Édition du 12 décembre 2017

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Catalogne

Les gauches en ordre dispersé face au défi catalan

Les indépendantistes catalans espèrent faire le plein dans les rues, lundi 11 septembre, pour leur traditionnelle fête nationale, à l’approche du référendum contesté du 1er octobre. À Madrid, Mariano Rajoy est décidé à empêcher cette consultation qu’il voit comme une « agression contre la légalité ».

11 septembre 2017 || tiré de médiapart.fr

Chaque 11 septembre, surtout depuis 2010, les images se ressemblent. Une marée humaine d’indépendantistes défile sur les grands axes de Barcelone, à l’occasion de la fête nationale de la Catalogne (qui commémore la défaite – et la résistance – des Catalans face aux forces armées franco-espagnoles, le 11 septembre 1714). Mais la Diada devrait avoir une saveur très particulière cette année. Elle intervient à moins de trois semaines de l’organisation d’un référendum pour l’indépendance de la Catalogne, le 1er octobre, que Madrid semble prêt à tout pour faire annuler. Le mot d’ordre de la manifestation ne trompe pas : « La Diada del sí », pour appeler à voter « oui » à la future consultation. Sous pression, l’exécutif régional de Carles Puigdemont mise sur une solide mobilisation susceptible de donner un nouvel élan à sa campagne, jusqu’à présent très mouvementée, pour « 1-O » (le nom de code du référendum du 1er octobre).

Le 6 septembre, l’adoption d’une loi qui organise le scrutin à venir, au sein du Parlament, le Parlement catalan, a tout précipité. Le gouvernement de Mariano Rajoy, à Madrid, a déposé par la suite quatre recours devant le Tribunal constitutionnel, l’institution chargée de faire respecter la Constitution espagnole (adoptée pendant la période de la transition, en 1978, après la mort de Franco). Les juges ont annulé la loi du 6 septembre, mais Barcelone continue d’appeler au vote, Puigdemont estimant que le texte « reste en vigueur ». L’exécutif madrilène pourrait aller jusqu’à intervenir, le jour de la consultation, pour saisir les urnes et le matériel prévus pour la tenue du scrutin. L’impasse semble totale. La « collision de trains » se rapproche, selon l’expression consacrée de la presse espagnole.

Depuis son entrée en fonction fin 2011, Mariano Rajoy, le chef de la droite espagnole, est l’un des premiers responsables du pourrissement de la situation entre Madrid et Barcelone. Il n’a jamais cherché à rouvrir la voie des négociations, préférant se draper dans une position de garant de l’unité espagnole, pour consolider son statut d’homme fort à Madrid (lire notre analyse). Mais le référendum du 1er octobre, qu’il ait finalement lieu ou pas, pose un défi à l’ensemble de la classe politique espagnole. De Podemos au PSOE, en passant par les nouvelles formations municipalistes issues du mouvement indigné de 2011, quelles sont les positions des formations de gauche face aux revendications des indépendantistes ? Beaucoup d’entre elles sont très divisées.

Le PSOE : prendre ses distances avec la droite de Rajoy

Les socialistes du PSOE ont longtemps été à la peine face au défi catalan. Le regain d’indépendantisme les a obligés, ces dernières années, à soutenir plusieurs annonces du conservateur Mariano Rajoy, en particulier ses appels à l’unité de l’Espagne. Depuis la « déclaration de Grenade » de 2013, le parti socialiste – dans l’opposition depuis fin 2011 – plaide, dans son programme, pour un changement de Constitution et l’instauration d’un État fédéral, où la Catalogne, mais aussi le pays basque et la Galice seraient reconnus comme des « nations » à part entière.

Parallèlement, Pedro Sanchez, de retour à la tête du PSOE depuis mai, cherche à montrer qu’il est plus ouvert au dialogue que Rajoy, et qu’il ne se contente pas d’une lecture littérale des textes de loi pour gérer la question catalane (« Le rappel à la loi ne suffit pas », a-t-il souvent répété au sujet de la Catalogne). Il a ainsi proposé la création d’une commission parlementaire, ouverte à toutes les sensibilités politiques, pour amorcer un débat sur les réformes constitutionnelles nécessaires pour l’avenir de l’Espagne. Le socialiste compte sur les soutiens du PP de Rajoy, mais aussi de Unidos Podemos, la coalition parlementaire de Podemos. Ce panel pourrait voir le jour dès octobre, dans la foulée du référendum catalan, quel qu’en soit le résultat.

Podemos : la défense du « droit à décider »

Fidèle à sa ligne, le mouvement anti-austérité défend le droit des Catalans « à décider » – c’est-à-dire la tenue d’un référendum –, même s’il ne souhaite pas la victoire du « oui » à l’indépendance. Mais son leader Pablo Iglesias regrette, comme beaucoup d’autres figures de la gauche, que la consultation du 1er octobre manque de garanties juridiques suffisantes (par exemple pour la protection juridique des fonctionnaires qui devront l’organiser). À ses yeux, le « 1-O » est une « manifestation politique légitime », mais le bras de fer en cours entre Madrid et Barcelone est un « conflit politique qui doit passer par des solutions politiques : la dynamique d’une collision de trains ne bénéficie ni à l’Espagne, ni à la Catalogne ». Podemos défend donc l’idée d’un référendum validé par Madrid, sur le modèle du référendum écossais, validé par le Royaume-Uni à l’époque.

Pour la première fois de sa vie, Iglesias va participer, ce lundi, à la Diada. Il le fera à travers un format particulier : non pas à Barcelone, mais dans une petite ville de banlieue, aux côtés d’Ada Colau, la maire de Barcelone. Avec le slogan « Une Catalogne souveraine, diverse et courageuse », ils vont tenter d’incarner une troisième voie, dans ce bras de fer entre Barcelone et Madrid. Ce positionnement s’accompagne de profondes divisions en interne. Le numéro un de Podem, la déclinaison catalane de Podemos (qui pèse peu dans les urnes, en raison de la concurrence du parti d’Ada Colau), va, lui, assister à un meeting en faveur, non seulement du référendum, mais aussi de l’indépendance, ce lundi à Barcelone, en contradiction avec la ligne officielle du parti.

À ce stade, les positions du PSOE et de Podemos sur la Catalogne restent donc lointaines. Cette divergence est lourde de conséquences : c’est en grande partie à cause du dossier catalan que les gauches espagnoles ont échoué à se mettre d’accord pour former un exécutif, dans la foulée des législatives de 2015 puis de 2016. Il faudra donc que ces deux partis acceptent des compromis sur ce sujet très sensible, s’ils souhaitent un jour gouverner ensemble.

Le numéro d’acrobate d’Ada Colau, la maire « indignée » de Barcelone

La maire de Barcelone, portée par une plateforme citoyenne issue du mouvement indigné (« Barcelone en commun ») lors des municipales de 2015, a toujours cherché à rassembler, autour d’elle, des indépendantistes comme des opposants à l’indépendance (partisans, ceux-là, d’une fédération espagnole). Lors d’une première consultation en novembre 2014, elle avait voté « oui », à la fois pour la tenue d’un référendum, mais aussi pour l’indépendance de la Catalogne. Cette fois, l’ancienne militante pour le droit au logement n’a pas encore dévoilé ses intentions.

Autour d’elle, les pressions sont nombreuses et les divisons profondes. Le numéro deux de la mairie, Gerardo Pisarello, membre d’un collectif d’indépendantistes de gauche (le « processus constituant »), a publié une tribune en faveur d’un « oui critique » à l’indépendance. Tandis qu’une pétition de ceux qu’on appelle les « comunes » (les militants du « commun ») circule, ceux-ci estimant qu’il faut, à l’inverse, se tenir à l’écart de ce référendum contesté. Pour compliquer un peu plus les choses, Colau gouverne à Barcelone en alliance avec les socialistes catalans, qui, eux, menacent de quitter la coalition si Barcelone aide à la tenue du référendum.

Pour ménager le suspense, Ada Colau a fait savoir, en fin de semaine dernière, que la mairie n’ouvrirait pas ses presque 300 bureaux de vote pour la tenue du référendum. En tout cas pas tant que des incertitudes pèsent sur les fonctionnaires (mais aussi sur l’équipe municipale, dont Colau elle-même) qui accompagneraient le processus. Parallèlement, le parti qu’elle vient de créer à l’échelle de la région, la « Catalogne en commun », est en train de consulter ses bases pour fixer sa position sur sa « participation », d’une manière ou d’une autre, au référendum du 1er octobre. Réponse attendue en fin de semaine. Les acrobaties de l’édile de la deuxième ville d’Espagne sont loin d’être terminées. Sa décision finale sera clé pour transformer le référendum du 1er octobre en une réussite ou en un échec.

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