Édition du 13 novembre 2018

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Élections 2018

Le plan du PQ en environnement ou les contradictions de la croissance verte

Le 10 septembre dernier, le Parti québécois a dévoilé son plan en environnement intitulé : « Lutter contre la crise climatique. Sérieusement. » Jean-François Lisée a alors affirmé que son plan environnemental serait « le plus contraignant jamais proposé ».

Coup d’oeil sur les composantes du plan environnemental du PQ

Ce plan environnemental est organisé autour de 7 piliers principaux :

1. La gouvernance. Ce plan propose de confier au premier ministre la responsabilité de l’environnement et de mettre sur pied un ministère de l’Environnement et de l’énergie. Il propose l’adoption d’une loi antidéficit pour forcer le gouvernement à respecter ses engagements en matière de climat et à établir la primauté de la compétence du Québec sur cet enjeu. 2. La modification du système des transports occupe une place déterminante dans ce plan : électrification des véhicules, offre bonifiée de transports en commun à Montréal, propositions visant à baisser l’importance du parc automobile (co-voiturage, autopartage, transport collectif avec le projet du « grand déblocage, installation de 2000 bornes de recharge rapide, obligation de vendre 100% de voitures rechargeables en 2035 [1], électrification de 100% des autobus scolaires d’ici 12 ans, de 50% des taxis d’ici 2025, de 15% des camions légers d’ici 2025, interdiction d’achats d’autobus utilisant le diesel… 3. Aménagement du territoire afin d’offrir un milieu de vie compatible avec un environnement sain ; 4. Promotion de l’économie circulaire en instaurant des paramètres environnementaux pour les appels d’offres publics ; 5. soutien aux entreprises innovantes qui contribuent au développement de l’économie verte ; 6. modification des règles pour favoriser des bâtiments plus efficaces sur le plan énergétique et relance d’une charte du bois pour favoriser l’utilisation du bois comme matériel dans la construction et enfin 7. sortie des hydrocarbures en interdisant de nouveaux projets d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures et en retirant graduellement les permis accordés à ce niveau.

Nombre de ces propositions peuvent devenir des revendications largement partagées dans la population car elles vont dans le bon sens. Mais pour apprécier réellement des revendications, il faut également éclairer les fondements de la détérioration de l’environnement. Il faut reconnaître que cette détérioration de l’environnement et le basculement climatique auquel nous assistons sont liés au modèle productiviste capitaliste de production. C’est en lisant attentivement la partie du plan péquiste intitulée « Pour une croissance économique verte » qu’on peut apprécier réellement la stratégie mise de l’avant par le Parti québécois.

L’orientation du plan est clairement établi. « Nous voulons augmenter les investissements pour les moderniser (usines) afin que les améliorations environnementales deviennent des sources de revenus pour elles. » Et cette orientation se décline par le « financement des entreprises de l’économie verte pendant tout le cycle de développement d’un produit, de l’idée à la vente ; le soutien aux champions industriels pour en faire des chefs de file des créneaux ciblés de l’économie verte, la transformation des procédés industriels, la valorisation d’une culture de l’innovation. [2]

Le capitalisme vert : une impasse !

Le plan environnement du Parti québécois propose un virage vert. Mais encore faut-il définir les conditions de la réalisation de ces objectifs. Peut-on réellement se fier à l’entrepreneuriat privé et à l’inventivité électrique des entrepreneur-e-s pour assurer la transition énergétique et le virage vert ? Ne faut-il pas examiner les pratiques concrètes des entreprises et les conséquences des choix privés sur la situation actuelle de notre environnement ? Si on veut dépasser, les bonnes intentions, ce sont là des questions qu’on ne peut éviter .

Aujourd’hui, la plate-forme péquiste pour l’environnement, promet d’adopter une stratégie de transformation industrielle vers l’économie verte qui mise sur un meilleur accès au capital des entreprises, la recherche et l’innovation vertes, le rôle stratègique de l’état. La plate-forme du PQ annonce sa volonté de sortir le Québec des hydrocarbures. Mais le PQ ne dépasse pas le cadre du capitalisme vert. Comment va-t-il confronter l’attitude actuelle du patronat qui soutient ouvertement et clairement le développement des hydrocarbures ? Il n’en dit mot. S’il rejette la loi sur les hydrocarbures du gouvernement Couillard, le plan environnemental affirme : « Aucun nouveau projet d’hydrocarbures ne sera autorisé, et les permis d’exploration et d’exploitation seront graduellement retirés. » [3] Dans ce document, le PQ écrit que « les projets déjà démarrés devront quant à eux respecter trois conditions minimales : l’acceptabilité sociale, la réduction de l’empreinte écologique et l’interdiction de la fracturation hydraulique ou de tout autre procédé chimique similaire ». Un grand discours pour se ranger dans le camp des écologistes, mais des portes de sortie pour démontrer à certains secteurs du patronat qu’il sera encore possible de continuer d’exploiter des hydrocarbures au Québec.

Si la réalisation d’une transition énergétique du Québec est définie comme un objectif important dans le plan environnement du PQ, elle est d’abord présentée comme le fruit de choix techniques : diminution de la consommation d’hydrocarbures, conversion accélérée des industries dépendant du mazout lourd vers l’énergie thermique, mise en place d’un réseau de ressources techniques en énergie… La dimension politique qui définit les nécessaires affrontements avec les acteurs économiques défendant des stratégies productivistes et des intérêts porteurs de telles stratégies n’est jamais tirée au clair.

Pour résoudre la crise écologie, il ne suffit pas d’opérer un certain nombre de changements techniques. Il faut rompre avec le productivisme capitaliste qui cherche à utiliser de plus en plus de ressources, à étendre les marchés, à produire plus pour vendre plus. Les entreprises automobiles peuvent bien se lancer dans la production de voitures électriques. Leur but c’est d’élargir le parc automobile, de produire plus pour vendre plus et d’engranger plus de profits. Pour ce faire dans les dernières décennies, ces entreprises n’ont pas hésité à tenter de marginaliser le transport public. Rompre avec le productivisme capitaliste, c’est tenir compte de l’épuisement des ressources minières, forestières, énergétiques et la perte de la biodiversité.

Un tournant radical est nécessaire

Oui, l’économie peut être refondée autour de préoccupations écologiques, refondation pouvant créer nombre d’emplois et d’activités au service d’un cadre de vie soutenable pour l’humanité. Mais cela suppose que la classe dominante ne doit plus conserver le pouvoir effectif de décider des productions sur la base de la seule rentabilité et ses intérêts privés.

Il n’y aura donc pas d’avancée écologique décisive sans l’abolition du pouvoir exorbitant dévolu aux gestionnaires de capitaux, sans remise en question du pouvoir des actionnaires et sans la remise en question du libre-échange. En somme, sans en finir avec le primat des intérêts privés sur ceux de la majorité populaire dans notre société. La transition écologique ne peut se faire que par une planification écologique décentralisée basée sur la démocratie économique où le peuple a un pouvoir de décision véritable. La propriété sociale des ressources et des moyens de production est une condition essentielle de cette démocratie économique.

Si le gouvernement et le pouvoir économique restent dans les mains de l’oligarchie régnante, c’est un tout autre plan qui sera mis en œuvre. Et ce dernier nous enfoncera dans le réchauffement climatique, l’utilisation des énergies fossiles, les pertes d’emplois, la précarité et la détérioration des conditions de vie pour la majorité des travailleuses et travailleurs.

Pour que cette planification écologique puisse être possible, il faut que les secteurs de l’énergie, des transports et de la finance soient complètement déprivatisés. C’est la seule façon d’aller vers l’abandon de l’automobile privée et de développer le transport collectif des personnes et des marchandises : métro, rails, cabotage et de réorganiser l’ensemble de ces secteurs en rupture avec leurs soumissions aux énergies fossiles.

Les travailleurs et les travailleuses savent bien que la lutte aux changements climatiques requiert des transformations majeures de l’économie québécoise, aujourd’hui aux mains des capitalistes d’ici et des multinationales. Ils et elles savent bien que la bataille pour les changements climatiques nécessitera de s’appuyer sur l’action de masse des organisations syndicales, populaires, féministes et autochtones pour imposer les solutions qui pourront réellement contrer les changements climatiques. Se contenter d’un travail d’accompagnement des entreprises innovantes, comme nous le propose le plan environnemental du PQ, c’est faire reposer la lutte aux changements climatiques sur les entreprises qui sont vouées à la défense de ce système capitaliste alors que ce dernier porte en son sein des catastrophes imminentes. C’est donc rester en deçà des nécessités de ce combat vital.


[1il semble y avoir eu un recul sur cette dernière proposition

[2Lutter contre la crise climatique. Sérieusement.p.12

[3Lutter contre la crise climatique. Sérieusement. Page 26

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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