Édition du 18 décembre 2018

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Afrique

Les écovillages pour un Sahel vert et solidaire

Face à la crise environnementale sévissant dans le Sahel et les multiples problèmes socio-économiques qui en découlent, le mouvement pour le développement des écovillages propose des solutions agroécologiques et communautaires pour transformer les villages ruraux, visant ainsi à restaurer la biodiversité et les écosystèmes dégradés et développer une économie locale, verte et résiliente.

Tiré du blogue de l’auteur.

Le réchauffement climatique, la surexploitation agricole et la perte de la biodiversité sont parmi les facteurs contribuant activement à la désertification des milieux arides du Sahel. La perte de couverture végétale, attribuée notamment à la surdensité du bétail et à la monoculture, renforce l’érosion et la dégradation de la fertilité des sols. La perte des moyens de subsistances traditionnels entraîne ainsi la population, principalement les plus jeunes, à immigrer dans les grands centres urbains, allant jusqu’à contribuer à l’immigration hors du pays et à une augmentation des flux migratoires internationaux.

Comment répondre efficacement à ces multiples crises environnementales et leurs conséquences ? Les voies traditionnelles du développement par la compétitivité et la performance économique ont négligées l’environnement au point d’aggraver la dégradation des terres, comme en témoigne les programmes d’intensification agricoles. En réponse, de nouvelles voies s’élèvent proposant un nouveau cadre pour un développement panafricain. Les travaux de Felwine Sarr vont ainsi dans cette direction : en appelant à une remise en question des valeurs et modèles occidentaux pour réinventer une modernité africaine prenant racine dans l’histoire, la culture, et le spirituel du continent.

C’est dans cette optique de renouveau que le mouvement des écovillages bourgeonne en Afrique de l’Ouest. Porté par l’initiative de GEN, le Réseau Mondial des Ecovillages, ces modes de vies mêlant tradition et modernité séduisent progressivement les villages ruraux du Sahel. A l’inverse des écovillages d’Europe, créés pour la plupart en tant que communautés intentionnelles, les écovillages d’Afrique de l’Ouest sont généralement des villages entamant un processus de transition grâce à des méthodes écovillageoises.

Au Sénégal et en Mauritanie, le REDES, Réseau pour l’Emergence et le Développement des Ecovillages au Sahel, propose notamment des formations à l’agriculture biologique, de l’appui pour diverses activités culturelles et organise des campagnes de sensibilisation sur la pollution plastique et l’importance du reboisement. Avec la coopération mauritanienne, c’est un réseau de plus de 35 écovillages qui est à présent en gestation dans la région du nord du Sénégal. Le fondateur du REDES, le Dr. Ousmane Aly Pame, espère ainsi convaincre et encourager d’autres pays voisins à s’inspirer de l’approche écovillageoise pour répondre aux enjeux environnementaux et socio-économiques du Sahel.

Pour le REDES, le village de Guédé Chantier est un pôle central dans ce nouveau réseau d’écovillages. Là-bas, la transition a commencé en 2008, après une grande réunion communautaire des villageois. Depuis, l’élection du Dr. Pame à la mairie a précipité les projets locaux, comme la mise en place de maraîchers biologiques et la naissance du Centre en Ressources Génétiques de Guédé Chantier. La jeunesse a depuis rejoint le mouvement : le Mouvement pour la Renaissance de Guédé Chantier, fièrement porté par les étudiants de la commune, a ainsi pour mission d’agir concrètement sur les enjeux environnementaux, et de sensibiliser les personnes des plus jeunes aux plus âgées, afin de réduire collectivement la pollution plastique et de participer au reboisement de la région. Véritable oasis de verdure au bord du fleuve, Guédé Chantier attire des collaborateurs internationaux désirant de développer cette stratégie dans la région. Un vaste programme pan-africain est d’ailleurs en développement à l’heure actuelle en collaboration avec GEN. 

Dans cette région aux ‘portes du désert’, il est impératif de trouver des solutions aux problèmes environnementaux que sont le changement climatique et la désertification. Le REDES et les écovillages nous démontrent que les sociétés humaines, loin d’être un fléau pour la nature, peuvent au contraire travailler avec elle, s’intégrer à elle avec humilité et respect, et même l’embellir grâce à toute une panoplie de pratiques et de savoirs qui ne demandent qu’à être entendus, propagés et appliqués en harmonie avec l’environnement. Ainsi, entre l’accueil chaleureux et la richesse des initiatives écovillageoise, je ne peux que recommander à celles et ceux qui aimeraient en savoir plus ou même s’impliquer directement de contacter le Dr. Pame : petit à petit, l’oiseau fait son nid, et s’il y a bien une chose qui peut contribuer à cela, c’est de partager et d’échanger davantage sur ce projet visionnaire d’un Sahel vert et solidaire.

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