Édition du 14 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Course à la présidence de Québec solidaire

Lundi 29 avril 2013

Lettre aux membres de Québec solidaire

Chères militante et chers militants de Québec solidaire,

Un choix important quant à l’avenir de notre parti se présente à vous : choisir un nouveau président et porte-parole. Si j’ai décidé de présenter ma candidature, c’est tout d’abord pour mettre de l’avant une certaine conception de ce que doit être Québec solidaire, un parti qui apporte non seulement la parole progressiste à l’Assemblée nationale et aspire un jour à prendre le pouvoir par les urnes, mais aussi un parti profondément enraciné dans les mouvements populaires et dont il en est l’extension et l’expression dans l’arène politique.

J’ai eu l’occasion d’exposer mes points de vue à une multitude de militant-es de Québec solidaire ces dernières semaines. Vos questions m’ont permis d’approfondir ma pensée sur des sujets essentiels et parfois loin de mon champ d’expertise. Si je n’ai pas réponse à tout, je me suis efforcé de développer ma pensée en faisant appel aux principes qui guident notre action et notre programme. Aujourd’hui, il est important pour moi d’exposer certains aspects de ma candidature qui, j’ose le croire, contribueront certainement au développement du parti dans la fonction stratégique de président et porte-parole.

Susciter une vision commune et cohérente

J’aspire à mobiliser ce qui existe de mieux chez les gens qui m’entourent. Privilégiant le travail d’équipe, je promeus les débats et les échanges d’idées afin d’atteindre de vrais consensus fondés sur une vision commune solide et cohérente. Depuis déjà 14 ans, mon travail dans le monde communautaire consiste justement à permettre l’expression de points de vue parfois divergents, pour ensuite susciter un fil conducteur qui intègre ces différents apports. En tant que président de Québec solidaire, cette capacité à susciter des alliances fondées sur une analyse et une vision commune nous permettra d’établir une communication fructueuse avec le mouvement populaire.

Je porte aussi le souci de l’expression de la base militante. Cette culture existe déjà à Québec solidaire. J’entends donc la perpétuer et si possible, l’approfondir. Encore une fois, dans mon travail, je suis guidé par la préoccupation constante de donner la parole aux « sans voix » par l’éducation populaire, afin que ces personnes puissent exprimer leur vécu et l’intégrer dans une analyse globale de leur situation d’exclusion sociale et économique. C’est aussi en ce sens que je propose de produire régulièrement des analyses de la situation politique en cours, assorties d’actions destinées à influencer le débat politique québécois. Rédigées en collaboration avec le comité de coordination national, ces analyses pourront être discutées par l’ensemble des instances du parti, ainsi qu’entre la base et les porte-paroles. J’apporte donc une vision démocratique portée par une dynamique d’échange permanent entre la base et les instances de coordination du parti.

D’ailleurs, tout au long de ma vie militante marquée par la défense des droits, j’ai été confronté à la nécessité de divulguer notre message de façon à susciter l’adhésion d’un grand nombre de personnes aux luttes entreprises. Cette tâche dépasse le simple impératif de trouver le « truc » pour mieux communiquer notre message. Cela implique obligatoirement la tâche d’élaborer des méthodes et un discours en mesure de susciter chez les gens la mobilisation pour s’inclure dans un mouvement collectif. Cette perspective, partagée par d’autres, voit le parti comme un véritable outil de dialogue et d’échange constant avec la population, et pas seulement pendant les trente jours d’une campagne électorale.

Développer une culture organisationnelle et militante

J’aspire à un parti progressiste tourné résolument vers la communication de notre programme et de nos propositions à la population du Québec. La tâche effectuée par notre aile parlementaire, par Françoise et Amir, est essentielle et exceptionnelle en tenant compte de l’exiguïté de nos moyens et du faible nombre de député-es à l’Assemblée nationale. Toutefois, la lutte parlementaire et l’activité électorale qu’elle implique ne sont qu’un aspect de l’équation. Cela doit être complété par la mobilisation de larges secteurs sociaux et par le développement d’une culture organisationnelle au sein du parti. Des campagnes politiques nationales impliquant l’ensemble des instances doivent donc être constamment mises de l’avant.

Notre parti vise, à terme, à « dépasser le capitalisme ». Sans que Québec solidaire n’ait tout à fait défini ce concept, notre projet implique des transformations fondamentales de notre système économique et politique en vue d’une plus grande redistribution de la richesse collective et d’un approfondissement de notre démocratie. Ce vaste programme ne peut s’accommoder de raccourcis visant à obtenir davantage de sièges à l’Assemblée nationale. Nos victoires électorales doivent donc compter sur un appui tout à fait réfléchi et assumé d’un électorat qui désire non pas se débarrasser d’un gouvernement en fin de course, mais construire un autre Québec, radicalement différent. La meilleure garantie de développement de notre programme se trouve dans la radicalité et l’originalité de celui-ci. Ces orientations réduisent les possibilités d’alliances électorales avec d’autres partis, mais nous permettent de garder le cap. À moyen et long terme, ce sera payant puisque l’électorat verra bien que nos propositions ne sont pas diluées dans la recherche exclusive de plus de député-es.

S’enraciner en région

Le développement de Québec solidaire exige un travail patient et à long terme qui englobe toutes les régions du Québec et pas seulement Montréal ou les grands centres urbains. Une fois qu’une électrice ou un électeur vote pour le parti, nous devons nous assurer que cela demeure pour plusieurs élections. Cette vision du développement de notre rayonnement repose sur une méthode éprouvée : la persévérance dans nos actions.

Au cours de cette campagne interne, les candidats ont été questionnés sur la façon de développer les associations locales, qui souvent rencontrent de grands défis pour maintenir une vie active. Si nous devons favoriser la fondation d’associations locales, celles-ci ne devraient être fondées que s’il existe des perspectives sérieuses de pérennité dans le temps. Sinon, nous devons favoriser le fonctionnement par régions ou sous-régions. L’important ici est de former et maintenir un noyau de militant-es en mesure de mettre de l’avant des actions ou activités que ce soit à une échelle locale ou autre. Encore une fois, le fonctionnement sur la base de la discussion portant sur des analyses politiques et sur la base de campagnes politiques permettra aussi le rayonnement de petits noyaux de militant-es partout au Québec travaillant sans cesse à donner un sens à l’action.

Finalement, Québec solidaire est le parti le plus développé d’un point de vue progressiste au Québec, au Canada et même en Amérique du Nord. Cela n’est pas négligeable. J’ai commencé mon militantisme très jeune au début des années 1980, à une époque où l’offensive néo-libérale contre les acquis du mouvement populaire était déjà bien entamée. J’ai pu voir les défaites des mouvements sociaux, les dérives que cela a occasionnées et les tentatives de résister aux attaques contre les classes populaires et la classe moyenne. À la fin des années 1990 et le début des années 2000, j’ai aussi assisté, de mon perchoir communautaire, à la recomposition d’une gauche politique qui en bout de piste a donné Québec solidaire. Je considère que notre parti, à l’échelle nord-américaine, est l’expression la plus avancée des mouvements progressistes. Nous avons appris des leçons du passé et nous nous projetons avec optimisme vers l’avenir. Le travail qui nous reste à accomplir est énorme, mais nous avons déjà tout ce qu’il nous faut pour assurer notre développement.

Fort de mon expérience de vie, marquée par le militantisme pour la justice sociale, j’entends donc contribuer de façon significative en tant que président et porte-parole de Québec solidaire à poursuivre la lancée et le projet exceptionnels que nous nous sommes fixés.

Solidairement,

Andrés Fontecilla
Québec solidaire Laurier-Dorion

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