Édition du 12 décembre 2017

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Afrique

Maroc. Au sud, le « Hirak de la soif », les condamnations pleuvent

Aux portes du désert, à Zagora, des familles entières restent plusieurs jours sans eau du robinet depuis le début de l’été et fustigent la culture de la pastèque.

Tiré de À l’encontre.

On les appelle les « manifestations de la soif » : dans le sud du Maroc, des habitants protestent régulièrement contre les coupures d’eau récurrentes. A Rabat, la question a été érigée en priorité et le roi s’est lui-même inquiété de la « sécurité hydrique » du pays. « Vivre sans eau est un enfer ! », souffle Atmane Rizkou, président de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH) à Zagora, la principale ville du sud marocain frappée par cette « crise de l’eau ». « La situation est critique, c’est une souffrance quotidienne pour les habitants », s’indigne également Jamal Akchbabe, président de l’Association des amis de l’environnement de Zagora, joint par téléphone.

Située aux portes du désert, Zagora, localité de plus de 30 000 habitants, se trouve à près de 700 km de Rabat, par-delà les massifs de l’Atlas. Depuis le début de l’été, « des familles restent plusieurs jours sans eau du robinet, d’autres n’y ont droit que quelques heures par jour », affirme M. Akchbabe. « Cette eau est en plus imbuvable, [à cause de sa salinité] alors les gens achètent de l’eau potable vendue dans des bidons », ajoute-t-il.

« Répression, insultes, humiliation »

Pour se faire entendre, les habitants de Zagora ont organisé ces derniers mois plusieurs manifestations pacifiques, d’abord tolérées par les autorités. Mais, le 24 septembre, les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser une marche et ont interpellé sept personnes, poursuivies pour « participation à une manifestation non autorisée », indique le responsable local de l’AMDH.

Comme pour la manifestation du 24 septembre, le 8 octobre les femmes étaient aux premières loges. Munies de bidons vides, elles ont crié leur colère en tant que mères de famille. Parmi ces protestataires se trouvaient plusieurs habitantes du quartier des « Widadiyate » (Amicales), quatre lotissements construits au début des années 1990 et qui ne sont pas encore reliés aux réseaux d’électricité et d’eau potable. Ces quatre lotissements abritent selon nos sources plus de 450 familles formant une véritable mini-cité surnommée « El Hay Al 3atchane » (Le quartier assoiffé).

De temps à autre revenaient les mêmes slogans scandés dans le Rif et surtout le célèbre « Liberté, Dignité, Justice sociale ». D’autres slogans attaquaient frontalement le gouverneur de la ville Abdelghani Samoudi, un commis de l’Etat qui a longtemps servi à Zagora et que la population accuse d’ignorer ses problèmes.

Le 8 octobre, la police a « quadrillé la ville et utilisé la force », interpellant 21 personnes, poursuivies pour les mêmes chefs d’accusation, alors que « des heurts ont opposé des jeunes manifestants aux policiers », selon Jamal Akchbabe. « Les manifestants ont subi la répression, les insultes, l’humiliation. La ville est en état de siège », fustige-t-il.

A l’origine de cette pénurie, un déficit pluviométrique combiné à la surexploitation des nappes phréatiques par l’agriculture, principalement « la culture de la pastèque qui consomme énormément d’eau », affirme M. Akchbabe. Les protestataires accusent le ministère de l’agriculture d’avoir encouragé cette culture qui « profite aux grands agriculteurs au détriment des habitants ».

L’Office national de l’eau potable (ONEP) est également critiqué pour sa « passivité » dans la gestion de la crise. « Zagora n’est pas la seule région à pâtir du manque d’eau », prévient Abdelmalek Ihazrir, universitaire et auteur d’une thèse sur la politique hydraulique marocaine. « C’est le cas aussi pour le Moyen-Atlas, Rhamna, le Rif (…), la raréfaction des pluies pousse à une surexploitation des nappes phréatiques dans tout le pays », dit-il. « Il faut une nouvelle politique plus rationnelle et des méthodes alternatives », préconise cet expert.

Région vulnérable

Du côté de l’exécutif, les réunions s’enchaînent pour trouver des solutions. Fin septembre, le chef du gouvernement Saad-Eddine Al-Othmani a promis des « mesures d’urgence et d’ordre stratégique ». Quelques jours plus tard, le roi Mohammed VI a ordonné de mettre en place une « commission qui se penchera sur ce sujet pour trouver des solutions adéquates dans les prochains mois ».

Pour l’Etat, l’enjeu est aussi vraisemblablement de ne pas devoir gérer un autre Hirak, nom donné localement au mouvement de contestation né il y a un an à Al-Hoceima pour réclamer le développement du Rif, au nord du pays, et qui est dans tous les esprits.

Les condamnations infligées le 31 octobre…

Le tribunal de première instance de Zagora a condamné très tôt ce matin huit manifestants du « Hirak de la soif » à des peines allant de deux à quatre mois de prison ferme selon des responsables de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) cités par la presse.

Trois d’entre eux ont écopé de quatre mois, deux autres de trois mois et trois autres de deux mois de prison ferme, d’après leur défense.

En tout 23 personnes avaient été interpellées le 8 octobre à Zagora pour avoir « porté atteinte à des fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, dégradations de biens publics et participation à une manifestation non autorisée ». (AFP du 13 octobre 2017, TelQuel du 9 octobre et LeDesk.ma du 31 octobre 2017)

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