Édition du 27 juin 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Le Monde

Les corps fantôme (II) : autopsie de la violence sociale...

Les KroniKs de février publie : Dans les contexte sociaux que nous connaissons, certaines violences sont sur-sensibilisées et certaines autres sont insensibilisées. Il en est ainsi des violences économiques et sociales qui se banalisent de plus en plus , et qui font en quelque sorte « partie du paysage ».

tire de : questionsdeclasses] ’S’orienter au 21e siècle’ - Le before de ton avenir (Q2C) Posté le 16 février 2017 par ÉricZ, Laurent Ott

Mettre en avant que les violences individuelles ou groupales sont les inventions et les créations de ceux qui les mettent en œuvre. Insister sur le fait qu’elles seraient l’effet d’un choix de même nature que celui que nous faisons entre moutarde et mayonnaise , brouille la conscience de nos contemporains. Si la violence est la création des violents, alors il n’y a plus rien à comprendre et à apprendre d’elles et bien évidemment toute prévention, mais même toute répression sont condamnées à l’inanité.

Cette manière simple de voir les choses tient tout au contexte individualiste qui triomphe dans nos institutions et nos médias ; l’individu serait sa propre œuvre et sa propre responsabilité dans une collectivité qui se retire, qui se replie et qui ne garde pour elle que quelques symboles et sécurités : polices, armée et fonctionnaires d’autorité.

La plus grande entreprise d’invisibilisation est à l’œuvre pour masquer la violence « environnementale » : les violences sociales, les violences institutionnelles directes ou indirectes qui n’ont jamais eu autant de poids et d’évidence dans les destins collectifs et si peu de crédit dans les représentations majoritaires.

Tout est bon pour ne rien voir : nier, enfermer , rejeter à la marge et loin de tout regard ce et ceux que l’on ne veut pas regarder. Et même, ne plus s’y intéresser. Toutes ces stratégies de cécité volontaire sont , n’en doutons pas les armes de destruction massive de notre temps.

Mais à côté de cette vieille ruse , d’autres procédés ont cours qui ne sont pas moins efficaces. On sur-visibilité et dénonce constamment et avec des moyens de plus en plus forts , la violence des pauvres et des précaires.

Et voici que ce qui sont les plus victimes des violences sociales ordinaires sont le plus souvent soupçonnés des violences que l’on nous jette en pâture : violences de genre, violences familiales.

l’État qui nous a abandonnés devient moraliste et enchaîne les lois, les annonces pour jeter le trouble dans les classes populaires qui se voient ainsi constamment soupçonnées des violences contre les femmes et les enfants.

Une forme d’union sacrée, mais contre nature , réunit ainsi ceux qui se croient progressistes parce qu’ils dénoncent et ceux qui depuis toujours, rêvent de remplacer le Social par la Morale.

Peu importe que les enfants et les femmes dont on parle, personne ne veuille les voir à commencer , malheureusement par les institutions, les écoles, les Mairies et même les travailleurs sociaux, invités au repli et au renvoi des problématiques hors de leur champ d’intervention.

On reproche ainsi la violence comme un stigmate à une classe, un groupe de personnes que l’on pourra tout à son aise dénoncer et renvoyer puisqu’ils sont coupables de porter en eux-mêmes la violence qu’au final on leur inflige.

Avec la violence c’est les corps qu’on rejette,. Ceux là on ne veut plus les voir que sur rendez vous et convocation. A défaut , on les enfermera.

En pédagogie sociale, nous travaillons avec les corps et la violence qui sont là. Nous ne confondons pas dénonciation et action, posture morale et travail social. Dans la réduction des risques , nous prenons place dans des environnements violents en étant conscients et en travaillant avec nos propres violences et en apprenant à les reconnaître sans les diaboliser ou les nier.

En pédagogie sociale, nous travaillons au delà de violence . Nous distinguons celle d’apparence qui fait partie de la vie en cours, de celle plus froide et imparable qui signifie la fin et la coupure des relations.

La véritable violence n’est pas celle que l’on conspue dans les mœurs des classes populaires, ni celle que l’on diabolise dans les relations des adolescents entre eux. La véritable violence est système, répétition. La véritable violence se justifie, se déguise , se dénie. Elle coupe, elle sépare, elle renvoie, elle enferme.

Notre travail n’est pas exempt de violences comme il n’est exempt d’aucun des ingrédients de la vie ; mais c’est un travail qui dure, qui accueille, qui sécurise , qui contient et qui sait aussi prendre soin. C’est un travail qui rend les relations possibles et qui les maintient alors que la véritable violence se reconnaît justement à son inverse : elle coupe court et rend les relation et la société impossibles.

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