Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Amérique centrale et du sud

Ma position sur le Venezuela

Le 1er juin 2017, le sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos, figure très respectée du mouvement altermondialiste, a publié un texte exposant et précisant les raisons pour lesquelles il a décidé de signer un texte d’intellectuels de gauche sur le Venezuela intitulé « Appel international urgent pour stopper la montée de la violence au Venezuela ».

Ce texte exprime une « profonde préoccupation face à la situation incontrôlée de violence politique et sociale au Venezuela » et considère qu’il existe dans le pays de la Révolution bolivarienne « d’un côté (…) un gouvernement de plus en plus délégitimé, prenant un fort caractère autoritaire » et, de l’autre, « des secteurs extrémistes dans l’opposition (très large et hétérogène) qui recherchent (…) une issue violente ».

Souhaitant « se placer au-dessus de cette polarisation » pour « chercher de nouvelles voies pour le dialogue politique et social », l’appel propose « la formation urgente d’un Comité international pour la paix au Venezuela afin de mettre fin à la montée de la violence institutionnelle et de la violence de rue ».

Ce texte a donné lieu à une réponse intitulée « Qui accusera les accusateurs ? » (¿Quién acusará a los acusadores ?), diffusée par le Réseau des intellectuels, artistes et mouvements sociaux en défense de l’humanité. Dans ce document, publié le 31 mai 2017 et signé lui aussi par de nombreuses autres personnalités intellectuelles, universitaires, et politiques de gauche du monde entier, les auteurs considèrent que le Venezuela est victime d’une « guerre de quatrième génération ou d’une guerre de basse intensité » menée par les Etats-Unis. Pour eux, « ignorer [cette] dimension conduit à développer des analyses superficielles ». Dans ces conditions, « adopter un point de vue au-delà de la polarisation » constitue une « vaine tentative ». Il convient de « prendre parti ».

Mémoire des luttes publie ici l’exposé des motifs proposé par Boaventura de Sousa pour expliquer dans quel état d’esprit il a souhaité apporter son soutien au premier texte.
 
Je suis toujours solidaire de la Révolution bolivarienne, mais être solidaire n’empêche pas d’être solidairement critique. La position opposée nous a fait commettre de nombreuses erreurs dans le passé. Il est connu que j’ai été solidairement critique de la révolution citoyenne de l’Equateur, mais je n’ai pas hésité à manifester mon soutien à Lenin Moreno. Les intellectuels vivent avec un pêché originel : ils trahissent facilement les causes. Il y a deux manières de trahir : critiquer trop tôt, quand les processus de transformation sont encore dans leur phase ascendante ; ne pas critiquer quand des signes évidents montrent que les processus de transformation ne vont pas bien.

Les choses ne vont pas bien au Venezuela, à cause d’une intervention grossière de l’impérialisme nord-américain et des nombreuses erreurs commises ces derniers temps par les dirigeants politiques du pays. Quand je signe un document demandant la fin de la violence dans les rues, je manifeste mon soutien au processus bolivarien.

Je souhaite que la Révolution bolivarienne accueille des idées et des personnes telles que Edgardo Lander, intellectuel et militant présent dans toutes les luttes de gauche des vingt dernières années (depuis que je le connais). Je n’accepte pas qu’on le considère comme un réactionnaire parce qu’il préside une conférence de presse contre la violence dans les rues, conférence à laquelle participait également un ancien ministre du président Chávez.

Je souhaite une Révolution bolivarienne qui fasse de la place aux aspirations des peuples indigènes et à l’appel solidaire en leur faveur lancé par le grand intellectuel-militant indigène José Angel Quintero Weir.

Dans la galaxie des organisations qui vont s’unir pour exiger la fin de la violence dans les rues au Venezuela, il y a beaucoup de gens que je ne considère pas comme des alliés. Au contraire, ce sont nos adversaires. Dans le même temps, je ne suis pas non plus d’accord avec certaines critiques des récentes décisions prises par le gouvernement du président Maduro. Il est en effet de notoriété publique que l’Assemblée a décidé de bloquer les actions du gouvernement légitime [1]. Mais l’important est que ce document cherche à favoriser une convergence minimale : arrêter la violence dans les rues pour empêcher l’intervention militaire des Etats-Unis en cours de préparation. Une telle intervention aurait des conséquences profondes sur toute l’Amérique latine, en premier lieu sur Cuba.

C’est ma motivation. Il se peut que je me trompe, mais j’estime qu’agir ainsi est le meilleur moyen de défendre la Révolution bolivarienne.

Coimbra, le 1er juin 2017

Notes

[1] L’auteur fait référence à la décision de la Cour suprême, en date du 30 mars 2017, d’assumer temporairement les pouvoirs de l’Assemblée nationale, afin que soit notamment surmonté le blocage de la loi sur les hydrocarbures. Cette décision a déclenché une nouvelle vague de contestation violente de la part de l’opposition.

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