Édition du 13 novembre 2018

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Québec

Le système de santé est malade (2e partie)

Le manque de ressources a un effet délétère sur l’accessibilité aux services dans les régions. Le Pourcentage des personnes assurées qui sont suivies par un médecin omnipraticien se situe près de la moyenne dans le cas de l’Outaouais, mais il est inférieur de 10 points à ceux des régions comparables.

Pour lire la première partie de l’article.

Pour lire la troisième partie.

Le Taux d’assiduité moyen des médecins omnipraticiens représente le taux des visites et de toutes les consultations effectuées auprès d’une clientèle inscrite par un médecin omnipraticien. Ce qui veut dire que c’est la moyenne du temps consacré par un ou une médecin à s’occuper de patients. L’on remarque que le taux d’assiduité des médecins en Outaouais est significativement plus élevé que la moyenne québécoise et plus élevé que pour les régions comparables. Si à première vue cela peut sembler une bonne chose, il faut comprendre que plus ce taux est élevé, moins les omnipraticiens ont de temps pour soigner des patients qui ne sont pas généralement suivis, par exemple des personnes qui fréquentent une clinique sans rendez-vous.

Cela mène un nombre élevé de visites aux urgences pour de moindres maux en Outaouais, comme le démontre l’indicateur Pourcentage des visites par rapport à l’ensemble des visites au service des urgences. On nomme P4 et P5 les cas qui sont considérés comme de faible importance lors du triage à l’urgence. Ainsi, un P1 est rapidement admis, pensons par exemple à une personne victime d’un infarctus, tandis qu’un cas P5 risque d’attendre longtemps, puisque ses maux sont considérés comme étant de moindre importance, par exemple une toux. Donc, étant donné qu’il est plus difficile d’avoir accès à un omnipraticien, les patients se tournent vers les urgences en Outaouais. En effet, ce pourcentage y est de 8,2 points plus élevé que la moyenne québécoise.

De plus, on remarque que le Nombre de lits dressés de courte durée par 1 000 habitants se situe à 25 points de pourcentage sous la moyenne québécoise. Cette donnée est par ailleurs inférieure à celles des régions comparables par une marge plus grande ou égale que l’écart de l’Outaouais avec la moyenne.Pour rejoindre la moyenne québécoise, il faudrait dresser en Outaouais 185 lits de courte durée supplémentaires, soit l’équivalent d’un petit hôpital. Étant donné qu’il réduit leur espace de travail, le manque de lits dressés de courte durée rend l’embauche de médecins spécialistes plus difficile.

En ce qui a trait au Nombre de lits dressés de longue durée par 1 000 habitants , l’Outaouais se situe une fois de plus sous la moyenne québécoise et sous la moyenne des régions comparables. Cela peut s’expliquer par une moyenne d’âge plus basse et un nombre de personnes âgées de plus de 65 ans moins élevé en Outaouais que dans les autres régions à l’étude.

Finalement, les Journées d’hospitalisation en soins physiques de courte durée sont moins nombreuses en Outaouais que dans les régions comparables et se rapprochent de la moyenne québécoise. Cela peut s’expliquer de deux manières. D’une part, puisque la moyenne d’âge en Outaouais est plus proche de la moyenne d’âge québécoise, les séjours de courte durée sont moins fréquents que pour des régions où l’âge moyen est plus élevé, comme la région du Bas-Saint-Laurent. Cela peut aussi vouloir dire que la région de l’Outaouais compte moins d’infrastructures et de médecins spécialistes que les autres régions, ce qui conduit les patients nécessitant des procédures de courte durée à devoir se tourner vers d’autres régions administratives ou vers l’Ontario. Cependant, les autres indicateurs semblent pointer vers cette seconde explication.

La qualité des services de santé offerts en Outaouais

Nous venons de voir que l’accessibilité faisait défaut dans les services de santé en Outaouais. Qu’en est-il de leur qualité ? Le manque de ressources entraîne également une baisse de la qualité des services offerts à la population par rapport à ce qui se fait dans d’autres régions administratives.

Le chiffre le plus frappant et la valeur du Déficit du maintien des actifs. Cet indicateur présente une estimation des ressources nécessaires pour rendre parfaitement opérationnels des actifs, un hôpital par exemple. Évidemment, plus le montant est important, plus les actifs sont vétustes. Or, pour les actifs du système de santé et de services sociaux de 2016-2017 en Outaouais, cet indicateur se situe à plus de 13 M$, soit plus de 3 fois celui de la région du Bas-Saint-Laurent, qui figure en seconde position dans le groupe des régions intermédiaires. Cette situation semble causée par le manque de budget accordé à la gestion des bâtiments en fonction des besoins. Cela entraîne une dégradation des actifs en santé en Outaouais et ainsi des services moindres que dans les régions comparables.

De plus, en termes de qualité des services, bien qu’en Outaouais il y ait un nombre d’omnipraticiens pratiquants (1,02 par 1 000 habitants) qui se rapproche de la moyenne québécoise, la région connaît une pénurie de médecins spécialistes et d’infirmiers et infirmières, dont les nombres se situent respectivement à 58 % et 68 % de la moyenne québécoise, tout en étant significativement inférieurs aux résultats des régions comparables.

Plus particulièrement dans le cas des infirmières, ce manque semble mener à une surcharge de travail. Conséquemment, le temps qu’elles consacrent à la formation continue est plus faible. C’est en effet ce que démontre l’indicateur Taux de conformité dans l’éducation continue des infirmières qui mesure le pourcentage d’infirmières ayant participé à des formations continues offertes par l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Ces formations doivent permettre l’actualisation ou le développement de compétences propres aux soins infirmiers et des compétences transversales nécessaires à l’exercice de leurs fonctions. Pour l’Outaouais, ce taux de conformité est de 5,2 points de pourcentage sous la moyenne québécoise et se situe entre 4,4 et 7,6 points de pourcentage sous les résultats des régions comparables.

À la lecture de ces résultats, on peut conclure que le manque de financement du système de santé en Outaouais crée une pression sur l’ensemble du système et se traduit par une accessibilité réduite et des services de moindre qualité par rapport aux régions comparables et à la moyenne québécoise.

À suivre : Le soutien des groupes communautaires en Outaouais

Jean Lacaille

Journaliste couvrant l’actualité dans la Vallée-de-la-Gatineau depuis près de 40 ans.

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