Édition du 13 février 2018

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Le Monde

Les Jeux olympiques sont un puissant outil de propagande

Dénoncés pour les cas de corruption, de dopage et la misère humaine qu’ils entrainent, les Jeux olympiques modernes ne surviennent que parce qu’ils sont un des plus puissants outils de propagande que peuvent utiliser les pays.

Les Jeux olympiques de PyeongChang ont commencé le 9 février en Corée du Sud. Les nations aiment ces jeux, car chaque médaille remportée par leurs athlètes donne l’illusion de puissance à leurs citoyens et citoyennes. Le nationalisme des pays est régénéré par les exploits sportifs de leur jeunesse. Ils symbolisent leur force vitale et la santé de leur population. Le bonheur que l’on voit dans les yeux de ceux et celles qui montent sur le podium rejaillit sur leur drapeau.

La version moderne de ces jeux antiques créée à la fin du XIXe siècle, soit en 1894, par le baron Pierre de Coubertin était censée viser un rôle politique noble, soit de mener à la paix mondiale. Il est facile de constater deux Guerres mondiales plus tard que ce n’est pas ce qui est arrivé. Les conséquences financières, sociales et politiques désastreuses des jeux passés, les dommages environnementaux et urbains qu’ils entrainent, montrent que leurs effets réels sont bien cachés sous ceux rêvés ou fantasmé vendu à la population. En fait, Pierre de Coubertin était un aristocrate conservateur, républicain et misogyne. Il considérait que les sportifs montreraient à l’humanité le chemin de la perfection, mais ne voulait pas de femme dans ses jeux. À ses yeux, le sport avait un rôle civilisateur. Il devait mettre en valeur la patrie et le drapeau des gagnants.

S’ils mettent en valeur les pays, les Jeux olympiques sont cependant dangereux pour les athlètes qui y participent. Selon une étude récente faite par le Comité international olympique, le taux global de blessures chez les athlètes est de 14 % pour les Jeux d’hiver et de 13 % pour ceux d’été. Une partie de celles-ci arrivent en compétition, le reste à l’entraînement. Les blessures les plus graves surviennent dans les disciplines hivernales à haute vitesse comme le ski alpin, la planche à neige et la luge.

Pour convaincre les foules d’adhérer a cet idéal fantasmé de jeux bénéfiques pour l’Humanité, les États créent une intoxication préolympique par une propagande efficace. C’est un matraquage de publicité visuel et sonore qui commence bien avant les jeux et dure jusqu’à leur fermeture officielle. Le Canada ne fait pas exception à la règle et on peut voir des références à ces jeux intégrés à beaucoup des émissions diffusés par sa télévision et radio d’État.

Cette utilisation politique des jeux est la règle et non l’exception. De très nombreux États totalitaires ont su profiter des Jeux olympiques pour se donner bonne image. Rappelons que les Jeux de Berlin ont été une consécration pour le nazisme. Hitler avait écrit dans Mein Kampf que des millions de corps entraînés au sport, imprégnés d’amour pour la patrie et remplis d’esprit offensif pourraient se transformer en l’espace de deux ans en une armée. Il l’a prouvé dans la Deuxième Guerre mondiale.

On pouvait donc s’attendre que surviennent les nombreux scandales de dopage. Celui systématique lors des jeux en Russie n’est pas plus surprenant. Rappelons que ce dopage avait été explicitement interdit par le Comité international olympique en 1967. Des cas ont pourtant été relevés dans presque tous les jeux qui ont suivi. La raison en est simple. Les agences antidopage ont un budget global d’environ 300 millions de dollars par an tandis que les fédérations et les ligues sportives en font plus de 50 milliards. L’ex-président de l’Agence mondiale antidopage, Dick Pound, a même affirmé il y a quelques jours que l’idéal olympique n’a pas cessé d’être malmené par des questions d’argent. Le vaste système de corruption dévoilée aux Jeux olympiques de Rio grâce à la France n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

Que ces jeux soient devenus un outil de propagande pour les pays qui y participent est évident pour les Jeux d’hiver de PyeongChang organisés à proximité de la ligne de démarcation entre les deux Corées. Les athlètes de Séoul et de Pyongyang ont défilé ensemble sous un drapeau commun lors de la cérémonie d’ouverture. Ils ont même fait une équipe commune en hockey sur glace féminin. La Corée du Nord normalise ainsi son statut d’État nucléaire de facto. Grâce à ces jeux, elle se moque devant la planète entière des pays qui tentent désespérément de restreindre l’accès à l’armement nucléaire.

Le peu de cas que fait le comité organisateur des droits de l’Homme a aussi fait que l’association Reporters sans frontières a créé un drapeau olympique noir ou les anneaux étaient remplacés par des menottes pour les Jeux à Pékin en 2008. Les Jeux olympiques modernes sont une mascarade dont plus personne n’est dupe. Ils ne survivent que parce qu’ils sont un puissant outil de propagande que les États peuvent utiliser.

Michel Gourd

Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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