Édition du 13 novembre 2018

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Environnement

Lettre à Justin Trudeau : le pétrole n’est pas dans l’intérêt du Québec

La prochaine étape dans cette bataille implique d’émanciper le Québec de la pétro-économie que vous surnommez « intérêt national » canadien.

Monsieur le Premier Ministre Justin Trudeau,
Il y a à peine trois ans, vous avez été porté au pouvoir en promettant de sauver le Canada de l’irresponsabilité écologique des conservateurs. Ils sont nombreux, dans ma génération, à y avoir cru. Dans les derniers mois, en engageant plusieurs milliards de dollars d’argent public dans le rachat de l’oléoduc Trans Mountain de Kinder Morgan, vous avez spectaculairement trahi cette promesse.

Après tout, vous l’aviez déjà affirmé aux cadres de BP, Exxon, Shell, Total et cie réunis au Texas en mars 2017 : on ne peut quand même pas laisser 173 milliards$ de pétrole dans le sol sans l’exploiter. Prendre au sérieux ce que dit la science sur le réchauffement de la planète aurait impliqué de sacrifier une partie de ces profits et de déplaire à quelques-unes de ces entreprises puissantes.

Mais vous avez fait votre choix : le Canada sauvera les pétrolières avant de se soucier de l’équilibre climatique.

Le Canada a fait de la pétro-économie son projet de société, et vous en avez fait la démonstration de manière très convaincante.

On dit souvent de ma génération qu’elle est « post-nationale », qu’elle se soucie peu des vieilles querelles constitutionnelles. Il m’arrive moi-même de m’en désoler. Mais en prenant votre décision et en la justifiant au nom de « l’intérêt national canadien », vous m’avez rendu un fier coup de main. Vous dévoilez le projet national canadien dans son plus simple appareil : exploiter toujours un peu plus de pétrole, construire toujours un peu plus de kilomètres d’oléoduc, extraire toujours un peu plus de profit de notre sous-sol en dépit des conséquences établies par la science et connues de tous. Le Canada a fait de la pétroéconomie son projet de société, et vous en avez fait la démonstration de manière très convaincante.

Lors de la prochaine campagne électorale, lorsqu’ils seront devant les caméras, Messieurs Couillard, Lisée et Legault feront comme vous. Ils ne manqueront jamais une occasion de s’alarmer des changements climatiques. Mais les Québécois et les Québécoises doivent se le rappeler : Philippe Couillard a ouvert le territoire du Québec aux pétrolières, Jean-François Lisée a fait partie du gouvernement qui a foré Anticosti et financé l’ultra-polluante cimenterie de Port-Daniel et François Legault propose un « troisième lien » qui ne décongestionnera aucune route, en plus d’être favorable à l’exploitation pétrolière en sol québécois. Ces chefs ne proposeront pas non plus de rompre avec le cadre politique canadien, qui fait en sorte que les impôts des Québécois et Québécoises servent à construire votre oléoduc en Alberta.

Pendant ce temps, je serai dans les rangs du seul parti à s’opposer frontalement à ce projet destructeur.

Avec Manon Massé et toute l’équipe de Québec solidaire, nous proposerons de faire de la transition énergétique et environnementale le nouveau projet national du Québec. Nous présenterons un plan de transition économique ambitieux, chiffré et réfléchi. Nous prendrons le parti de la responsabilité face à l’avenir.

Nous proposerons au Québec de voir plus loin qu’un terme électoral de quatre ans. Nous inviterons l’électorat à ne pas se laisser séduire par le confortable déni que lui proposera la vieille classe politique. Nous ferons le pari qu’une transition économique est non seulement indispensable, mais peut aussi être un projet collectif emballant.

Cet été, 89 personnes sont décédées des suites de la canicule intense qui a frappé le Québec. Les forêts ont brûlé au Canada et aux États-Unis. La semaine dernière, une étude annonçait que ces phénomènes ne sont que la bande-annonce de ce qui nous attend en 2050.

Si rien n’est fait, le Québec sera défiguré : fini les Noëls blancs à Montréal, finis les parties de hockey à l’extérieur, fini le temps des sucres sur une bonne partie du territoire. En 2050, je n’aurai que 60 ans. D’ici là, je me battrai de toutes mes forces pour que le monde soit encore habitable. La prochaine étape dans cette bataille débute ce jeudi, et elle implique d’émanciper le Québec de la pétroéconomie que vous surnommez « intérêt national » canadien.

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