Édition du 19 septembre 2017

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États-Unis

Les travailleurs et les travailleuses de Walmart font l'histoire : la plus grande grève chez le plus gros employeur

Pendant 24 heures, les travailleurs et travailleuses syndiquéEs de Wallmart avec l’appui d’autres militantEs, ont mené la plus grande grève jamais vue aux États-Unis contre le plus gros employeur au monde. Selon les organisateurs et organisatrices, la grève a atteint une centaine de villes américaines où des milliers d’employéEs ont quitté leur travail. (…) L’objectif d’un millier d’actions de protestation partout dans le pays a été atteint. Seuls quatre états n’ont pas été touchés. Cette journée a ouvert la porte à une escalade d’actions contre cette compagnie qui a fait plus que n’importe quelle autre pour entraver l’action syndicale et pour miner les gains du mouvement ouvrier organisé aux États-Unis.

The Nation, 23 novembre 2012,
Traduction, Alexandra Cyr,

Pendant 24 heures, les travailleurs et travailleuses syndiquéEs de Wallmart avec l’appui d’autres militantEs, ont mené la plus grande grève jamais vue aux États-Unis contre le plus gros employeur au monde. Selon les organisateurs et organisatrices, la grève a atteint une centaine de villes américaines où des milliers d’employéEs ont quitté leur travail. (…) L’objectif d’un millier d’actions de protestation partout dans le pays a été atteint. Seuls quatre états n’ont pas été touchés. Cette journée a ouvert la porte à une escalade d’actions contre cette compagnie qui a fait plus que n’importe quelle autre pour entraver l’action syndicale et pour miner les gains du mouvement ouvrier organisé aux États-Unis.

Une gréviste de Miami, Elaine Rozier a déclaré à The Nation : « D’habitude je me tiens à l’écart et je ne dis rien….Je suis fière de moi ce soir. Je suis si heureuse, c’est historique ! Mes petits-enfants vont apprendre de cela et pouvoir se défendre eux-mêmes ».

Elle et ses collègues ont quitté le travail vers 19 hres 30 la veille du Black Friday. La même chose s’est passée de Miami à Chicago, dans les grandes villes et de plus petites comme Tulsa. Là, Christopher Bentley Owen, qui travaille à l’entrepôt s’est fait haranguer dans une rencontre et a décidé, à la dernière minute, de joindre le mouvement. Il est ainsi devenu le seul employé de son magasin à faire grève. Il ne voulait pas s’impliquer parce qu’il ne prévoit pas garder cet emploi bien longtemps et il a souligné que des millions d’autres travailleurs et travailleuses à faibles salaires ne participent pas à ce genre de protestation pour cette raison précise : « Mais ce sont quand même des millions de gens qui occupent pourtant ces emplois, et qui en sont toujours au même point. Il faut se rassembler ».

Vendredi matin, (23-11), à 9 heures, Wallmart publiait un communiqué annonçant « son meilleur Black Friday » et disant que seulement 50 employéEs étaient en grève (i). Il estimait que l’action était un échec. La direction de la grève a accusé Wallmart de manipuler les chiffres et a souligné ses efforts agressifs pour décourager la participation à l’action. Cela rend bien suspecte son apparente indifférence.

Cette grève survient un an et demie après qu’un nouveau groupe appelé OUR Wallmart (ii) ait été fondé. Cela se passait cinq mois après qu’un groupe de travailleurs temporaires aient fait grève dans une poissonnerie de Wallmart et sept semaines après les premières grèves coordonnées contre les magasins de la compagnie à travers le pays. Une des grévistes, Cindy Murray, qui a vécu les tentatives de campagnes ratées contre la compagnie il y a une dizaine d’années, dit, qu’après les élections (présidentielles) de 2008 elle est devenue convaincue qu’il fallait faire quelque chose de différent. Les actions de OUR Wallmart ont eu plus de succès parce que les travailleurs et travailleuses la voient comme « leur organisation » et finissent par dire : « peut-être que nous pouvons être sauvéEs. Peut-être pouvons-nous parler haut et fort ».

Avec d’autres, elle a pris la tête de la marche du vendredi matin des quelques 400 employéEs et autres militantEs à Hanover, vers le magasin Wallmart de la Maryland’s Capital Plaza. On entendait les slogans : Whose Wallmar ? OUR Wallmart ! et Debout ! Vivons mieux !

Arrivés au stationnement du centre commercial contrôlé par Wallmart, les dirigeantEs de Jobs with Justice ont demandé au gérant du magasin de s’engager à ne pas punir les grévistes. Il a répondu que la compagnie n’allait pas user de représailles (iii), qu’elle ne faisait jamais cela. Il a aussi nié qu’un vice-président ait parlé d’éventuelles « conséquences » ; il ne s’agissait pas de menaces selon lui.

Nous avons demandé à l’organisateur en chef du United Food & Commercial Workers Union, (UFCW) Pat O’Neill, s’il pensait qu’il y avait là une possibilité de représailles. Il a répondu positivement et a ajouté que ce serait une erreur de la part de la compagnie : « Je pense que ces travailleurs et travailleuses font la preuve qu’on ne les fera pas taire ».

On en a parlé de ces possibles représailles, tout au long de la journée : la rage a fait débrayer certainEs mais beaucoup plus se sont abstenuEs. (…). Des allégations de représailles illégales ont quand même fourni aux travailleurs et travailleuses une meilleure position de défense quant à leur statut de grévistes. Wallmart a probablement tenté d’insécuriser les troupes en déclarant elle-même que ces actions étaient illégales. La compagnie s’est engagée dans des tactiques la semaine dernière qui ont probablement eu un effet. Les dirigeantEs des syndicats ont souligné, que dans le district de Columbia, les employéEs d’environ 100 magasins ont fait grève en cours de semaine mais à peine une douzaine était à l’appel le jour du Black Friday. Ils ont prétendu que c’étaient le personnel qui avait fait ce choix pour ne pas trop perturber les opérations : la marchandise n’était pas encore déchargée plus tôt en début de semaine.

À Paramount, en Californie, la gréviste Maria Elena Jefferson dit que certainEs de ses collègues n’ont pas suivi à cause de leur conviction que c’était une bataille perdue d’avance et ne voulaient pas mettre leur emploi en jeu. Elle espère que l’action d’aujourd’hui dont un rassemblement où sont venus pas moins de 1,000 supporteurs, les fera éventuellement changer d’idée.

C’est à Paramount que s’est tenue la seule journée d’actions de désobéissance civile. Trois employéEs de Wallmart et six supporteurs ont bloqué le trafic sur le boulevard Lakewood. D’autres actions plus classiques ont été utilisées à travers le pays, comme des spectacles subversifs avec la lumière ou des « flash mobs ».

Au Maryland, après s’être regroupéEs, les grévistes se sont séparéEs en deux groupes. Le plus important était à Laurel. Il distribuait des tracts et lançait des slogans (J’ai vu le père Noël mettre le feu au magasin Wallmart ! Décorez les allées avec des salaires corrects !)

Le moins nombreux, formé de miliantEs du secteur communautaire s’est dirigé à Sevem, non loin de là. Une cinquantaine de participantEs se sont vite dirigéEs vers la devanture du magasin et ont lancé un facsimilé de chèque de paye. La foule a ensuite réagi a un court message lu par une militante de Jobs with Justice : « Nous demandons à Wallmart de changer. Nous lui demandons de cesser l’intimidation ». La police est arrivée pour les obliger à se disperser. Le groupe s’en est allé en criant : Nous reviendrons !

Les actions au Maryland, comme un peu partout sont très liées au UFCW. La plupart des marcheurs-euses de Hanover sont arrivéEs dans des autobus qui étaient partis du local 400 de ce syndicat. Félicia Miller, membre du UFCW, qui travaille au comptoir de charcuterie d’une épicerie Safeway, dit que les pratiques de Wallmart tirent les conditions de travail vers le bas pour tout le nouveau personnel de son magasin pourtant syndiqué : « Les jeunes qui arrivent sont dans la merde à cause de Wallmart. Nos patrons se disent que si cette compagnie le fait et réussit, pourquoi ne le feraient-ils pas… Elle pense que cette grève est impressionnante et c’est pour cela qu’elle les appuiera tant que nécessaire.

Bien des observateurs-trices dénigrent cette grève par qu’elle n’a pas réussi à faire tomber Wallmart. Mais les employéEs et les organisateurs-trices de cette journée d’action n’y ont jamais vu autre chose qu’un moment dans une escalade ; pas un aboutissement. Jeudi et vendredi, les grévistes parlaient déjà de recommencer en espérant que cette fois-là, leur courage réussirait à gagner l’engagement de leurs collègues. Elaine Rozier prévenait, hier soir, qu’il y aurait d’autres journées de grève. « Nous n’allons pas nous arrêter. Je ne m’arrêterai pas tant qu’ils ne me respecteront pas et ne nous donneront pas ce que nous voulons ». Cela reprend ce que Dan Schlademan du UFCW a promis le mois dernier : « Wallmart devra faire face à cette nouvelle réalité. 2012 est le début d’un moment où les employéEs du commerce de détail vont commencer à se tenir debout ».

Tout en marchant vers le Wallmart de Hanover ce matin, l’ex organisateur du Service Employees International Union, (SEIU) disait que ce genre de campagne a le mérite de montrer que les travailleurs et travailleuses peuvent, à travers un usage stratégique des grèves : « s’engager dans des actions qui non seulement leur donne le sentiment de leur pouvoir et qui vont toucher la compagnie mais aussi qu’ils et elles n’ont pas à perdre leur temps dans des poursuites légales pour démontrer leur volonté de se syndiquer ». M. Lerner, l’architecte de la campagne « Justice for the Janitors » ajoute que ces grévistes sont en train de démontrer qu’ils et elles agissent déjà comme un syndicat.

Vendredi, à 21 heures à San Leandro en Californie, la journée d’action avec sa marionnette-dragon et son groupe « Cuivres pour la libération » a terminé ses activités. Les trois employéEs arrêtéEs plus tôt en après-midi sont rentréEs à la maison en sécurité. Demain, les grévistes de Wallmart vont retourner au travail sauf une. Une travailleuse de San Leandro qui voulait faire la grève mais qui a été mise en congé pour jeudi et vendredi. Elle va faire grève demain.

Mise à jour le 26 nov. à 18hres 45 : Selon le porte parole de Making Change at Wallmart, plus de 500 employéEs de la compagnie ont fait grève.

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