaires, le gouvernement veut imposer l’omerta sur la désignation du principal dirigeant.

Tout ça se fait sous le prétexte d’une meilleure reddition de compte ! Il faut le faire !

Dans la population, on fait des gorges chaudes avec la mésaventure de l’UQAM. Et quand nos politiciens à la petite semaine promettent de « mettre de l’ordre là-dedans », on sent la gouaille dans toutes les tribunes téléphoniques. « Enfin, entend-on, on va calmer les pelleteux de nuages ! » La seule chose qu’on oublie, c’est que ce ne sont pas "les pelleteux de nuages" qui ont mis l’UQAM dans le trou pour parler comme ces interlocuteurs, mais bien les merveilleux entrepreneurs que l’on va payer pour être plus nombreux encore au conseil d’administration.

Autre chose étrange, les administrateurs des conseils d’université seront désormais rémunérés et ils décideront eux-mêmes de leur rémunération. Comme processus de transparence et de reddition de comptes, on a déjà vu mieux.

Plutôt que de soumettre les administrations à la démocratie des communautés, ce qui est souhaitable, car il n’y a pas meilleure reddition de compte que la démocratie, la gouvernance vise à soustraire les entreprises à l’examen public, ce qui est le contraire de l’imputabilité.

Sous des dehors vertueux, la gouvernance dont on nous rebat les oreilles n’est qu’un leurre et, en réalité, elle fait exactement le contraire de ce qu’elle prétend accomplir. La gouvernance à la mode n’est qu’un piège !

Mots-clés : Éducation
Francis Lagacé

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