Édition du 19 juin 2018

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Afrique

Marikana : les excuses de Cyril Ramaphosa

Le nouveau président bénéficie d’une bonne image d’intégrité et d’honnêteté à l’exception du soupçon qui pèse sur sa responsabilité dans le massacre de Marikana. Dans son intervention à l’Assemblée après son discours à la nation, il a admis sa responsabilité et promis des compensations aux familles des victimes.

Tiré du blogue de l’auteure.

En 1987, le syndicat national des mineurs, (NUM) dont le secrétaire général était Cyril Ramaphosa, appelait à la grève pour des augmentations de salaires et de meilleures conditions de travail. Fort de ses 340 000 adhérents, le syndicat avait résisté à la plus brutale des répressions pendant 21 jours ; 11 mineurs avaient été tués, 600 blessés et 500 arrêtés. C’était au temps du régime d’apartheid.

En 2012, le climat à la mine de platine Lonmin à Marikana était mortifère entre la direction, le NUM, syndicat majoritaire et AMCU, le nouveau syndicat non encore reconnu par la direction. Cette dernière a laissé la tension montée entre les deux syndicats rivaux, selon la règle bien connue « diviser, pour régner ». Le Num, syndicat officiel, n’était plus ce qu’il était. Les délégués syndicaux installés dans leurs bureaux n’étaient plus à l’écoute des mineurs, en particulier des mineurs de fond qui font sauter la roche au risque de leur vie. Les foreurs réclamaient des augmentations de salaires, des conditions de vie décentes pour leur famille qui s’entassaient dans des baraques de fortune sans eau, ni électricité. Les logements promis par Lonmin n’avaient jamais été construits.

Du 9 au 16 août la tension est montée sans que jamais la direction ne fasse un geste vers les mineurs en grève ou accepte de dialoguer avec ceux qu’ils avaient choisis pour les représenter jusqu’à à ce que l’ordre vienne de mettre fin à une grève illégale. La police a tiré sur les mineurs qu’elle avait pris au piège en les enfermant à l’aide de fils de fer barbelés au pied de deux petites collines, près des puits de mine. Les rapports et enquêtes ont montré que la police avait tiré sur les mineurs comme sur du gibier.

« La tragédie de Marikana est le moment le plus sombre de notre jeune démocratie » a déclaré le nouveau Président devant l’Assemblée nationale et d’ajouter « Indépendamment des conclusions de la Commission Farlam sur ma responsabilité, je suis déterminé à jouer un rôle dans le processus de guérison et d’expiation pour ce qui est arrivé à Marikana ».

Cyril Ramaphosa qui était alors directeur non exécutif de Lonmin, consulté sur la conduite à tenir face à la grève avait dans un email écrit que la grève étant illégale, il fallait prendre les « mesures concomitantes ». Le lendemain la police tirait sur les mineurs. Le juge Farlam avait conclu que l’on ne pouvait pas tenir Cyril Ramaphosa pour responsable de la tuerie. La cheffe de la police, déclarée incompétente, a été démise de ses fonctions depuis, mais aucun des policiers qui avaient tiré sur les mineurs n’a comparu devant la justice.

Si les familles et les organisations qui ont pris leur défense ont exprimé leur satisfaction en écoutant les paroles présidentielles, elles exigent des mesures concrètes immédiates, en particulier des excuses privées et publiques. Elles rappellent que les victimes ont été qualifiées et traitées comme des criminels, que des mineurs grévistes ont été arrêtés.

L’Institut pour les droits socio-économiques (SERI), qui représente 36 familles de grévistes tués, exige trois mesures concrètes immédiates :

des compensations financières. Aucune famille n’a reçu d’aide financière alors que les veuves et les orphelins n’ont plus aucune sorte de revenus pour vivre depuis la mort de leur mari et père, alors que l’état avait accepté d’accorder une compensation pour la perte de ce soutien familial. Des veuves ont du repartir dans leurs villages d’origine et d’autres restées à Marikana n’ont aucune ressource pour élever leurs enfants
des excuses officielles de la part du Ministre de la Police, Fikile Mbalala. « Des excuses de la part de l’Etat et de ses représentants est un élément vital dans le processus de cicatrisation des douleurs des familles et elles doivent être faites pour la dignité des familles » insistent les avocats du SERI.
la comparution devant la justice des policiers qui ont pris part à la tuerie. Le parquet n’a encore procédé à aucune inculpation pour le meurtre des mineurs grévistes

Les familles attendent depuis le mois d’août 2012 que la dignité des mineurs tués à Marikana soit restaurée et les veuves et orphelins espèrent enfin retrouver dignité et raison de vivre. Une aube nouvelle pour Marikana va-t-elle enfin se lever ?

Lire Les Voix des veuves de Marikana ; Préface de Jacqueline Dérens ; éditions Clara Magazine 

Voir Miners Shot Down, un documentaire de Rehad Desaï

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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