Édition du 20 novembre 2018

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Québec

Négos à la SAQ, le loup est dans la bergerie !

Il y a quelque chose de surnaturel dans cette négociation qui dure depuis presque deux années. Selon les boss, le marché de l’alcool serait saturé malgré une croissance constante de la population et des ventes.

tiré du Journal Unité, Conseil Central du Montréal Métropolitain - CSN

La SAQ serait « sous-performante » malgré des ventes officielles dépassant celles de la LCBO ontarienne, la SAQ serait nonconcurrentielle alors que plus de 90 % des ventes d’alcool passent par les 405 succursales de la SAQ par rapport aux 12 000 établissements privés. Puis finalement, nous serions littéralement sur le bord de la faillite, d’où les velléités gouvernementales de privatisation, alors qu’année après année, nous retournons dans les coffres du gouvernement des redevances records dépassant le milliard de dollars. Rappelons d’ailleurs que ces redevances permettent de financer des projets et des programmes. Cette fiction est pourtant le portrait que nous présente officiellement la haute direction de la SAQ dans sa stratégie de négo.

Évidemment, cela ne l’empêche pas de s’offrir, sans remord et sous notre nez, de très généreux bonis de performance, alors qu’elle est apparemment « sous-performante » et que tout va supposément mal.

De son côté, le gouvernement lance régulièrement l’idée de la privatisation ce qui, pour nos membres, suppose d’évidentes pertes d’emplois, de salaires et d’avantages sociaux. Cette menace de privatisation vise à écraser définitivement toute volonté des employé-es d’améliorer leurs conditions de travail. En effet, dès que vous entendez un débat sur la privatisation de la SAQ, il est certain que l’une ou l’autre des trois accréditations syndicales de la SAQ est dans un moment culminant de sa négociation. La privatisation, ultime menace, est latente. Elle épuise et érode nos esprits et notre courage, à l’image de la mer contre un rocher.

De plus, on nous demande cyniquement de « faire notre part » comme si tout était dysfonctionnel à la SAQ, comme si nous étions un problème, comme si nous étions en période de guerre commerciale ou pire, comme si nos gestionnaires s’étaient sacrifiés sur l’autel de l’État et saignés à blanc. Si on demande ces sacrifices alors que tout va bien, imaginons ce qu’on nous demanderait si ça allait vraiment mal !

Cette difficile négociation sous-tend tout le mépris qu’ont nos boss envers nous. Parce qu’on fait de la caisse enregistreuse : nous sommes comparés aux commis de dépanneurs sous-payés et immédiatement il faudrait avoir le salaire minimum, oubliant que nous sommes aussi des conseillers, des vendeurs, des coordonnateurs, et que nous faisons d’importantes tâches de gestion dont les commandes par exemple, et même les paies parfois. Mais le prix de l’alcool est cher, ce qui génère des frustrations chez les consommateurs qui ignorent que nos avantages par rapport à un salarié aux conditions minimales ne coûtent qu’à peine 25 cents par bouteille vendue, et l’employeur exploite cette rumeur afin de déverser son mépris contre nous par le public. Mais le reste, c’est le gouvernement qui l’empoche, pas nous.

Finalement, le véritable cœur du conflit est la haine que porte cette classe d’affairistes qui dirige la SAQ contre la classe ouvrière qui l’opère. La plupart de nos boss proviennent tous des concurrents de la SAQ qui salivent à son démembrement. Ce sont des ex-gestionnaires d’IGA, de Provigo, de Couche-Tard, et autres. Leur objectif est de faire leurs griffes sur nous, c’est-à-dire de couper, de réduire, de casser, de suspendre et de fouetter de simples gens passionnés par leur métier, pour ensuite se pavaner ailleurs. Le loup est dans la bergerie et il s’engraisse aux frais de la princesse.

Ce mépris a occasionné plus de 600 démissions depuis le mois de janvier dernier au SEMB, et ce, incluant des employé-es réguliers ayant plus de 15 années d’ancienneté, du jamais vu.

Dans les entrepôts, des 100 employés embauchés en avril dernier (sur 800 en poste au total) le trois quart (75 %) ont démissionné depuis. Dans un contexte où supposément il y aurait pénurie de main-d’œuvre, la SAQ n’est plus vue comme un bon employeur.

Voilà pourquoi nous nous battons.

D’abord pour une société d’État profitable à tous, participant activement au bien commun. Ensuite pour les clients passionnés et intéressés, que nous servons avec plaisir. Puis finalement, pour nous et nos familles, pour nous permettre de vivre en toute dignité.

Sasha-A. Gauthier Délégué de Montréal-Est, SEMB-SAQ (CSN)

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