Édition du 10 octobre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Naomie Klein : Avec le président Trump le pire est à venir. Nous devons nous préparer aux politiques de choc

DN. Amy Goodman : (…) Aujourd’hui, nous diffusons la deuxième partie de notre conversation avec Naomi Klein, journaliste et auteure de The Shock Doctrine et de This Change Everything : Capitalism vs.The Climate. Son dernier livre s’intitule No Is Not Enough : Resisting Trump’s Shock Politics and Winning the World We Need. Pour accompagner le livre, le site The Intercept a récemment réalisé et publié une vidéo.

Democracy Now ! Premier juillet 2017
Traduction et organisation du texte : Alexandra Cyr

N.D.T. Ici Democracy Now diffuse le début de cette vidéo qui comporte des interventions de divers acteurs-trices qui réagissent au contenu du livre. N. Klein répond en donnant ses analyses, réflexions et les informations dont elle dispose. J’ai choisi de ne retenir que ces parties et de les inscrire en bloc au début du texte de l’entrevue. Pour l’original, j’invite les lecteurs-trices à se référer au site The Intercept. A.c.

Naomi Klein : J’ai passé énormément de temps à réfléchir à cette notion de choc et à sa réalité sociopolitique. Il y a 10 ans, j’ai publié The Shock Doctrine. Pour écrire cet ouvrage, l’enquête s’est échelonnée sur plusieurs décennies, du coup d’état de Pinochet au Chili, qu’on sait soutenu par les États-Unis, jusqu’à l’ouragan Katrina en 2005. J’avais noté une tactique brutale et répétitive de la part des gouvernements de droite. Après un événement choquant, tel qu’une guerre, un coup d’État, une attaque terroriste, une chute radicale des marchés ou un désastre naturel, ils exploitent la désorientation du public, suspendent la démocratie, défendent des politiques (économiques) drastiques qui enrichissent le 1 % aux dépens des pauvres et de la classe moyenne. (...)

Certains-es disent que c’est exactement ce que Trump a essayé de faire. Vrai ? En fait, c’est un peu vrai, mais vraisemblablement, le pire est encore à venir et vaut mieux que nous y soyons préparés-es. L’administration crée le chaos tous les jours. (…) Bien sûr, plusieurs des scandales sont le fait de l’ignorance et des bévues du Président et non de quelque stratégie nébuleuse. Il n’y a aucun doute qu’il y a dans son entourage quelques personnes avec un peu de jugeote qui se servent des chocs quotidiens comme prétexte pour mettre de l’avant les politiques largement favorables aux entreprises et qui n’ont presque rien à voir avec les engagements de D. Trump durant sa campagne. (…) Et le pire, c’est que tout ça n’ira qu’en s’amplifiant. Nous devons nous centrer sur ce que cette administration fera quand il y a aura un désastre majeur à exploiter hors du pays. Il se peut que ce soit une crise financière comme celle de 2008, un désastre naturel comme l’ouragan Sandy ou peut-être une attaque terroriste horrible comme celles de Manchester (23 mai 2017. Attentat suicide lors d’un concert d’Ariana Grande. 22 morts) ou de Paris en 2015 (Charlie Hebdo janv. Et le Bataclan et autres lieux dans le 11ième arr. en nov.). N’importe laquelle de ces crises pourrait refaire la carte politique en un tour de main et D. Trump et son entourage pourraient avoir ainsi les mains libres pour déployer leurs idées les plus extrêmes.

Mais, voici ce que j’ai appris de mes reportages en deux décennies à propos de douzaines de crises autour du monde : on peut résister à ces tactiques et pour votre bénéfice, j’ai tenté de résumer cela en un plan de cinq étapes.

1- Sachez ce qui s’en vient

Qu’est-ce qui arriverait si une attaque aussi horrible que celle de Manchester se produisait sur le sol américain ? Avec les tendances évidentes du Président vers l’autoritarisme, on peut s’attendre à ce qu’il impose une forme ou l’autre d’état d’exception ou d’urgence pendant laquelle les règles normales de la démocratie ne s’appliqueront plus. Les manifestations et les grèves qui bloquent les routes et les aéroports, comme celles qui sont survenues pour protester contre l’interdiction d’entrée sur le territoire des musulmans-es, seraient sans doute déclarées une menace à la sécurité nationale. Les organisateurs-trices de ces actions seraient ciblés-es au nom d’une loi contre le terrorisme et soumis à la surveillance, aux arrestations et à l’emprisonnement. Sans indices publics visibles de la suppression de la dissidence, la liste des réactions vraiment toxiques s’allongerait très vite : la police fédérale dans les rues pour les pacifier et le musellement du journalisme d’enquête. Vous savez où il s’en va. (…) D. Trump, (se sentant attaqué), blâmerait sans doute les cours de justice pour les attentats et elles pourraient bien perdre courage. Et le choc le plus mortel auquel nous devons nous préparer, c’est la pression pour une vraie guerre étrangère. Et peu importe que la cible ait des liens ou pas avec les attentats utilisés pour la justifier. (…) Il est fondamental que nous soyons préparés-es à toutes ces possibilités. Si nous savons à quoi nous attendre, nous ne serons pas sous le choc ; nous serons uniquement furieux-euses. C’est important pour la seconde étape.

2- Sortez de chez-vous et défiez les interdictions

Quand les gouvernements assignent la population à résidence ou exigent de démontrer son patriotisme en allant magasiner, ils le font toujours au nom de la sécurité publique, prétendant que les ralliements, les manifestations pourraient devenir les cibles de nouvelles attaques. L’expérience (des protestataires) dans les pays étrangers nous enseigne qu’il n’y a qu’une façon de réagir : désobéir en masse. C’est ce qui s’est passé en Argentine en 2001. Le pays était en faillite économique complète ; le Président du temps a déclaré l’état de siège, se donnant ainsi le pouvoir de suspendre la constitution. (…) Il a démissionné le soir même et plus tard des élections ont eu lieu.

Trois ans plus tard, une série d’horribles attentats contre des trains ont eu lieu à Madrid ; on y a compté 200 morts. Le Premier ministre, José María Aznar, a faussement désigné les séparatistes basques responsables et a utilisé ces attaques pour justifier sa décision d’envoyer des troupes en Irak. Son discours était un classique de la doctrine du choc : la division, la guerre et la peur. Papa va vous protéger. Voici la réponse des Espagnols-es. (…) Quelques jours plus tard, il était battu dans les urnes. Plusieurs ont déclaré que les politiques du gouvernement Aznar leur rappelaient la dictature de Franco.

3- Cela nous mène donc à la troisième étape

Tout au long de l’histoire américaine, les protections constitutionnelles et les droits élémentaires ont été suspendus à l’occasion de crises nationales. Après la Guerre civile, la nation était en crise et la promesse de donner 40 âcres de terre et une mule aux propriétaires pour la libération de leurs esclaves a vite été retirée. Dans la foulée de la douleur et de la panique provoquées par la Grande dépression, au moins 2 millions de personnes originaires du Mexique ont été expulsées des États-Unis. Après l’attaque contre Pearl Harbor, environ 120,000 d’Américains-es d’origine japonaise ont été enfermés-es dans des camps de détention. Si jamais, des gens autres que des blancs et des chrétiens perpétraient un attentat sur le sol américain, on peut-être vraiment certains-es que les racistes se déchaîneraient. Et ce sont les gens de Manchester qui nous ont indiqué comment réagir dans ces circonstances. (Ils ont crié qu’ils n’endossaient pas la xénophobie et le racisme).

4- L’histoire nous a appris autre chose. C’est notre quatrième étape : toujours suivre le trajet de l’argent.

Pendant que nous sommes tous et toutes centrés-es sur la sécurité et les libertés civiles, les multimillionnaires, dans le cabinet Trump, vont tranquillement mettre la pression pour l’introduction de mesures encore plus extrêmes pour les enrichir et enrichir leur classe. Ils démantèleront la Sécurité sociale et mettront aux enchères des parties importantes du gouvernement pour en tirer profits. (…). En ces périodes où la peur et le chaos peuvent nous paralyser, il est impératif de nous demander à qui cela profite, qu’est-ce qui est propagé pour nous distraire, qui s’enrichit encore plus et qui s’appauvrit encore plus ? (…). Si nous apprenons de l’histoire, nous pourrions faire l’histoire. Ce sera notre étape 5.

5- Mettre de l’avant un contreplan hyper solide

Au mieux, toutes les étapes précédentes peuvent ralentir les tentatives de ceux et celles qui veulent profiter de la crise. Si nous, les opposants-es à la doctrine du choc, voulons battre cette tactique, nous devons nous dépêcher à élaborer et à présenter un plan alternatif crédible. Il faut qu’il aille aux sources pour démontrer comment ce type de crises nous frappe plus fréquemment et cela veut dire parler du militarisme, des changements climatiques et des marchés dérégulés. Mais plus encore, nous devrons défendre d’autres modèles ancrés dans la justice raciale, économique et d’égalité entre les sexes. Un modèle, entre autres, qui sera crédible en promettant une vie meilleure et plus juste, bien tangible ici et maintenant et une planète plus sécuritaire pour tous et toutes, et ce, à long terme. Des positions défensives à elles seules, ne seront pas à la hauteur. Nous devons avoir une vision différente et ferme : s’opposer à la doctrine du choc est vital, mais quand les signaux nous tombent dessus, ce n’est pas suffisant.

(Fin des extraits de la vidéo).

A.G. : (…) Vous êtes la spécialiste de l’analyse de ce qui s’en vient.

N.K. : Exact. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre assez rapidement, d’habitude ça me prend 5 ans pour en écrire un. J’ai écrit celui-ci en cinq mois parce je voulais vraiment qu’il sorte avant qu’une crise majeure ne frappe les États-Unis. Beaucoup de gens perçoivent D. Trump comme une crise à lui seul et j’ai tendance à être d’accord. Mais ce qui me fait vraiment peur, ce sont les réactions des personnages de l’administration Trump : (le vice- président) M. Pence, (le conseiller en stratégie) S. Bannon, (la secrétaire à l’éducation) B. DeVos, (le secrétaire au trésor) S. Mnuchin, tous ces anciens de Goldman Sachs, advenant une grande crise qu’ils auraient organisée eux-mêmes. Je veux dire que ce chaos est celui qu’ils génèrent, que ce soit délibérément ou par incompétence et avidité. Qu’arriverait-il s’ils se retrouvaient devant une crise financière comme celle de 2008 ? Qu’adviendrait-il, que Dieu nous en garde, si un attentat comme celui de Manchester arrivait aux États-Unis ?
Les comportements de cette administration rendent ces types de chocs plus probables que le contraire, n’est-ce pas ? Elle dérégule les banques, créant ainsi les conditions pour un nouveau crash. Elle soulève les populations les unes contre les autres partout dans le monde, particulièrement avec le monde musulman. On dit que le groupe armé État islamique aurait qualifié l’interdiction faite aux musulmans-es d’entrer sur le territoire « d’interdiction bénie » parce qu’elle contribuait à faciliter son recrutement. Les politiques de cette administration qui déréglementent l’industrie, qui favorisent les pollueurs et qui, de ce fait, rendent un désastre climatique plus que probable. Vous savez, s’écoulera beaucoup de temps entre (l’application de ces nouvelles règles) et le moment où le choc climatique va frapper, malgré le fait que nous ayons déjà suffisamment réchauffé la planète pour qu’aucun président des États-Unis ne puisse passer une année, et on ne parle pas d’un mandat, sans qu’un désastre important, relié au climat (ne survienne).

Alors, comment ce groupe, ce désastreux cabinet de capitalistes, comme je les appelle… Amy, le dossier est considérable concernant les avantages qu’ils ont obtenu à travers les crises, que ce soit Goldman Sachs et les anciens-nes dirigeants-es de Goldman Sachs qui se sont arrangés-es pour ont profité de la crise des « subprimes », la crise hypothécaire, pour s’enrichir personnellement. Ou encore Mike Pence et son rôle central pour mettre de l’avant une liste d’entreprises à qui il voulait donner l’avantage pour les contrats quand la Nouvelle-Orléans était encore sous l’eau (lors de l’ouragan Katrina). Aussi désastreuses que les politiques de D. Trump aient été jusqu’ici, il a encore une longue liste de choses toxiques à accomplir et pour lesquelles beaucoup de gens s’impatientent. D. Trump lui-même et son entourage ont dit ouvertement qu’ils voulaient y arriver, mais ils n’ont pas pu le faire sans l’existence d’une crise ou ils n’ont pas encore essayé n’est-ce pas ? Rappelez-vous que le président a menacé de réintroduire la torture, d’envoyer la police fédérale à Chicago et, non seulement d’interdire aux citoyens-nes de certains pays musulmans d’entrer dans le pays, mais d’empêcher tous les musulmans et toutes les musulmanes du monde d’entrer ici, point à la ligne.

Alors, je pense qu’il faut nous préparer pour cela. Avec cette vidéo, j’essaie d’assembler un petit coffre à outils à partir de ce que j’ai vu qui fonctionnait dans d’autres pays. Depuis quelques décennies, j’ai fait des reportages sur les chocs et les désastres majeurs en indiquant comment les sociétés y ont fait face et comment elles ont réagi. J’ai été témoin d’actes de résistance surprenants.

A.G. : Parlez-nous de cela (…).

N.G. : Oui. Une des choses à laquelle il faut s’attendre de la part de D. Trump, particulièrement s’il se produit un choc relié au terrorisme, et soyons clairs-es…, des événements terroristes se sont produits aux États-Unis au cours du mandat de D. Trump. Il s’agit du terrorisme des tenants de la « suprématie des blancs » mais, pour lui, il ne s’agit pas d’une crise. Par contre, il y a un événement qu’il a décidé de traiter de grande crise. Nous le savons grâce à la réponse du Président Trump à l’attaque sur le pont de Londres. Il a immédiatement répliqué : « Voilà pourquoi il faut remettre en place mon interdiction aux musulmans-es d’entrer sur le territoire ». Après l’attentat de Manchester, il a encore une fois répliqué immédiatement : « Il est question des immigrants-es qui affluent à nos frontières et les traversent ». En fait, la personne responsable de ces attentats était née au Royaume-Uni. (Pour lui), ça ne change rien. Nous le savons depuis le 11 septembre, ces crises sont vues comme des occasions de mettre de l’avant des politiques qui ont peu à voir avec leurs racines et que dans beaucoup de cas, elles les amplifient. Il est notoire que l’invasion de l’Irak n’avait rien à voir avec l’attentat du 11 septembre, c’était de l’opportunisme pur et simple.

Ce que je vois venir de plus probable, c’est qu’il y aura une déclaration d’état d’urgence, un certain état d’exception qui interdira les manifestations d’opposition, comme celles que nous voyons en ce moment, notamment celle si inspirante contre l’interdiction du territoire aux musulmans-es. On va nous dire que nous n’avons pas le droit de bloquer les routes, les aéroports, qu’on pourrait devenir les cibles des terroristes nous-mêmes et qu’il faut rester à la maison.

Je vous donne quelques exemples. Comme en Argentine en 2001, le président était en train de déclarer l’état de siège, disant à la population de rester chez-elle ; mais on ne pouvait l’entendre tellement les gens faisaient du bruit dans les rues en frappant sur les casseroles. Personne ne restait chez-soi. Tous et toutes se rendaient à la Plaza de Mayo en refusant cet état de siège. Ils ont noyé son discours ; on ne pouvait littéralement pas l’entendre et encore plus de gens sont sortis de chez eux. Vous voyez, c’est à ce moment précis qu’il faut résister. C’est le moment de ne pas accepter ce qui vient d’être décidé et la force du nombre est fondamentale. S’il ne s’agit que d’une poignée de militants-es bien décidés-es qui descendent dans les rues, il est facile de les écraser. C’est plus difficile de le faire quand il s’agit de centaines de milliers de personnes. Je voulais donc partager certaines de ces histoires dans des sociétés qui ont dit : « Nous ne vous laisserons pas faire ». D’accord ?

Comme vous Amy, j’étais en France une semaine après ces horribles attentats terroristes en 2015. Nous y étions pour participer à la conférence sur le climat. La semaine précédente, 200 personnes ont été tuées dans des attentats coordonnés. Le gouvernement de François Hollande, un gouvernement socialiste de nom, mais un gouvernement de gauche, a déclaré l’état d’urgence et interdit les rassemblements de plus de cinq personnes. Si une telle chose peut se passer en France avec un gouvernement socialiste, dans un pays qui a une longue histoire de grèves perturbantes, à quoi pouvons-nous nous attendre de Trump, Bannon et Pence à la moindre occasion ? Je pense donc qu’il est important de se mettre à l’élaboration d’une stratégie.

Il est important de connaître l’histoire des États-Unis. Dans tous ces pays que je cite en exemple, comme l’Argentine, pourquoi les gens se sont-ils précipités hors de chez eux ? Quand vous le leur demandez, ils vous répondent : « Je me souviens du début de la dictature en 1976. C’est comme cela que ça commencé. Ils nous ont dit que nous n’étions pas en sécurité et que l’état d’urgence allait être déclaré temporairement. Finalement ça a tourné en dictature ». Ils ont donc vu les signes avant-coureurs et ils ont crié : « Pas encore ! Nunca más ! ». Quand on parle de ça aux Américains-es, la réponse est simple : « Nous n’avons rien de semblable dans notre histoire ». Vraiment ? Et l’internement des Japonais-es ? Et ce qui est arrivé aux Mexicains-es ? Amy vous avez écrit à ce sujet, à propos des Américains-es d’origine mexicaine aux États-Unis durant la grande dépression. Au cours de cette crise, leur expulsion en masse a été appliquée. On retrouve ces histoires dans beaucoup de communautés et elles les gardent bien vivantes. Durant l’ouragan Katrina, tant d’Afro-américains-es ont raconté comment les crises ont été utilisées pour les opprimer encore un peu plus dans notre pays. Ces histoires nous sont transmises par ces communautés qui les préservent et les maintiennent actuelles. Elles ne sont pas intégrées nationalement au niveau national, d’accord ? Nous devons donc les partager. Je pense qu’il existe maintenant une mémoire de ce qui est arrivé après le 11 septembre, des droits que nous avons perdus et de la manière dont les plaintes de la population ont été exploitées par les hommes de pouvoir qui nous demandaient de leur faire confiance. Il ne faut pas répéter cette erreur.

A.G. : Qu’en est –il du lien avec la guerre ? On a vu ce qui s’est passé à Manchester, l’horreur là-bas. Au Yémen, on a des milliers de morts à cause des bombardements de l’Arabie saoudite soutenue par les États-Unis. Et maintenant, les forces américaines interviennent jusqu’en Somalie et aux Philippines (…), et ce, sans compter les horribles attentats qui ont eu lieu à Kaboul où plus de 150 Afghans-es ont péri, sans vraiment suscité d’attention. Ces populations doivent bouillir de rage quand elles se rendent compte que les médias occidentaux ne leur portent aucune attention.

N.K. : Oui, c’est exact, c’est ça. Vous savez ont fait une croix sur des gens, c’est une très vieille histoire. Et (c’est vrai) ils étendent toujours les champs de bataille et c’est l’escalade sur de multiples fronts. La façon dont ces événements choquants sont exploités est très dangereuse et la plus mortelle c’est l’exploitation de la peur des gens.

Rappelons-nous que cette administration aura toujours diverses motivations pour changer de sujet et faire diversion avec ses scandales internes. Donald Trump n’a jamais reçu de meilleures couvertures médiatiques que lorsqu’il a lancé l’attaque par missiles sur la Syrie. (Le chanteur et musicien) Brian Williams l’a qualifiée de « belle ». Tout à coup, il était devenu Président et il ordonnait l’attaque devant un délicieux gâteau au chocolat à Mar-a-Lago. Nous devons être très, très vigilants-es à ce sujet.

Mais, dans le passé des États-Unis, il y a déjà eu un fort mouvement contre la guerre, mais il n’est plus dans les rues comme il l’était. Je suis convaincue que ces mouvements de résistance devront être prêts pour ce genre de choc parce que lorsque les guerres débutent, il est très difficile d’y mettre fin. Vous le savez.

Voici un autre exemple de résistance au choc qui vient juste de se produire. Durant la campagne (du leader travailliste), Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, Mme Theresa May (première ministre) tirait parti de l’attentat à Manchester et de celui du pont de Londres en disant : « Nous allons, nous devons nous débarrasser du statut privé des communications sur internet. Nous avons besoin d’entrées dans toutes les applications de communication ». J. Corbyn parlait des causes profondes (de la situation) : la faillite du concept de guerre à la terreur et comment cela avait mené à une augmentation de ces types d’attentats. Je pense que plusieurs ont décidé qu’après tant d’années cela avait plus de sens. Il ne faut donc pas en rajouter et abandonner nos droits durant ces périodes ; par contre, il faut essayer de comprendre pourquoi cela arrive et faire quelque chose, réagir.

A.G. : Finalement, Mme May et le Parti conservateur ont perdu la majorité au parlement. L’Arabie saoudite a été le premier pays étranger que le Président Trump a visité. Il a participé à une cérémonie royale avec la cour saoudienne, participé à la danse des épées, du moins il a essayé ! et toujours avec les participants saoudiens. (…) Il a finalisé des contrats de plus de 110 milliards de dollars, est parti en chantant les louanges des dirigeants saoudiens et en attaquant ceux d’Europe et est rentré au pays. Il a presque supplié les dirigeants européens sur la question du climat, mais les a encore attaqués pour finir par annoncer le retrait des États-Unis des accords de Paris, ceux-là même que les Européens lui demandaient de respecter. Que signifie cette priorité donnée à l’Arabie saoudite en ce moment, son lien avec la guerre et avec les bombardements saoudiens sur le Yémen et soutenus par les États-Unis ? Ce conflit a mené à une épouvantable épidémie de choléra, sans parler du nombre de morts. Et les changements climatiques ?

N.K. : Oui, oui, oui. Ce qui me fait vraiment peur, c’est de constater à quel point ces états pétroliers sont motivés à faire augmenter l’instabilité pour faire monter le prix du pétrole et leurs profits encore plus. Les Saoudiens ont cette attitude en commun avec les Russes et avec Rex Tillerson, l’ancien P.D.G. d’Exxon. Je pense que la meilleure façon d’analyser ce déplacement du président est de le voir comme un voyage pour la vente d’armes ; il en est le commis voyageur. Il lance un message : si vous achetez suffisamment d’armes américaines, vous êtes nos amis. Vous comprenez ? Alors, il ne tarit pas d’éloges envers l’Arabie saoudite qui a fait exactement cela : signer des contrats d’achat d’armes. Il va en Europe, vocifère contre ses dirigeants, contre les membres de l’OTAN qui, dit-il, n’augmentent pas suffisamment leur budget pour l’achat d’armes. Vous savez, je suis Canadienne, Américaine-Canadienne, j’ai la double nationalité. Mon gouvernement a honteusement annoncé une énorme augmentation de ses dépenses en armement. Voilà la politique étrangère du président Trump : commis voyageur pour le marché des armes.

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