Édition du 18 septembre 2018

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Nicolas Hulot, Patrick Lagacé et le défi climatique : le sursaut salvateur de l’un, le défaitisme honteux de l’autre

La semaine dernière, en France, on a vu Nicolas Hulot se rendre enfin à l’évidence et, chez nous, Patrick Lagacé sombrer dans la résignation de type « le monde est foutu » dans une chronique lamentable (« Je ne veux pas me mentir », La Presse Plus, 29 août 2018).

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Par Catherine Caron le 30 août 2018 Climat Démocratie

En France donc, Nicolas Hulot, leader écologiste devenu ministre de la Transition écologique, a démissionné avec fracas. D’aucuns auront pensé « enfin ! », tant il était évident qu’en se joignant au gouvernement Macron – très proche du patronat et des lobbies d’affaires –, il serait coincé. Dans ses actions, ses convictions, ses contradictions. Apparaissant tour à tour courageux, volontaire, intéressé, naïf, dupe, un brin vaniteux, et manquant certainement de cynisme politique.

Comme s’il avait oublié, aussi, que pour changer les choses, il ne s’agit pas toujours d’exercer le pouvoir de convaincre, mais souvent d’exercer le pouvoir de contraindre. Cela vaut pour tous les mobilisés pour le climat qui, tout en convaincant, doivent s’unir, se mobiliser et augmenter fortement la pression pour forcer les gouvernements et les multinationales, notamment, à cesser de faire tout et son contraire, en se méfiant des fausses solutions. Cela vaut pour les États qui doivent cesser d’accompagner servilement le capital au point de renoncer à servir le bien commun, pour réapprendre à le contraindre, rapidement et avec force.

Maxime Combes[1] avait vu juste en écrivant dès la nomination de Nicolas Hulot que celui-ci avait « le choix : faire croire à « la société civile » et l’opinion publique que sa seule nomination permet de gagner des arbitrages dans les couloirs avec un gouvernement anti-écologique et pro-business. Ou bien reconnaître que de tels arbitrages ne pourront être gagnés sans rapport de force construits au sein de la population et du débat public […] Il n’y aurait rien de plus problématique qu’un Hulot ministre disant publiquement qu’il mène bataille à l’intérieur des arcanes du pouvoir, pour nous rassurer, alors que les arbitrages sont déjà perdus » (Médiapart, 17 mai 2017).

Alors voilà, après un peu plus d’une année en fonction, Nicolas Hulot l’a admis – et son cri du coeur à ce sujet est important – : la bataille de l’intérieur en faveur de la transition écologique est perdue d’avance tant que de puissants lobbies (pétroliers, agro-industriels, etc.) minent la prise de décision politique et démocratique, et qu’on ne sort pas du capitalisme à la source même des multiples crises et dérèglements actuels.

Est-ce pour autant une raison de se décourager et de baisser les bras, comme le fait Patrick Lagacé ? Certainement pas. Il n’en tient toujours qu’à nous de nous mobiliser et d’exiger transparence, éthique, responsabilité et respect de la démocratie de la part des élus et des institutions publiques face aux lobbies. De combattre l’idéologie dominante qui absurdement, comme le dit bien Alain Deneault, « arrive encore à faire passer des évidences d’ordre logique pour des bizarreries de l’esprit » (Le Devoir, 30 août 2018). D’exiger tous les possibles.

Quelques pistes

Il est possible de sortir de l’ère des hydrocarbures et de cesser d’utiliser des fonds publics pour financer des projets de forages pétroliers et gaziers. Il est possible d’obtenir les financements nécessaires à la transition écologique en empêchant vraiment l’évasion et l’évitement fiscaux, en cessant d’admettre l’inévitabilité d’une concurrence fiscale mortifère, en mettant fin à des pratiques spéculatives proprement délirantes. Il est possible d’aller chercher des milliards de dollars ici même au Québec, comme le disent Québec solidaire et la Coalition Main rouge entre autres, pour que l’État québécois puisse bien assurer ses missions sociales. Il est possible de convertir des emplois occupés dans des secteurs polluants et énergivores en emplois liés à la transition énergétique et aux services publics. Il est possible d’imposer et de faire respecter des réglementations environnementales sévères en s’en donnant les moyens. Il est possible de relocaliser davantage l’économie, de réduire le ballet du transport mondial de marchandises qui a lieu tous les jours, en favorisant une plus grande souveraineté alimentaire. On peut choisir une décroissance qui ne soit pas catastrophique.

On peut aussi mater les banques et les rendre responsables de leur cupidité et de leurs erreurs plutôt que de transformer leurs dettes en dettes publiques payées par les populations. On peut créer de nouveaux traités internationaux contraignants (autant que ceux de l’Organisation mondiale du commerce), comme celui qui s’élabore actuellement à l’ONU, pour que les multinationales soient tenues responsables des atteintes aux droits humains et à l’environnement qu’elles commettent.

Un devoir d’agir

La liste de tous les possibles est longue… C’est toujours une question de volonté politique et de mobilisation des populations. L’immense défi de notre temps peut être relevé comme l’ont été d’autres avant lui (la lutte pour l’égalité et les droits des femmes, contre l’esclavage, l’apartheid, le nazisme, les épidémies, etc.). On ne peut tout simplement pas se permettre de se résigner, de se laisser contaminer par les humeurs défaitistes comme celles d’un Patrick Lagacé. Nous devons à tous ceux et celles qui ont mené de telles luttes d’agir aujourd’hui avec autant de courage, de ténacité, d’espoir fou, de lucidité aussi. Un point c’est tout. Sans même parler de notre dette envers la nature elle-même.

Certes, les écueils et les moments déprimants sont nombreux. Parmi les comportements mimétiques adoptés par une bonne partie des élites politiques et économiques, ceux de l’autruche et du dinosaure se disputent certainement encore la première place ! Trudeau comme Macron présentent le même visage à deux faces révoltant, pro-climat d’un côté et pro-énergies fossiles de l’autre. Et que dire d’un ALÉNA pathétiquement lié au sort de l’industrie automobile et à la volonté de construire des millions de voitures ?…

Dans pareil contexte et celui de la présente campagne électorale au Québec, on ne peut que saluer le rôle de leadership que prend Québec solidaire, en lançant le premier dans le débat public des propositions sérieuses et audacieuses en matière de finances publiques, de transport collectif et de transition économique et énergétique. Une belle bouffée d’air frais !

[1] Économiste et militant d’Attac France, il a collaboré au bilan écologique d’un an de présidence Macron dans le livre L’imposture Macron (Les liens qui libèrent, 2017)

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