Édition du 16 octobre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Les lois américaines peuvent aider à mettre fin aux massacres israéliens à Gaza

Mais avant tout il faut un mouvement pour obliger le Congrès et le Président à les appliquer.

Les vidéos qui ont été diffusées hors de la Bande de Gaza au cours des 2 dernières semaines sont dérangeantes. Elles mettent en évidence la force extrême et la terreur (utilisée par l’armée israélienne).

Alex Cane, The Nation, 13 avril 2018
Traduction, Alexandra Cyr

L’une d’elle a été captée le 30 mars, le premier jour de ce qui a été nommé la « Marche de grand retour ». On y voit Abdul Fattah al-Nabi, 19 ans, qui court avec un pneu. Il tourne dos aux snipers israéliens qui sont installés sur les collines au-dessus de Gaza et qui surveillent. On entend un coup de feu et (on voit) le garçon tomber au sol. Il est la 17ième personne à être tué ce jour-là par les tireurs israéliens qui ont abattu des Palestiniens.nes qui protestaient contre le blocus de l’enclave par Israël et revendiquaient le droit de retour des réfugiés.es.

Sur une autre vidéo enregistrée le 6 avril, ont voit le journaliste palestinien Yasser Murtaja avec sa caméra, qui filme les protestataires palestiniens.nes alors que la fumée des pneus en feu couvre l’espace où il se trouve. La fenêtre suivante nous le montre portant une veste identifiée « PRESSE ». Il est porté par des collègues alors qu’il saigne ; il a été blessé par un tir israélien. Il est décédé un peu plus tard.

Quand les premières vidéos ont commencé à être diffusées largement, le groupe israélien B’Tselem, qui se bat pour le respect des droits humains, à lancé une campagne médiatique avec un message simple à l’intention ceux et celles chargés.es d’intervenir face aux campements protestataires de Gaza. Il a publié des publicités dans les journaux israéliens proposant ces mots : « Désolé commandant, je ne peux pas tirer ». Comme le groupe l’explique, il veut encourager les tireurs d’élite à « refuser d’ouvrir le feu sur des manifestants.es non armés.es ».

Jusqu’à maintenant la campagne de B’tselem n’a pas eut de résultats. Les tireurs israéliens ont continué à abattre les Palestiniens.nes sans armes qui protestent près de la clôture qui entoure Gaza. Selon le groupe cette situation est un crime à l’égard des lois internationales. Ces manifestations pour le Grand retour, entrent dans leur 3ième semaine. 6 sont prévues. Les avocats.es en faveur des droits (humains) craignent que les militaires israéliens.nes ne fassent plus de morts, plus de bains de sang. On compte déjà 1,300 Palestiniens.nes blessés.es par balle et plus de 30 décédés.es.

Mais il existe une autre stratégie pour arrêter le bain de sang et elle ne repose pas sur la conscience des soldats.es ; elle se trouve aux États-Unis. Les groupes de défense des Palestiniens.nes ont commencé à interpeler le Congrès pour qu’une enquête soit déclenchée sur les allégations de violation des lois américaines concernant les exportations d’armes. Ils demandent au Département d’État d’appliquer ces lois et de cesser les envois d’armes vers Israël. Ces efforts vont de pair avec les appels du Comité palestinien national de boycott pour qu’un embargo global soit mis en place contre les exportations d’armes vers Israël. Le chef de l’opposition du Royaume Uni, Jeremy Corbin, a aussi demandé une révision des ventes d’armes à Israël. Mais le gouvernement britannique garde ses liens étroits avec son allié le plus prodigue.

Chaque année, les États-Unis versent à Israël plus de 3 mille milliards de dollars en aide militaire. L’entente américano-israélienne prévoit que 75% de cette aide doit être consacrée à l’achat d’armes et munitions américaines. En même temps, les lois qui président aux ventes d’armes aux pays étrangers les obligent à ne pas les utiliser contre des civils.es. Les groupes de défense des droits humains soutiennent que l’application stricte de ces lois assurerait que l’alliance américano-israélienne repose sur le respect des droits des Palestiniens.nes. Ils pensent aussi que cela préviendrait de futures attaques contre ces droits.

Selon le directeur exécutif de la Campagne américaine en faveur des droits des Palestiniens.nes, M. Yousef Munayyer : « Les États-Unis pourraient clarifier qu’il n’y a pas de permission automatique à utiliser ainsi les armes et qu’ils ne soutiennent pas ce type d’opération militaire. Ce serait un message important qui clarifierait que les abus des droits humains sont inacceptables ».

Ce groupe est le chef de file aux États-Unis pour réclamer que le pays soit tenu responsable (de ces actes) et qui encourage les militants.es à contacter leurs élus.es en leur demandant : « qu’une enquête soit déclenchée et qu’Israël soit tenu responsable des violations » des lois américaines qui interdisent que l’usage des armes fabriquées aux États-Unis servent à la transgression des droits humains. D’autres groupes demandent que l’enquête comprenne aussi le Comité américano-arabe contre la discrimination et des organisations reconnues pour la défense des droits humains comme Amnesty international des États-Unis. Son directeur pour le Proche Orient et l’Afrique du nord, M. Raed Jarrar a précisé à The Nation que : « Le fait que des balles réelles aient été utilisées contre des Palestiniens.nes non armés.es ne viole pas seulement les lois internationales mais que cela viole probablement aussi les lois américaines. L’aide militaire américaine ne peut être utilisée par les récipiendaires pour s’attaquer aux droits humains ».

Amnesty internationale et la Campagne américaine se sont particulièrement concentrés sur 2 lois : le Foreing Assistance Act qui interdit que l’aide américaine soit donnée à des pays qui violent les droits humains à répétition et la loi Leahy qui interdit aux États-Unis d’envoyer des armes à des groupes individuels ou à des forces de sécurité étrangères qui commettent des violations grossières des droits humains. La loi Leahy est la plus étroite des deux mais elle pourrait bien être la plus efficace selon certains.es avocats.es. Elle rend plus facile le retrait de l’aide aux unités aussi bien qu’aux armées qui font un mauvais usage de l’armement américain. Personnellement, M. Leahy donne un coup de main à la campagne. Son bureau à expédié une déclaration à une autre publication où il dit vouloir savoir si sa loi s’applique aux militaires israéliens qui tuent les manifestants.es à Gaza.

Il est difficile, sans avoir enquêté, de dire si les armes et l’aide américaines ont servi ou non à la frontière de Gaza ces jours derniers. Des experts qui contrôlent l’assistance à Israël m’ont déclaré, pour un autre article que j’ai publié sur site The Intercept, que quelle que soit le type d’aide, ils assument que pratiquement toutes les unités de l’armée israélienne en bénéficient. Sur des images diffusées par l’armée israélienne on peut voir que les fusils dont sont équipés.es les soldats.es à la frontière de Gaza semblent bien provenir des États-Unis. Sarit Michaeli traque les armes israéliennes pour le compte de B’Tselem à titre d’officier en faveur des liens internationaux. Il rapporte qu’une photo montre un soldat israélien qui surveille Gaza en tenant un Remington M24, un fusil d’élite fabriqué par la compagnie américaine Remington Arms, basée à New-York. Sur une autre photo ont peut voir un soldat tenir ce qui semble être un SR-25 un fusil semi automatique fabriqué par Knight’s Armament Company, basée en Floride.

The Nation a demandé à l’armée israélienne si elle utilisait des armes fabriquées aux États-Unis comme les Remington ou le SR-25. Un porte parole ne nous a pas répondu mais nous a plutôt dit : « Les forces armées israéliennes passent plutôt par les avertissements, des manières de disperser des émeutes, et en denier ressort, les tirs à balles réelles avec précision et d’une manière mesurée. Elles sont engagées dans la prévention des infiltrations sur le territoire israélien, des menaces contre ses troupes et contre les citoyens.nes israéliens.nes ».

En théorie, si le Département d’État trouvait que l’armée israélienne ait contrevenue aux lois internationales, comme le soutient un groupe de défense des droits humains, cela pourrait conduire à l’arrêt de l’envoie d’armes en Israël. Mais, la théorie et la pratique coïncident rarement, même jamais quand il s’agit de l’application des lois qui concernent les ventes d’armes fabriquées aux États-Unis. Il y a trop de pressions de la part de l’industrie défense, des autres groupes d’intérêt et un manque de volonté politique d’appliquer ces lois. Que ce soit contre Israël ou aucun autre allié à qui les États-Unis livrent des armes comme l’Arabie saoudite, l’Égypte qui tous les deux les utilisent pour attaquer des civils.es sans distinction.

Une experte des lois sur les exportations d’armes, (…) souligne : « Les récipiendaires des armes américaines comprennent qu’il est peu probable qu’on les tiendra responsables d’un usage qui pourrait causer des morts et des blessures aux civils.es. Il y a une perception partout dans le monde, que les États-Unis sont indifférents aux souffrances humaines ».

Occasionnellement, il y a eut quelques exceptions. Il est arrivé que les législateurs.trices et même les Présidents, aient fait des pas si petits soient-ils, pour arrêter le flot de livraisons d’armes aux pays en flagrant délit d’usage illégal. Par exemple, le Président Obama à diminué les livraisons de missiles Hellfire vers Israël durant ses attaques mortelles contre Gaza en 2014. Par contre, les autres armes ont continué à être livrées sans aucune question. L’administration Obama à aussi critiqué l’armée israélienne pour avoir tué des civils.es durant ce raid.

Ces interventions sont rares. Et ce n’est pas le Président Trump qui est allé dans ce sens, au contraire. Il a complètement ajusté les politiques américaines aux désirs du gouvernement d’extrême droite d’Israël et lui a promis de ne pas les critiquer publiquement. Cette administration n’a jamais rien dit à propos de l’usage de la force mortelle d’Israël contre des civils.es non armés.es. Mais l’envoyé spécial de la Maison blanche chargé du conflit israélo-palestinien, M. Jason Greenblatt, a critiqué les manifestants.es.

Au Congrès, seule une poignée d’élus.es a critiqué les agissements d’Israël. Le Département d’État n’a pas répondu à la demande de The Nation pour savoir s’il était préoccupé par les tirs israéliens contre des civils.es non armés.es à Gaza ce qui est une possible violation des lois américaines.

M. Munayyer, le directeur de la campagne américaine en faveur des droits des Palestiniens.nes, déclare : « Les États-Unis envoient aux Israéliens le message qu’ils sont complètement d’accord avec leur usage de la force mortelle contre les protestataires. C’est très dangereux. Les États-Unis offrent une protection à l’armée israélienne engagée dans ces actes de brutalités répressives. On est jamais descendu si bas ». Mais, il assure qu’il demeure très important de faire pression sur le gouvernement américain pour qu’il fasse respecter ses lois sur les exportations d’armes même en Israël : « Les gens ont une opportunité de communiquer avec leurs représentants.es en demandant que des actions soient prises en ce sens. Il s’agit de savoir si les lois sont violées ou non. C’est une question d’appel à responsabilité ».

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