Édition du 11 décembre 2018

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Canada

Lettre de Jean-Claude Parrot au Premier ministre Trudeau lui enjoignant de suivre les conseils de son père en matière de conflits de travail.

Très honorable Justin Trudeau
Premier ministre du Canada
Monsieur le Premier ministre,

Je vous écris personnellement parce que je crois qu’il est important de le faire. J’ai demandé au STTP de veiller à ce que ma lettre vous parvienne. Vous n’êtes pas sans savoir que votre père a vécu une situation semblable à celle où vous vous trouvez quand j’étais moi-même président national et négociateur en chef du STTP.

Voici, à mon avis, ce que votre père vous dirait aujourd’hui :

« Méfie-toi de la direction de Postes Canada. Elle m’a fait passer pour un imbécile lorsqu’elle m’a convaincu de faire adopter une loi de retour au travail, m’assurant que, malgré le discours du Syndicat, ses membres indiquaient clairement qu’ils n’allaient pas défier la loi. Quelle ne fut pas ma surprise d’apprendre, le lendemain de l’adoption de la loi, que 23 000 travailleurs et travailleuses des postes avaient débrayé à la grandeur du pays.

De plus, lors de la ronde de négociations suivante, le Syndicat n’a cessé d’affirmer qu’il allait de nouveau défier la loi. J’ai donc demandé à André Ouellet, alors ministre du Travail, de veiller à ce qu’un règlement soit conclu avec le STTP. À ma grande surprise, il a réussi à conclure une entente qui évitait la grève et qui n’imposait aucun véritable fardeau financier à Postes Canada, elle qui, encore une fois, nous avait menti sur sa situation financière.

Aujourd’hui, tu dois composer non seulement avec un STTP résolu à se battre jusqu’à obtenir satisfaction, mais aussi avec un conseil d’administration de la SCP composé surtout de membres nommés par Stephen Harper, et dont le seul intérêt consiste à privatiser Postes Canada.

Tu as été élu en riposte au gouvernement Harper. Ne laisse pas ses amis décider de ce qui est bon pour le service postal dans ces négociations. Je reconnais que les principales revendications du Syndicat portent sur de véritables problèmes de santé, de sécurité et d’équité salariale. S’il le faut, fais ce que moi j’ai fait, et envoie un ministre régler ces négociations. »

Monsieur le Premier ministre, je crois sincèrement que, grâce à des efforts concrets, ces négociations peuvent être réglées sans d’autres interruptions de travail et sans l’adoption d’une loi de retour au travail. Mais je vous préviens : évitez de faire appel à votre ministre des Finances, car en matière de service postal, il est davantage perçu comme un partisan des idées de Stephen Harper et du conseil d’administration de la SCP que de celles du gouvernement libéral.

J’ose croire que vous considérerez ma missive comme un effort sincère de ma part pour résoudre ce conflit de travail de façon positive, et ce, dans l’intérêt des travailleuses et travailleurs des postes, de Postes Canada et de votre gouvernement.

Sincères salutations,

Jean-Claude Parrot

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