Édition du 17 octobre 2017

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Le populisme d’extrême droite prend le contrôle du Parti républicain ?

Depuis l’arrivée du Tea Party au sein du Parti républicain, l’extrême-droite possède un véhicule idéologique immense, elle profite, du même coup, d’un ancrage solide qui ne cesse de s’intensifier au sein des instances républicaines. Déjà en 2010, la venue du Tea Party était perçue d’un bon œil par l’establishment républicain qui était désespérément à la recherche d’une stratégie et d’alliés pour déstabiliser l’Administration Obama et son image favorable véhiculée par les nombreux médias de sensibilité démocrate.

À ce titre, nous fumes témoins des nombreuses attaques déployées par ces derniers dans le but avoué de fracturer le Parti démocrate et, surtout, de galvaniser le mécontentement des citoyens de l’Amérique profonde, c’est-à-dire le bassin de population le plus durement atteint par la crise économique de 2008 et ses effets qui se font encore sentir, près de dix ans plus tard. Pour se faire, les populistes néoconservateurs ont utilisé leur habituelle rhétorique du bouc émissaire pour séduire ces électeurs déjà sympathiques à leurs discours simplistes et accusateurs : Obama est responsable de leurs problèmes, les démocrates les ont trahis et les idées libérales sont la cause principale de la déroute actuelle des États unis. Devant cette gronde des laissés-pour-compte de la crise, les élites conservatrices du Parti républicain n’avaient plus le choix de céder le terrain aux populistes qui, elles devaient se l’avouer, faisaient un bien meilleur travail de terrain qu’eux. À présent, tous les moyens étaient valables pour battre les démocrates, quitte à céder, le temps nécessaire, à la tentation populiste des tenants du Tea Party. Après tout, les Républicains avaient une priorité : s’assurer l’appui massif des classes populaires exigeant justice et réparation, suite aux deux mandats décevants de Barack Obama et son incapacité à gérer adéquatement la crise financière de 2008.

Lors des élections de 2016, ces déshérités de l’Amérique profonde, propulsés par les diatribes du Tea Party, ont appuyé en vain des candidats ultraconservateurs comme Marco Rubio et Ted Cruz. Malgré ces insuccès, le Tea Party a tout de même contribué à la réélection du Sénateur du Kentucky, Mitch McCon-nell, à celle de Paul Ryan à la Chambre des représentants ainsi que de nombreux républicains dans les différentes législatures du pays. Suite à ces réalisations attribuables à l’arrivée du Tea Party dans les instances du Parti, les élites républicaines se sont vues obligées de le reconnaître comme une force idéologique d’envergure et particulièrement influente au sein du paysage politique américain. Or, ce mariage de raison ne s’est pas produit du jour au lendemain. Depuis les années 1980 et le règne de Ronald Reagan, une droite chrétienne fondamentaliste était déjà très active au sein du Parti républicain. Les néoconservateurs de la « droite alternative » pouvaient compter sur cette frange puissante qui attendait son jour de gloire, depuis quelques décennies. Ensemble, ils ont pu accueillir les groupes ultraconservateurs et suprématistes qui espéraient pouvoir joindre les rangs de ce puissant navire électoral et obtenir, par le fait même, une légitimité représentative inédite pour l’extrême-droite dans l’histoire récente des États-Unis

Et il faut dire que la victoire présidentielle a installé une nouvelle dynamique au sein de la formation républicaine. Malgré ce changement considérable, les républicains demeurent, contre vents et marées, un parti de droite décidé à défendre les principes d’un conservatisme traditionnel : la dérégulation absolue du marché, la mise en valeur d’un patriotisme militaire exacerbé, le retour aux véritables valeurs américaines et de la religion chrétienne dans la vie sociale des citoyens américains, la chasse aux progressistes dans les sphères décisionnelles importantes et les institutions démocratiques du pays, le tout porté par un intégrisme chrétien aux accents suprématistes tout à fait décomplexé. Voilà l’élément qui fait rupture avec le conservatisme élitiste qui caractérisait, jadis, la conduite des membres en charge des instances du Parti républicain, depuis le début du 20e siècle. Jusqu’à récemment, les élites conservatrices avaient encore le beau jeu dans la plupart des décisions qui influenceraient l’avenir et le programme politique de la formation républicaine. Or, leur incompréhension de la souffrance vécue par les victimes de la crise économique de 2008 représentait l’un des principaux facteurs d’impopularité du Parti républicain parmi les classes populaires de la Bible Belt du Midwest. Ces déshérités leur avaient tourné le dos et la compassion théâtrale des tribuns du Tea Party les a rapidement conquis. Les élites éclairées du Parti républicain ont compris la gravité de cette désaffection et ils ont reconnu d’emblée qu’une place importante devait désormais être accordée aux militants du Tea Party. En termes clairs, une alliance conservatrice, portée par la fièvre populiste de la « droite alternative », devait se concrétiser dans les plus brefs délais, si les républicains souhaitaient avoir une chance de battre les démocrates aux prochaines élections présidentielles.

Peu à peu, pour des raisons d’abord stratégiques, ils ont laissé le Tea Party et d’autres libertariens (comme le Sénateur républicain de l’Arizona, Barry Goldwater, et Rand Paul, le Sénateur du Kentucky) s’accaparer de sections névralgiques du Parti, permettant indirectement à la droite religieuse représentée par Jerry Falwell de la Moral Majority de faire sa niche au sein du véhicule républicain. Une complicité avec ces réseaux populistes constituait une stratégie essentielle dans la réconciliation du Parti républicain avec la classe ouvrière et la petite classe moyenne, c’est-à-dire le bassin d’électeurs sur lequel reposait la possibilité de remporter les élections présidentielles et celles du Congrès. Mais les beaux jours de cette coalition n’ont pas tardé à disparaître. Les résultats misérables de la précampagne de Jeb Bush et de Marco Rubio ont révélé les tensions profondes qui animaient toujours les diverses factions du Parti républicain. Leur message demeurait lettre morte aux yeux de la population et l’urgence d’une nouvelle alliance s’est faite cruellement sentir, si les républicains souhaitaient obtenir une chance quelconque de retourner à la Maison-Blanche.

C’est alors que Steve Bannon fait son entrée en scène. Ce populiste d’extrême-droite est le fondateur du site ultraconservateur « Breibart News » et se présente comme le porte-voix des déshérités de l’Amérique profonde. À la manière d’un prophète glorieux, Bannon prétendait connaître le chemin à suivre pour reconquérir les classes populaires américaines, pour que l’Amérique redevienne la superpuissance militaro-industrielle des années 1950. Il est d’ailleurs l’auteur du fameux slogan « Make America Great Again ». Bannon était ferme sur ses positions : si les républicains souhaitent obtenir la confiance des laissés-pour-compte de la crise, ils devaient leur promettre de mettre l’Amérique et son peuple (les blancs chrétiens) au-devant de tout (« America First). Par le fait même, les républicains se devaient de passer aux aveux, de reconnaître leurs fautes dans une sorte de procès moral dans lequel les élites républicaines et démocrates se retrouveraient au banc des accusés.

Il ne faut pas de temps pour que Steve Bannon devienne le principal idéologue derrière la campagne du futur président Donald Trump, quatre semaines avant le scrutin, alors que les sondages concèdent une sérieuse avance à Hillary Clinton. Nous connaissons tous la suite de l’histoire : Trump est élu président et Bannon entre par la porte principale de la Maison Blanche dans le but d’assurer une gouvernance inspirée de la campagne hypersensationnaliste de Donald Trump (qui s’apparentait souvent aux galas de lutte de Vince McMahon). Sa position importante au sein de l’Administration Trump donnait confiance aux ultraconservateurs suprématistes qui voyaient en lui le porte-étendard de leurs aspirations dans la configuration de l’agenda politique de Washington.

Le point culminant de ce « renouveau conservateur » se retrouve dans les événements tragiques de Charlottesville. Un regroupement composé de néonazis, de membres en règle du Klu Klu Klan et de nationalistes suprématistes se sont donné rendez-vous afin de parader dans les rues de cette ville de Virginie et proclamer le retour des véritables défenseurs de la nation américaine. Cette manifestation se voulait un acte de résistance envers les différentes décisions politiques et valeurs progressistes qui, selon eux, conduisent présentement l’Amérique à son péril ethnique et au démantèlement de son héritage culturel. Sous le regard de Steve Bannon et Donald Trump, cette démonstration de force légitimait leurs inquiétudes, les confirmait dans leur position et la nécessité de combattre pour la survie de l’Amérique. Quand Donald Trump a refusé de condamner les actions commises par ces ultranationalistes à Charlottesville, ces derniers devaient comprendre qu’ils avaient désormais carte blanche pour poursuivre leur croisade de preux chevaliers de la civilisation américaine et qu’ils étaient appelés à jouer un plus grand rôle, lors des élections de mi-mandat en 2018. C’est dans ce contexte que s’inscrit la victoire de Roy Moore, un ancien juge destitué à deux reprises, dans une élection primaire en Alabama. Moore est pressenti pour devenir le Sénateur républicain dans cet État. Ce dernier croit que l’homosexualité devrait être criminellement punie et qu’il s’agit d’un comportement sexuel bestial hautement condamnable. Moore est également un ardent défenseur de la possession d’armes à feu ; le seul moyen, dit-il, de protéger l’Amérique de ses ennemis intérieurs. Ne soyez donc pas surprises de voir plusieurs ultraconservateurs de cette nature se présenter, lors des élections de mi-mandat en 2018. Donald Trump leur a ouvert les portes toutes grandes. Bienvenu en 1817 !

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