Édition du 12 décembre 2017

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États-Unis

Le sénateur Sanders est prêt à mettre de l’avant un plan universel d’assurance maladie après le retrait de la proposition républicaine

Introduction, vendredi (24 mars 2017) les Républicains-es de la Chambre des représentants ont échoué à obtenir le nombre de votes nécessaires pour faire adopter leur proposition de plan d’assurance santé. Certains-es l’ont nommée « Obamacare allégé ». En réponse, le Sénateur Sanders du Vermont, a annoncé qu’il allait présenter prochainement, un plan universel géré par l’État conjointement avec le Working Families Party, le Progressive Campaign Change Committee, CREDO, le Social Security Works et le syndicat National United Nurses. Pour creuser la question nous nous entretenons avec la Docteure Steffie Woolhandler co-fondatrice de Physicians for a National Health Program. Elle enseigne au CUNY-Hunter College et est médecin de famille. Elle donne aussi des conférences à la Harvard Medical School.

Democracynow.org, 27 mars 2017
Traduction, Alexandra Cyr,

Dre. Steffie Woolhandler : Donc, le plan républicain a été défait. Ce n’était qu’une version minimisée du Affordable Care Act (ACA). Malheureusement, ces deux essais ont laissé les compagnies privées d’assurance au centre du système de soin. Il faut que nous les sortions du jeu. Leurs frais d’administration et ceux qu’elles imposent aux médecins et aux hôpitaux nous coûtent 500 millions de dollars par l’année ; nous pourrions nous dispenser de les payer. Ces 500 millions pourraient être affectés à un plan universel géré par le gouvernement et à assurer les 25 millions d’Américains-es qui ne le sont pas, donc pour améliorer la couverture d’assurance maladie de la population. Souvent, ces personnes sont assurées mais elles ne peuvent assumer les coûts de la coassurance et des franchises qui sont élevées. Ces coûts de coassurance et de franchise sont venus contaminer l’Obamacare et le système n’a pas réussi à corriger la situation. Un plan universel pourrait éliminer ces problèmes comme cela s’est passé ailleurs dans le monde.

DN Juan González : Qu’est-ce que vous proposeriez pour faire le travail nécessaire à cette correction alors que la majorité des Républicains-es est encore plus solide ? Ce Parti contrôle toutes les branches du gouvernement et s’apprête à avoir une présence plus importante à la Cour suprême. Comment croyez-vous que vous pourriez introduire un plan universel ?
S.W. : D’accord ! Nous avons encore 21 mois avant la prochaine élection (d’une partie des représentants-es) et il y aura une autre élection présidentielle dans 4 ans. Les choses peuvent changer. Donc, nous devons réfléchir au futur. Nous observons déjà des changements importants ne serait-ce que le nombre de personnes qui se présentent dans les assemblées publiques locales (organisées par les élus-es), qui sortent dans les rues, qui en appellent à leurs représentants-es. Qui aurait pensé il y a quelques mois, que les Républicains-es auraient échoué à renverser Obamacare ? (…) Ce fut un échec parce que, principalement, l’électorat à fait pression sur les sénateurs-trices et membres du Congrès dans les États où les Républicains-es ont la majorité dans les gouvernements locaux. Donc, il faut que la population sorte dans les rues. Elle doit contacter les membres de la Chambre. Elle doit manifester, éduquer et se préparer pour le jour où nous pourrons vraiment avoir un plan universel et ça peut arriver plus vite qu’on ne le pense.

DN Amy Goodman : Nous employons constamment les mots « système universel ». Expliquez-nous ce que cela veut dire. Et est-ce que le plan Sanders qui est discuté cette fin de semaine….Et pour le dire directement, que serait un tel système aux États-Unis ?

S.W. : Nous n’avons pas encore vu le plan Sanders. Mais, le type de plans qui a été mis de l’avant par B. Sanders et d’autres membres du Congrès, comme le HR676 de John Conyers, implique toujours que quiconque paye ses impôts est éligible à une protection comme celle de Medicare mais sans coassurance, sans franchise, sans compagnies d’assurance privées impliquées. Donc, Medicare étendu et amélioré ; étendu à tous et toutes, et amélioré pour éliminer les manques de couverture qui existent en ce moment. Nous nous battons pour ce genre de plan depuis des années. Franchement, les propositions de Ms Sanders et Conyers comportent des particularités. Je ne sais pas de quoi aura l’air la proposition de loi que présenteront Ms Sanders et Welch dans les prochains jours. Mais, il faut certainement que nous réfléchissions à l’avenir.

A.G. : Qu’arriverait-il aux compagnies d’assurance ?

S.W. : Elles n’auraient aucun rôle dans ce genre de plan. Certaines d’entre elles ont des frais d’administration de 20%. Cela veut dire qu’à chaque dollar que vous payez en prime, 80 cents seulement vont aux médecins, aux hôpitaux et aux compagnies pharmaceutiques. Comparez cela avec le Medicare traditionnel ; ses frais généraux ne sont que de 2 ou 3%. Donc, quand vous additionnez tous les frais d’administration de ces compagnies, tous les frais d’administration qu’elles imposent aux médecins comme moi et aux hôpitaux qui doivent présenter leurs factures à une multitude de payeurs, vous êtes devant la possibilité d’épargne de 400 à 500 milliards par année. C’est ce dont nous avons besoin pour mettre en place un système universel d’assurance maladie.

J.G. : Et où les diverses parties prenantes dans cette industrie…(…) Je sais que les hôpitaux étaient fortement contre la proposition républicaine (…) que les Républicains-es ont mis de l’avant. Où donc, les médecins, les hôpitaux et les pharmaceutiques se positionnent-ils dans cette bataille en faveur de Medicare pour toute la population ?

S.W. : Durant le débat autour du plan républicain, aucuns groupes de médecins, de vrais médecins ne le soutenaient. Tous et toutes s’y opposaient. Les groupes de centres de soins de longues durées et d’hôpitaux s’y opposaient aussi. Dans la bataille pour un plan universel, il se peut que ce soit différent. L’industrie des assurances et l’industrie pharmaceutique seront complètement contre. Par exemple, pour les compagnies d’assurance, c’est une question de vie ou de mort. On doit s’attendre à ce qu’elles utilisent toutes leurs capacités de lobbying pour empêcher l’adoption d’un tel plan. Les grandes pharmaceutiques ne seront pas heureuses non plus ; dans un système universel, elles seront forcées de diminuer leurs prix probablement de la moitié de ce qu’elles demandent aux consommateurs-trices américains-es en ce moment. Et oui, un système universel, en provoquant une baisse du prix des médicaments ferait épargner 100 milliards de dollars qui pourraient être appliqués à l’augmentation du nombre personnes assurées. Donc, l’industrie pharmaceutique va s’opposer. (…)

A.G. : Reince Priebus, l’actuel chef de cabinet du Président et ancien président du Comité national républicain, à déclaré : « Démocrates, présentez-nous votre plan maintenant ». Nous observons aussi un genre de guerre civile au sein du Parti républicain. Allons-nous voir la même chose chez les Démocrates ?

A.W. : J’en doute. Bien sûr, en ce moment, à cause de leur statut d’opposition, les Démocrates tendent vers l’unité. Quand le moment venu de diriger les choses, les divisions se feront plus sentir.

A.G. : Bernie Sanders fait parti du leadership.

A.W. : Mm-hmm, oui.

A.G. : Donc, vous dites que le leadership (démocrate) pourrait, en ce moment, approuver une proposition de Medicare pour tous et toutes ? Et est-ce qu’une proposition d’option publique est l’équivalent de Medicare pour toute la population ?

S.W. : Le moyen par lequel le leadership peut être obligé de soutenir une telle proposition dépend de nous l’électorat. Il faut descendre dans les rues, en appeler à nos élus-es, les pressurer de toutes les manières, déclarer haut et fort : « Nous voulons un régime universel ». C’est ce qui va rallier la totalité de la direction démocrate autour d’une telle proposition.

L’option publique ? C’est une formule qui représente un petit pas vers l’avant et qui soulagerait un peu de douleurs. Cela veut dire que lorsque vous magasinez votre assurance dans le système d’échanges d’Obamacare, il y aurait parmi les choix, la possibilité d’acheter Medicare. Mais les Américains-es, vous le savez, ne s’assurent pas via ces échanges. Donc, l’option publique ne générera pas d’épargnes importantes sur les frais administratifs, ce dont nous avons besoin pour assurer toute la population.

A.G. : Merci Dre Woolhandler.

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