Édition du 5 décembre 2017

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Amérique centrale et du sud

Les minières canadiennes en Amérique centrale

2017/03/28 | tiré de l’Aut’journal

Depuis les années 1990, les gouvernements d’Amérique centrale ont été encouragés à adopter un modèle de développement économique fondé sur l’exploitation des matières premières. Ainsi, des politiques économiques encouragent l’investissement étranger grâce à l’élimination des droits de douane, un taux de change flexible, la privatisation des biens de l’État et la déréglementation des lois du travail et de l’environnement. Des compagnies minières canadiennes en ont profité pour s’y installer.

Depuis les années 1990, les gouvernements d’Amérique centrale ont été encouragés à adopter un modèle de développement économique fondé sur l’exploitation des matières premières. Ainsi, des politiques économiques encouragent l’investissement étranger grâce à l’élimination des droits de douane, un taux de change flexible, la privatisation des biens de l’État et la déréglementation des lois du travail et de l’environnement. Des compagnies minières canadiennes en ont profité pour s’y installer.

L’aut’journal a rencontré, en entrevue, les trois conférenciers qui sont en tournée au Canada. Ils sont venus sensibiliser la population canadienne aux conséquences de l’industrie minière dans leurs pays, entre autres celles des compagnies canadiennes.

Javier Mejia, du Nicaragua, est économiste et coordonnateur du programme de la gestion des ressources naturelles au Centre Humboldt, une ONG environnementale. Yanira Cortez Estevez, du Salvador, est avocate spécialiste en droits humains et en environnement. Aleisar Arana Morales est leader du Parlement de la Nation autochtone Xinca au Guatemala.

« Le peuple Xinca résiste contre l’entreprise canadienne Tahoe Resources. On veut que la compagnie respecte nos processus de démocratie. Elle vole les ressources naturelles pour leur profit et non pour le bénéfice des Xinca. Nous sommes en faveur d’un développement durable, qui ne contamine pas notre environnement », d’indiquer Aleisar Arana Morales.

« Au Salvador, suite à l’exploitation d’une mine de 1906 à 2006, les dommages environnementaux ont eu pour conséquence que la population doit maintenant débourser 26% de ses revenus pour avoir de l’eau consommable. L’eau de la rivière à proximité de l’ancienne mine est de couleur jaune en permanence », d’expliquer Yanira Cortez Estevez.

« Lorsque la mine n’est plus rentable ou vide, les entreprises font leurs bagages et laisse au gouvernement la décontamination du site. Elles disparaissent et il est très difficile de les poursuivre en justice », d’ajouter madame Estevez.

Selon l’économiste nicaraguayen, la minière B2Gold est en train de contaminer la ressource la plus importante, l’eau. « À la suite de l’extraction de l’or du minerai d’arsénopyrite, il reste des résidus de trioxyde d’arsenic. La contamination des sols est attribuable aux procédés d’exploitation qui rejettent des résidus d’arsenic sous la forme de fumées industrielles, d’effluent et de déchets solides (pierre concassée et résidus miniers) ».

« Les compagnies minières utilisent l’eau des rivières en grande quantité, privant la population locale d’eau. Lorsqu’elles rejettent l’eau dans la rivière, celle-ci est polluée. Ainsi, dans la phase d’exploration, des contaminants entrent en contact avec la nappe phréatique, puis dans la phase d’exploitation, les résidus de la mine contaminent l’eau de surface », d’ajouter monsieur Mejia.

Yanira Cortez Estevez précise « qu’il faut diviser les impacts en deux types d’effet. Il y a les effets immédiats et les effets cumulatifs à long terme qui sont pernicieux. En plus de la contamination de l’eau et de l’air, il y a la pollution par le bruit. Les compagnies s’établissent près des communautés et le bruit, jour et nuit, de la machinerie et du va-et-viens des camions sont pénibles pour la population ».

« Le gouvernement utilise les forces policières et militaires pour réprimer les manifestations pacifiques opposées à l’industrie minière. Les entreprises possèdent un service de sécurité privé, qui n’hésite pas à faire feu sur les contestataires », de s’indigner monsieur Morales.

« En 2016, le syndicat de la mine d’El Limon a fait la grève pour avoir de meilleurs conditions de travail. L’entreprise a congédié les dirigeants syndicaux et la police les a emprisonnés pour un certain temps, ceux-ci sans qu’il n’y ait eu de procès. Les minières entretiennent des liens étroits avec le gouvernement », de dire Javier Mejia.
Lors de leur tournée canadienne, les trois conférenciers ont participé au sous-comité des droits internationaux au parlement d’Ottawa. Ils ont été surpris par l’attitude des députés, en particulier du député libéral, qui considérait que les études présentées par le trio n’étaient pas valides. Le député déclarait n’avoir rien vu de tel lors d’une visite au Guatemala organisée par une minière canadienne.

La tournée a été organisée conjointement par le Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et le Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL).

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