Édition du 17 avril 2018

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États-Unis

Le premier vrai test de Donald Trump

Le voyage du président américain en Asie du 5 au 15 novembre pourrait monter ce qu’il peut vraiment faire pour son pays et être crucial pour le futur de sa présidence et des relations des États-Unis avec le monde.

Il y a peu de choses sur lesquelles les médias de droite et de gauche s’entendent au sujet de la présidence de Donald Trump, sinon qu’elle est de celles qui clivent. Tous s’entendent aussi sur l’imprévisibilité du président américain qui ne télégraphie pas ses coups à l’avance pour prendre une expression du monde de la boxe. Ses partisans affirment qu’il suit ainsi à la lettre les directives de Sun Tzu dans son livre écrit il y a 2500 ans, « L’art de la guerre ». Dans le premier chapitre qui porte sur la planification, Sun Tzu affirme au point 18 que tout l’art de la guerre réside dans la capacité à tromper l’ennemi. Le point 20 est encore plus précis et affirme que l’on doit « feindre le désordre pour écraser l’ennemi. » Les détracteurs du président américain disent à l’opposé qu’il est imprévisible, non par stratégie, mais plutôt parce qu’il est dépassé par les événements et ne sait pas où il va. Un navire qui n’a pas de trajet établi ne peut jamais arriver à sa destination. Elle sera là ou il coulera.

C’est le premier déplacement du locataire de la Maison-Blanche dans cette zone géographique depuis son élection, il y a presque un an. Si ce voyage hautement stratégique se termine dans les délais prévus, il sera le plus long en Asie en 25 ans d’un président des États-Unis en exercice. Il souligne ainsi l’importance géopolitique qu’occupe cette région pour les Américains. Le commandant en chef s’y déplace avec ses hommes. Après son arrêt à Hawaï, il rejoindra une flotte de vaisseaux de guerre américaine menée par des porte-avions aux noms évocateurs de Ronald Reagan, Théodore Roosevelt et Nimitz qui patrouille actuellement dans la grande région entre la péninsule coréenne et le Japon. C’est environ 20 000 soldats répartis dans 17 navires qui portent 200 avions de guerre.

Après neuf mois à la Maison Blanche, Trump tentera d’obtenir de ce grand voyage en Asie des retombées diplomatiques et économiques suffisantes pour compenser les ressources qui y ont été investies. Les retombées positives qui en découleront montreront jusqu’où l’homme d’affaires a appris son métier de président. Donald Trump a fait de nombreuses erreurs et plusieurs mauvais choix depuis le 20 janvier. Certaines de ses actions ont été renversées par des tribunaux ou ont mené à des échecs et des démissions dans son personnel. Au total, ce sont sept membres importants de son administration, soit Steve Bannon, Tom Price, Sean Spicer, Michael Flynn, Sebastian Gorka, Anthony Scaramucci et Reince Priebus qui ont dû démissionner. Le président américain a cependant réussi à attirer au gouvernement de nombreux généraux tels le secrétaire à la défense James Mattis, le conseiller à la sécurité nationale, Herbert McMaster et le récent chef de cabinet de la Maison Blanche, John Kelly, promu à cette position après avoir été à la sécurité intérieure. Avec l’ancien patron d’Exxon-Mobil, Rex Tillerson, ils forment un groupe de gestionnaires qui ont fait leurs preuves dans le passé. S’il a pu apprendre de ses erreurs, il devrait montrer des résultats meilleurs que ce que l’élite américaine, particulièrement démocrate, attend de lui.

Alors qu’il y a une très forte tension avec la Corée du Nord, le président américain veut parler face à face avec les dirigeants du Japon, de la Corée du Sud, de la Chine, du Vietnam et des Philippines. Les 10 journées pendant lesquelles Donald Trump fera cette tournée seront donc capitales pour évaluer la qualité de cette présidence naissante. Le monde pourra voir s’il est aussi habile qu’il le dit à conclure des contrats. Un peu comme dans une forme de gestion participative, c’est Donald Trump lui-même qui a établi certains points sur lesquels il sera jugé au retour de cette tournée. Il a affirmé que son voyage allait servir à renforcer la détermination internationale pour « isoler le régime nord-coréen ». Il relancera sa présidence sur de nouvelles bases, si après analyse, ce voyage est vraiment « couronné de succès » comme il le prévoit.

Pour y arriver, le président des États-Unis le plus isolationniste des dernières décennies devra cependant sublimer ses instincts nationalistes pour en faire des outils de pouvoir pour son pays, ce qui n’a pas semblé évident jusqu’à maintenant. Sous sa direction, les États-Unis se sont retirés du projet de Partenariat transpacifique (TPP), de l’accord de Paris sur le climat, de l’UNESCO et dénoncé le 13 octobre l’accord sur le nucléaire iranien. Trump tente aussi de fortement modifier l’implication américaine dans l’Accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada (ALÉNA), l’Organisation mondiale du commerce et la Banque mondiale. Si les résultats de ce voyage ne couvrent pas les investissements qui y ont été faits, les détracteurs du président américain s’en trouveront confortés et sa présidence sera encore plus contestée, autant dans son pays qu’à l’étranger.

Michel Gourd

Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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