Édition du 20 novembre 2018

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Amérique centrale et du sud

Nicaragua : De 2007 à 2018, Daniel Ortega a bénéficié de l’appui du FMI et a poursuivi une politique en faveur du grand capital national et international

tiré de : [CADTM-INFO] Brésil, Nicaragua, État espagnol, banques, Belgique...

Partie 5

19 octobre par Eric Toussaint

Photo
Manifestation contre le gouvernement Ortega à Managua le 28 avril 2018

Le détonateur principal des protestations sociales qui ont démarré en avril 2018, c’est l’imposition des mesures néolibérales prises par le gouvernement de Daniel Ortega en matière de sécurité sociale et notamment des retraites. Ces mesures étaient voulues par le FMI avec qui Daniel Ortega a entretenu d’excellentes relations depuis qu’il était revenu à la présidence du pays en 2007. D’ailleurs le FMI a félicité le gouvernement pour ses réalisations dans un communiqué publié en février 2018 : « Les performances économiques pour l’année 2017 ont été supérieures à ce qui avait été envisagé, et les prévisions pour 2018 sont favorables (…). Le staff du FMI recommande que la réforme prévue de l’Institut national de la sécurité sociale (INSS) permette d’assurer sa viabilité à long terme et de corriger les injustices dans le système existant. Le staff félicite les autorités pour leurs efforts visant à réduire les besoins de financement de l’INSS » [1].

La gauche est divisée sur l’appréciation de la politique menée par le gouvernement de Daniel Ortega de 2007 à aujourd’hui, de même que sur l’attitude à adopter à propos des protestations sociales et de la répression exercée par le régime.

Une partie de la gauche considère que le gouvernement de Daniel Ortega est un gouvernement progressiste qui a mené, dans un contexte international difficile, une politique favorable aux secteurs populaires tout en faisant certaines erreurs. Cette partie de la gauche considère que les grandes puissances capitalistes, à commencer par Washington, et leurs alliés dans la région, sont largement responsables de la déstabilisation de la situation dans ce pays centroaméricain de près de 7 millions d’habitants et qu’un secteur dominant du mouvement est dirigé et/ou manipulé par la droite réactionnaire. Ils reconnaissent qu’il y a eu de la répression mais considèrent comme suspects ou faux tous les rapports qui affirment que les autorités du pays sont les principales responsables des centaines de morts qui marquent les évènements dramatiques qui affectent la population.

Certains auteurs ont affirmé que des mercenaires qui ont déstabilisé le régime de Maduro ont été déplacés vers le Nicaragua pour perpétrer leur œuvre criminelle selon un modus operandi mis au point par Washington et ses laquais. Dès lors, il faudrait éviter un renversement du gouvernement de Daniel Ortega. C’est aussi grosso modo la position d’une partie des partis de la gauche latino-américaine, ceux qui composent le Forum de Sao Paulo qui s’est réuni en juillet 2018 à La Havane et qui a adopté une résolution de soutien au gouvernement de Daniel Ortega [2].

Selon Ortega et ceux qui le défendent, le mouvement de protestation constitue une tentative de coup d’État et ceux qui participent au mouvement sont complices des putschistes et des terroristes ou sont eux-mêmes des terroristes et des putschistes.

Les arguments que je viens de résumer ne sont pas corroborés par les faits. Ortega et ses partisans ne parviennent pas à démontrer qu’on a affaire à une tentative de coup d’État. Les manifestants, dans leur écrasante majorité, n’utilisent pas des méthodes terroristes. Ortega n’a pas réussi à montrer un seul mercenaire étranger.

Par ailleurs, normalement dans une tentative de coup d’État, un secteur de l’armée participe au complot contre le gouvernement en place. Or Ortega ne dénonce aucun secteur putschiste dans l’armée. L’armée est restée selon toutes les apparences du côté du régime en place. En tout cas, jusqu’ici.

Selon une série d’intellectuels de gauche, il faudrait éviter de dénoncer le gouvernement nicaraguayen, tout au plus peut-on critiquer quelques graves erreurs de sa part. Les intellectuels de gauche qui trouvent des excuses au gouvernement de Daniel Ortega se refusent à analyser le contenu de classe de la politique appliquée depuis 2007. Ils se gardent bien de mettre en avant à quel point le FMI, la Banque mondiale , le grand capital et les grandes puissances économiques capitalistes se trouvaient satisfaites par les mesures appliquées par Daniel Ortega. Pourtant généralement quand il s’agit d’autres gouvernements, ils n’hésitent pas à dénoncer leur complicité avec les institutions financières internationales, avec les grandes puissances capitalistes à commencer par les États-Unis, et avec le grand capital national et international.

Dans cet article, nous nous proposons d’expliquer en quoi la politique de Daniel Ortega et de ceux qui gouvernent avec lui est favorable au grand capital, aux institutions comme le FMI et les autres institutions financières internationales (IFI) concernées (Banque mondiale, Banque interaméricaine de développement – BID –, etc.). Nous verrons aussi en quoi cette politique approfondit le système dette

et le modèle extractiviste-exportateur basés sur l’exploitation des petits producteurs qu’ils soient ouvriers, artisans ou paysans ainsi que sur l’abandon de la souveraineté sur les richesses naturelles et sur une partie du territoire. Sans oublier que le gouvernement de Daniel Ortega a fait appliquer la pire régression en matière d’interdiction de l’avortement. Ensuite dans un prochain article nous reviendrons sur la chronologie du mouvement de protestation qui a démarré en avril 2018 et nous verrons que la répression organisée de manière systématique par le gouvernement de Daniel Ortega a atteint en 6 mois des proportions dramatiques.

Nous expliquerons également pourquoi la politique du gouvernement, qui a semblé donner des résultats économiques positifs en termes de croissance, est entrée en crise avant les évènements qui ont débuté en avril 2018.

Le modèle appliqué par Daniel Ortega avant de recourir à la répression massive

Le gouvernement de Daniel Ortega, en 11 ans, n’a réalisé aucune réforme structurelle alors qu’il dispose d’une majorité confortable à l’assemblée nationale : pas de socialisation des banques, pas de nouvelle réforme agraire alors que la concentration de la terre au profit de grands propriétaires est très importante, pas de réforme urbaine favorable aux couches populaires, pas de réforme des impôts favorable à plus de justice sociale, le régime des zones franches a été étendu (y travaillent plus de 100 000 salariés dans des conditions élevées d’exploitation), poursuite du recours à l’endettement public externe et interne favorable aux créanciers grâce aux intérêts qu’ils perçoivent et au pouvoir de chantage qu’ils détiennent comme prêteurs pour faire appliquer des politiques qui leur sont favorables, poursuite de la répression contre les femmes qui recourent à l’avortement, adoption d’un discours religieux fondamentaliste et obscurantiste… Le Nicaragua reste un pays caractérisé par des salaires très bas. L’agence officielle de promotion du pays auprès des investisseurs, ProNicaragua, se félicite, sur son site, de ce que le salaire minimum soit « le plus compétitif à l’échelle régionale, ce qui fait du Nicaragua un pays idéal pour établir des opérations intensives en main-d’œuvre » [3]. La précarisation du travail a fortement progressé, alors que l’économie informelle représentait 60 % de l’emploi en 2009, le pourcentage a grimpé à 80 % en 2017.

Malgré des conditions économiques particulièrement favorables, il n’y a pas eu de progrès au niveau de la diminution des inégalités sociales et le nombre de multimillionnaires a augmenté. Cela signifie clairement que la croissance des richesses produites pendant 11 ans n’a pas été répartie en faveur des secteurs populaires car le grand capital national et international, avec le concours du gouvernement, se sont appropriés la plus grande partie de ces richesses. De plus l’entourage de Daniel Ortega et notamment les membres de sa famille se sont enrichis.

2007 – 2016 : Une conjoncture internationale favorable qui a bénéficié au gouvernement de Daniel Ortega


Depuis son retour à la présidence du pays en 2007 et ce jusque fin 2016, Daniel Ortega a bénéficié d’une conjoncture économique favorable dont une des expressions est le taux de croissance annuel du PIB qui a été de l’ordre de 4 %.

Cela lui a permis de faire coïncider deux types de politiques : l’approfondissement de l’entente avec le grand capital international et national, d’une part ; et d’autre part, le développement puis le maintien de certains programmes « sociaux » « assistancialistes » qui assuraient au gouvernement de Daniel Ortega un certain soutien populaire.

La conjoncture économique était favorable à cette politique de Daniel Ortega parce que 1. les prix des matières premières exportées par le Nicaragua se maintenaient à un niveau élevé, 2. les investissements étrangers étaient importants vu les cadeaux qui étaient offerts par le gouvernement, 3. les envois des Nicaraguayens résidant à l’étranger vers leur familles restées au pays étaient élevés et 4. les taux d’intérêts pour refinancer la dette étaient historiquement bas sur le plan international. Deux autres facteurs favorables s’y ajoutaient : 1. un soutien financier et commercial très important du gouvernement vénézuélien (d’environ 500 millions de dollars par an) – le secteur capitaliste exportateur en a bénéficié notamment dans le domaine des exportations de viande vers le Venezuela- et 2. le maintien d’un très bon rapport avec le FMI dans la mesure où le gouvernement de Daniel Ortega s’est engagé à poursuivre la réalisation de réformes structurelles néolibérales et à maintenir une discipline budgétaire très ferme (entendez une compression des dépenses publiques) [4].

Tout cela était formulé dans la novlangue du FMI et de la Banque mondiale : les réformes structurelles néolibérales étaient réalisées au nom de la lutte pour la réduction de la pauvreté. Dans le langage du gouvernement de Daniel Ortega cela s’est appelé « le Nicaragua chrétien, socialiste et solidaire ».

Les programmes sociaux développés durant la présidence de Daniel Ortega ont pour noms : Hambre Cero (faim zéro), Plan Techo (installation de toits de zinc résistant aux pluies tropicales), Usura Cero (usure zéro, microcrédit), Merienda Escolar (alimentation des enfants dans les écoles), Bono Productivo (crédits octroyés majoritairement aux femmes pauvres, en milieu rural), Bono Solidario (programme d’appoint salarial), Casas para el Pueblo (maisons pour le peuple) [5].

À noter que ces programmes sont largement compatibles avec les politiques soutenues par le FMI et la Banque mondiale. Dans une certaine mesure, ils en font partie. Aussi longtemps que le gouvernement d’un pays approfondit l’ouverture économique aux investissements étrangers, facilite la flexibilité du marché du travail (entendez les licenciements et la précarisation des contrats de travail), signe des traités de libre-échange, augmente les privatisations d’entreprises et de services publics… il peut et doit développer, selon le FMI et la Banque mondiale, des mesures d’accompagnement et de soutien aux plus pauvres [6]. Le FMI et la Banque mondiale le félicitent pour cela. Ces deux institutions insistent également sur le fait « d’engager les pauvres à résoudre les problèmes qui les touchent » (« actively involving the poor in solving the problems affecting them »), ce que répètent ensuite les gouvernements. On connaît parfaitement ce type de discours qui s’applique tant au Nord qu’au Sud de la planète. Les gouvernants doivent aider les pauvres à trouver des solutions à « leurs » problèmes. Il faut aider les chômeurs à trouver un emploi en les « activant ». Les seules solutions structurelles proposées consistent à augmenter la flexibilité du travailleur et la formation de base de la personne sans emploi. Les causes structurelles de la pauvreté et du chômage ne sont jamais réellement affrontées car cela entrerait en contradiction complète avec ce qui motive l’intervention d’institutions comme la Banque mondiale et le FMI. Il faut aider les pauvres à se prendre en charge en leur octroyant une aide ciblée et souvent conditionnelle qui est facilement utilisée dans un cadre clientéliste (le pauvre reçoit une aide s’il soutient le parti au pouvoir ou le gouvernement en place).

La légitimation de la dette publique et la poursuite des politiques budgétaires conformes aux exigences du FMI

Lorsqu’en 2007, Daniel Ortega accède à la présidence avec 38 % des voix [7], le programme qui était en cours entre le gouvernement de droite et le FMI était arrivé à son terme. De plus, en 2006-2007, le Nicaragua a bénéficié d’un fort allègement de dette de la part des créanciers multilatéraux dans le cadre de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE). Concrètement, le FMI a annulé 206 millions de dettes en 2006. La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) ont également procédé à des annulations de dettes nicaraguayennes en 2007 lors de la première année du mandat de Daniel Ortega.

C’est dans ce contexte particulier que Daniel Ortega a voulu convaincre le FMI de réaliser un nouveau programme alors que l’institution de Washington n’en voyait pas la nécessité car elle considérait que la dette du Nicaragua était soutenable. Le gouvernement de Daniel Ortega a insisté pour réaliser un nouveau programme en affirmant que cela permettrait de rassurer les investisseurs étrangers qu’il voulait attirer.

Le FMI a finalement accepté mais en exigeant en contrepartie que le gouvernement nicaraguayen approfondisse les réformes néolibérales qui étaient en cours depuis 17 ans (1990-2007) et applique une austérité budgétaire afin de dégager un surplus budgétaire primaire. Concrètement, le FMI a prêté au Nicaragua environ 120 millions de dollars entre 2007 et 2011, c’est-à-dire 78 millions de Droits de tirage spéciaux –DTS (pour comprendre ce que sont les DTS, lire : https://www.imf.org/fr/About/Factsheets/Sheets/2016/08/01/14/51/Special-Drawing-Right-SDR et pour voir l’évolution de la parité entre le DTS et le dollar US, voir http://www.imf.org/external/np/fin/data/rms_sdrv.aspx Grosso modo la valeur du DTS oscille autour de 1,5 dollar US). En terme de remboursement, le Nicaragua a versé au FMI environ 145 millions de dollars entre 2011 et 2018 (voir le tableau en DTS des versements du FMI et des remboursements effectués par le Nicaragua : http://www.imf.org/external/np/fin/tad/extrans1.aspx?memberKey1=720&endDate=2099%2D12%2D31&finposition_flag=YES ).

Ajoutons qu’en 2009, le FMI a prêté au gouvernement du Nicaragua une somme très importante pour faire face à la récession économique internationale provoquée par la grande crise bancaire née aux États-Unis en 2007-2008. Cela montre à quel point le gouvernement du Nicaragua a été soutenu par le FMI et cela jusqu’en avril 2018 y compris.

À noter que le Nicaragua doit encore rembourser à l’avenir une partie du capital et des intérêts. Le montant de la dette du Nicaragua à l’égard du FMI à la date du premier trimestre 2018, s’élevait à 207 millions de dollars.

Conclusions :

1. Alors que le gouvernement de Daniel Ortega pouvait se passer de nouveaux crédits du FMI car le programme précédent était terminé et que le FMI avait annulé 206 millions de dettes, il a néanmoins voulu réaliser un nouvel accord. Cela montre clairement qu’Ortega était disposé à poursuivre les politiques néolibérales recommandées par cet organisme au service du grand capital et des grandes puissances, à commencer par les États-Unis et l’Union européenne. A partir de 2007, avec le nouveau programme, le bénéfice politique réalisé par le FMI sur le dos du peuple nicaraguayen est important pour une raison fondamentale : il peut dicter des politiques favorables au grand capital privé et aux intérêts des pays qui conduisent l’institution. De son côté, un gouvernement qui passe un accord avec le FMI bénéficie d’un financement et peut imputer au FMI la responsabilité des mesures impopulaires qu’il prend [8].

2. Daniel Ortega et son gouvernement ont refusé de prendre la voie qu’entreprenait à la même époque le gouvernement de Rafael Correa, lui aussi élu fin 2006 et dont le mandat commençait en même temps que celui de Daniel Ortega. Rafael Correa et son gouvernement ont mis en place une commission d’audit intégral de la dette réclamée à l’Équateur. Cette commission était principalement composée de délégués et de déléguées de mouvements sociaux. Sur la base des travaux que la commission a remis en septembre 2008, le gouvernement équatorien a suspendu le paiement d’une partie de la dette identifiée comme illégale et illégitime et grâce à cela il a remporté une victoire contre ses créanciers en réduisant la dette de manière importante [9]. Dès la fin de l’année 2006, quelques jours avant le début du mandat de Daniel Ortega, Adolfo Acevedo Vogl a indiqué clairement que le fait d’accepter les exigences du FMI allait avoir des conséquences funestes car le gouvernement allait être obligé de dégager de manière permanente un surplus primaire du budget afin de rembourser la dette. Cela allait rendre très difficiles les nécessaires revalorisations salariales, et l’augmentation de dépenses sociales allait être quasi impossible dans le cadre de la contrainte budgétaire. Le FMI exigeait également des coupes budgétaires dans l’enseignement universitaire, de même que dans les budgets municipaux qui perdaient une grande partie de leur autonomie [10].

Le système de sécurité sociale serait mis à mal. De fait, dès le début, le FMI n’a cessé d’exiger la mise en œuvre d’une contre-réforme de la sécurité sociale et notamment du système des retraites. C’est la mise en pratique de cette politique voulue par le FMI qui a constitué un des ingrédients principaux de la rébellion sociale qui a éclaté au Nicaragua à partir du 18 avril 2018. Il ne s’agit pas d’un accident, d’une mauvaise décision isolée du gouvernement de Daniel Ortega, il s’agit de l’approfondissement de la politique qui était mise en pratique depuis 2007 par ce même gouvernement.

Le gouvernement de Daniel Ortega a augmenté le nombre de traités de libre-échange


Le traité de libre-échange avec les États-Unis a été adopté en 2005. Si le groupe parlementaire du FSLN, alors dans l’opposition, a voté contre sa ratification en octobre 2005* , plusieurs sandinistes dissidents comme Monica Baltodano ont reproché au FSLN dirigé par Ortega d’avoir mis à l’ordre du jour de l’assemblée nationale la ratification du traité. En effet, René Nuñez Telléz, député du FSLN, occupait alors la présidence de l’Assemblée nationale et avait une influence directe sur l’ordre du jour de celle-ci. Monica Baltodano reproche également à Daniel Ortega d’avoir ensuite voté en faveur des lois permettant sa mise en application. Elle écrivait le 1er novembre 2006 http://www.rebelion.org/noticia.php?id=40447 : « Pire encore, les lois qui ont rendu possible l’entrée en vigueur du CAFTA n’ont pu être approuvées qu’avec les votes de 36 députés du FSLN, les députés libéraux du PLC d’Alemán (en conflit avec le président Bolaños) s’y étant opposés ». De son côté Bernard Duterme écrit : « (A la veille des élections de 2006,) Daniel Ortega multiplia une nouvelle fois les gestes de bonne volonté à l’égard du grand patronat nicaraguayen, du Fonds monétaire international et des États-Unis, visant à les rassurer sur le caractère “raisonnable” de ses politiques à venir, et leur garantissant – a contrario du discours public des organisations et syndicats sandinistes – le respect des engagements pris par ses prédécesseurs, notamment en matière de libéralisation des marchés » (Bernard Duterme, Toujours sandiniste, le Nicaragua ? - CETRI, Centre Tricontinental, 2017, https://www.cetri.be/Toujours-sandiniste-le-Nicaragua-4475). Une fois au pouvoir à partir de 2007, le gouvernement de Daniel Ortega n’a nullement cherché à abroger cet accord de libre-échange avec la superpuissance étasunienne. Cela a constitué un tournant de plus dans l’orientation du FSLN car, auparavant, il avait accusé le gouvernement du président Enrique Bolaños de soumettre le Nicaragua aux intérêts économiques de Washington. D’autres traités de libre-échange ont été approuvés avec l’appui du FSLN : un traité avec Taiwan (entré en application en 2008), un qui concerne l’Amérique centrale avec le Mexique (2011) et un autre entre l’Amérique centrale et l’Union européenne (2012).

Daniel Ortega a amplifié l’ouverture du Nicaragua aux intérêts des entreprises étrangères

Dans le domaine de l’agrobusiness, des industries minières, de la pêche, le gouvernement de Daniel Ortega a renforcé l’exploitation des ressources naturelles du pays par le grand capital transnational dans le prolongement de ses prédécesseurs (voir l’article : http://www.cadtm.org/Nicaragua-L-evolution-du-regime-du-president-Daniel-Ortega-depuis-2007). Au mois d’août 2018, il a accordé une nouvelle concession à l’entreprise B2Gold dont le siège se trouve au Canada. Cette entreprise, déjà active au Nicaragua (http://www.b2gold.com/projects/nicaragua/ ), s’est vu attribué une nouvelle concession sur une surface de 18 000 hectares qui affectera les conditions de vie d’une dizaine de communautés [11].

Sous la présidence de Daniel Ortega, la privatisation du secteur énergétique, et donc des ressources naturelles nicaraguayennes, a été croissante, cela au profit des multinationales et notamment de celles dans lesquelles Ortega investit.

Le canal interocéanique


Ce projet vieux de plus de deux siècles, mais surtout mis en avant depuis la fin du 19e siècle, a été réactivé par le gouvernement de Daniel Ortega. Le 14 juin 2013, l’Assemblée Nationale du Nicaragua a approuvé par 61 voix contre 28 une loi qui octroie une concession pour une durée renouvelable de cinquante ans au consortium chinois HKDN Nicaragua Canal Development.

Le Grand canal interocéanique au Nicaragua était sans conteste l’œuvre d’infrastructure la plus gigantesque prévue ces dernières années en Amérique centrale

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