Édition du 23 mai 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur les politiques d’alliance

Reprenons l’offensive avec Québec solidaire (2e partie)

Les alliances sans fondement politique, une pensée magique aux lendemains douloureux

Cette société qui nous est imposée changera. Elle changera quand la population du Québec décidera qu’elle en a assez. Assez de la corruption, assez des faux-semblants identitaires pour gagner des votes, et rien alors rien ne pourra l’arrêter. Ce qui lui manque, c’est la confiance, la confiance qu’elle peut gagner. Et si nous à Québec solidaire nous n’avons même pas confiance en nous-mêmes, si on ne croit pas que ce changement peut se réaliser, que la population du Québec peut se soulever, comme elle l’a pourtant fait en 2012, alors comment peut-on penser inspirer une population en recherche de solutions alternatives.

Ce dont la population du Québec a besoin c’est d’un parti qui rassemble ceux et celles qui luttent isolément, les groupes qui perdent leurs espoirs parce qu’ils luttent en ordre dispersé, les communautés qui se sentent exclues. Elle n’a pas besoin qu’on leur offre de s’allier ou de voter pour un parti qui les a menés à la défaite et qui a trahi les aspirations de ceux et celles qui lui avaient fait confiance.

Sans l’aide de personne, le PQ a implosé par lui-même, quelques mois avant l’élection de 2012 où il était pressenti comme gagnant, 4 députées et députés influents ont quitté le navire devant une décision qui leur apparaissait scandaleuse et purement électoraliste, celle d’accepter la proposition libérale de financer le nouveau centre Vidéotron de Québec alors que les services hospitaliers et d’éducation souffraient de coupures importantes.

En 2012, après neuf ans de règne libéral et d’austérité, il a été incapable de représenter l’espoir porté par la population et par la plus grande mobilisation sociale que le Québec ait jamais connue. Il a devancé les libéraux par moins de 1%. Au lieu de tirer profit de son élection pour mobiliser la population derrière des politiques rassembleuses comme l’opposition à Énergie est, le changement de la loi archaïque sur les mines pour la réappropriation de nos ressources, qui auraient permis de renflouer les coffres de l’État et mieux financer nos écoles et nos services de santé, ce gouvernement a continué d’appliquer une politique néolibérale. Il a appuyé Énergie est, nous a harnaché à Pétrolia dans un contrat secret d’exploitation pétrolière de l’île Anticosti, a conservé leurs privilèges aux compagnies minières et coupé dans les services publics et l’aide sociale.

Pire, la seule véritable campagne de mobilisation qu’il a faite a porté sur le nationalisme identitaire avec la Charte des valeurs. Il s’en est pris aux minorités, aux communautés issues de l’immigration afin de raffermir le « Nous » québécois. C’est la seule leçon qu’il a tirée pour gagner l’élection, raffermir le « Nous » en entretenant les préjugés. Il a appliqué une politique odieuse qui a fracturé le Québec, conforté ou même envoyé les communautés culturelles dans les bras des Libéraux, et s’est ainsi disqualifié de toute possibilité de gagner un référendum. Au final, il a perdu l’élection qu’il avait lui-même déclenchée en contradiction avec sa propre loi électorale et avec un taux d’appui le plus bas de son histoire.

Malgré tout ça, certaines personnes pensent qu’il faut encore faire la preuve du discrédit du PQ. Les politiques d’alliances représenteraient ainsi une posture pour obliger le PQ à accepter nos revendications ou à rompre les discussions. D’autres comme notre député Amir Khadir pensent qu’il est possible de troquer des comtés avec le PQ, en les convainquant que nous avons plus de chances qu’eux dans un nombre restreint de comtés, de défaire les libéraux. En échange, on leur laisserait le champ libre dans une vingtaine d’autres circonscriptions.

Mais la politique ne sait souffrir d’analyses microscopiques. Elles empêchent d’avoir une vision globale, essentielle à une bonne compréhension. C’est d’ailleurs l’abc de la sociologie. À force de regarder la politique par le petit bout de la lorgnette, on finit par perdre de vue la vision globale. L’impact de telles alliances ne peut être considéré isolément pour chaque circonscription sans voir la conséquence globale que cela entraîne. Au final, on est en train de dire à l’électorat que le PQ représente une alternative valable. Et c’est ça qui est déterminant. Pour le reste, croire que le PQ va accepter de se retirer dans des comtés où il est loin devant nous c’est de la pensée magique. J’ai d’ailleurs démontré dans le tableau publié dans mon article précédent que même en ajoutant 100% des votes solidaires dans les comtés libéraux prenables, le PQ n’arrive pas à un nombre suffisant de comtés pour prendre le pouvoir. Il lui faut absolument ceux de la CAQ. (1)

La réforme du mode du scrutin est certainement le dernier argument servi par les défenseures des alliances. Mais dans ce cas elle inclut la CAQ. Il va sans dire que le PQ et la CAQ ont comme première priorité de prendre le pouvoir et sont en compétition entre eux. La question identitaire risque de devenir le terrain qui fera monter les enchères. C’est un terrain dévastateur où la démocratie est certainement la dernière invitée. Alors une alliance pour la réforme du scrutin et la démocratie, c’est certainement la dernière de leurs préoccupations. Ils ont d’ailleurs déjà décliné l’offre.

Durant cette période, Québec solidaire a continué de gagner des appuis partout. Dans ce contexte nous sommes devenus, encore plus qu’en 2012, un adversaire dangereux pour la direction du PQ, et pour cause. Nous représentons un boulet doit il doit se débarrasser en tentant de nous discréditer afin de passer aux choses sérieuses.

Nous sommes en croissance, nous sommes le parti porteur d’espoir et rassembleur des sensibilités et des luttes de résistance. Il est plus que temps de nous adresser nous aussi aux véritables enjeux. Et nous devons commencer pas rassembler les plus proches de nous comme Option nationale. Ce qui peut rassembler c’est un projet qui s’adresse à la population, à ceux et celles qui luttent pour une meilleure qualité de vie pour un Québec inclusif et ouvert sur le monde. Et Québec solidaire en est porteur avec ceux et celles qui voudront bien faire équipe avec nous.

(1) http://www.pressegauche.org/Reprenons-l-offensive-avec-Quebec-solidaire

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Impliqué également dans la gauche québécoise et canadienne, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et de Canadian Dimension. Il est également membre du comité de coordination nationale de Québec solidaire en tant que responsable aux communications. Il écrit ici à titre personnel.

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