Édition du 19 juin 2018

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Afrique

Lutter contre la corruption par la démocratie et la citoyenneté en Côte d'Ivoire

Par quel moyen politique lutte-t-on efficacement contre la corruption et le népotisme, ces figures sociales de la faiblesse humaine, qui impliquent toujours toutes les catégories de la société et que certains types de régimes politiques favorisent ? Lutte-t-on mieux contre la corruption dans les démocraties républicaines pluralistes ?

Tiré du blogue de l’auteur.

Par quel moyen politique lutte-t-on efficacement contre la corruption et le népotisme, ces figures sociales de la faiblesse humaine, qui impliquent toujours toutes les catégories de la société et que certains types de régimes politiques favorisent ?

Lutte-t-on mieux contre la corruption dans les démocraties républicaines pluralistes ou dans les dictatures communautaires et nationales-populistes ?

En Côte d’Ivoire certains acteurs politiques proposent aux ivoiriens, en guise de projet sociétal alternatif, un État communautaire national-populiste et prétendent éradiquer radicalement la corruption et le népotisme au moyen d’une gouvernance vertueuse dans cette administration.

L’on peut légitimement en douter en raison de l’expérience spécifique des Ivoiriens relativement à la gouvernance du FPI, un parti national-populiste. Cette gouvernance fut caractérisée par une corruption endémique soutenue par un terrorisme d’État entre 2000 et 2010.

Cette suspicion légitime est justifiée par le classement de la perception de la corruption dans la majorité des États de la planète. Les premières places, dans le classement des États les moins corrompus sont occupées par les démocraties républicaines pluralistes tandis que les dictatures communautaires et les autocraties occupent les dernières places. Quelle est la raison principale de cette différence ? Comment expliquer cette performance ?

La lutte contre la corruption et le népotisme s’effectue toujours au moyen de la citoyenneté et du respect du principe de publicité qui garantit la transparence dans la gestion du bien public.

On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen de l’ethno-nationalisme et du populisme, puisque ces régimes politiques détruisent la citoyenneté et développent des logiques et des solidarités de type clanique qu’abrite une culture du secret. Ces régimes promeuvent les replis identitaires et les despotismes oligarchiques. Ils instituent l’exclusion, constitutionnalisent l’inégalité, installent le règne de la force au détriment du Droit, établissent des privilèges et des statuts d’exception. Ils brisent le sentiment de commune appartenance, divisent la société, font prévaloir les intérêts particuliers, anéantissent le sens du Bien public et de l’intérêt général.

Ces déficiences favorisent l’appropriation privée du bien public et le détournement de l’intérêt général vers des intérêts particuliers. Ainsi se définissent la corruption et le népotisme.

On lutte contre la corruption et le népotisme par la formation du sens civique et par le développement du sentiment de commune appartenance nationale citoyenne. Ce sentiment et cette conscience permettent à chaque membre de la cité de se sentir gardien de l’unité et de la pérennité de la collectivité nationale, responsable de l’intégrité du Bien public et solidaire d’autrui.

Sur ce socle citoyen de la cité démocratique, qui s’édifie sur le sentiment d’appartenance nationale commune, naît une justice impartiale donnant la priorité absolue à la loi, et un État efficient gouvernant selon les lois, serviteur de l’intérêt général et du Bien commun.

On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme à travers la dénonciation populiste et électoraliste de la corruption, et en dissimulant par devers soi, en guise d’alternative politique, un régime politique générateur de corruption et de népotisme.

On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen d’un régime qui érige le terroir en modèle politique normatif, divise, à travers le discours et les les actes, le pays en ethnies, en confessions et en régions hostiles les unes aux autres. Autrement dit, on ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen de l’anti-démocratie.

On lutte contre la corruption au moyen de la démocratie qui permet de développer la citoyenneté, de redresser l’État par une critique rationnelle responsable, de limiter son exercice par les droits de l’homme, de le soumettre au service des besoins et des intérêts de la société.

Comme le prouve l’actualité quotidienne dans la Côte d’Ivoire démocratique de nos jours, on lutte contre la corruption et le népotisme par la liberté de la critique citoyenne, par la dénonciation médiatique des agressions perpétrés contre le Bien public. L’Eléphant déchaîné, version ivoirienne du canard enchaîné, est un bon exemple de cette dénonciation citoyenne. On lutte contre la corruption et le népotisme au moyen de la réaction citoyenne des pouvoirs publics suite à ces interpellations, de la répression des délits selon la loi en respectant les droits fondamentaux des prévenus.

On ne lutte pas contre la corruption et le népotisme au moyen de la stigmatisation et du lynchage des catégories sociales et des individus, à partir de logiques communautaristes et populistes. On ne lutte pas contre ces maladies des corps sociaux au moyen de la stigmatisation populiste du gouvernement en faisant de l’État, dans une logique de responsabilité collective, un ennemi de la société. On ne lutte pas contre ces maux au moyen de régimes de non-droit et à travers la propagande prétendument anti-systèmes, l’arbitraire policier et les exécutions militaires.

Les pays scandinaves occupent les premières places du classement des pays les moins corrompus parce qu’ils s’approchent au plus près d’une gouvernance démocratique qui allie le sens de la citoyenneté et le respect des droits de l’homme à la culture de la transparence qui garantissent le service du bien public et la promotion de l’égalité. En Côte d’Ivoire l’efficacité du combat contre la corruption et le népotisme passe par le développement de la citoyenneté et la lutte contre les inégalités au moyen de la démocratie. Elle ne réside pas dans la constitutionnalisation de l’inégalité et l’abrogation de la citoyenneté au moyen du despotisme d’un État communautaire dans un régime national-populiste.

Alexis Dieth

Alexis Dieth, Docteur en philosophie de l’Université de Poitiers, est chercheur à Vienne (Autriche). Spécialiste de la philosophie morale et politique de Kant, il dispose d’une solide culture générale en épistémologie, en histoire, en sociologie et en psychologie. Disposant d’une expérience de 32 ans dans l’enseignement de la philosophie, durant lesquelles il a exercé la fonction de conseiller pédagogique, en Côte d’Ivoire, puis au Liban (International College of Beirut), en France et en Autriche, il met en partage ses réflexions lors de Séminaires, Colloques et Stages de formation ayant trait à la problématique du développement socio-économique et politique de l’Afrique, à l’inter-culturalisme, aux relations internationales et à la pédagogie.

Il poursuit ainsi une carrière internationale dans laquelle, en tant qu’essayiste, chroniqueur et intellectuel engagé dans la construction de la démocratie, il s’efforce de saisir sans cesse l’essentiel de l’événementiel, pour penser l’émergence de l’Afrique.

Formé à l’Université Nationale de Côte d’Ivoire et à l’Université de Poitiers en France, Alexis Dieth est franco-ivoirien.

Il a publié « La pratique comme intention dogmatique de la raison pure » in l’Année 1793. Kant sur la politique et la religion, Actes du 1er congrès de la Société d’Etudes kantiennes de Langue Française (Dijon, 13-15 mai 1993), sous la direction de Jean Ferrari, Paris, Librairie Philosophique J.Vrin. 6, place de la Sorbonne, 1995, et contribué à la rédaction de « La naissance de la volonté » Auteur. Miklos Vetö, L’harmattan, 2002

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