Édition du 26 juin 2018

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Afrique

Nkosazana Dlamini-Zuma : une femme au dessus de tout soupçon

La presse en rêve déjà : pouvoir écrire en une le titre : Nkosazana Dlamini-Zuma, la première femme noire élue présidente de la République d’Afrique du Sud ! Il y a cependant loin de la coupe aux lèvres, avides de nouvelles sensationnelles. NDK, comme on la surnomme déjà, est sur la liste des individus soupçonnés de tripatouillages financiers.

Tiré du blogue de l’auteure.

Elle avait pourtant beaucoup d’atouts pour finir en beauté une carrière politique bien remplie.Née en 1949 dans une famille zouloue de huit enfants, NDK tout en étudiant les sciences à l’Université du Natal, rejoint les rangs de la lutte clandestine au sein de l’ANC. Elle est obligée de s’exiler en Grande Bretagne, où tout en poursuivant son engagement politique, elle termine ses études de médecine à l’université de Bristol. De retour en Afrique du Sud, elle devient ministre de la Santé, puis ministre des Affaires étrangères et enfin ministre de l’Intérieur avant de prendre la tête de la Commission de l’Union africaine en 2012.

Depuis qu’elle a quitté ce poste, de nombreux experts de la scène politique sud-africaine la voit prendre la succession de son ex-époux Jacob Zuma. Certains avancent, avec la plus mauvaise foi et sans aucune explication crédible, qu’une femme à la présidence sud-africaine serait une promotion de la cause des femmes dans un pays où le viol et les violences faites aux femmes sont devenus banalités.

D’autres vantent son panafricanisme, qu’elle n’a jamais démontré à la tête de l’UA, et sa volonté de transformation radicale de l’économie sud-africaine. C’est là où l’image se brouille sérieusement. Car depuis que l’on sait que la transformation radicale de l’économie est un slogan fabriqué par l’agence de communication britannique Bell Pottinger, plus personne n’ose y faire référence.

Nombreux sont ceux qu, en Afrique du Sud, ne voient dans la candidature de NDK, qu’un stratagème pour protéger les intérêts de son ex-époux Jacob Zuma. Celui-ci ne briguant pas un nouveau mandat à la tête de l’Anc en décembre prochain, il entend bien protéger ses arrières et éviter toute comparution devant la justice pour les quelques 783 inculpations à son encontre. Et qui mieux que son ex-épouse, avec laquelle il continue d’entretenir de bons rapports, peut lui éviter de finir sa carrière derrière les barreaux, si elle devient présidente ?

Donc, tout est fait pour lui faciliter l’accès à la magistrature suprême. Elle est depuis peu membre du Parlement, condition pour sa candidature, elle n’est pas encore entrée au gouvernement, mais son astucieux mari n’est pas un remaniement ministériel près et on pourrait voir le nom de NDK apparaître bientôt à un poste clé du gouvernement. Wikipédia n’écrit-il pas dans sa notice : « Elle est également pressentie pour succéder à son ex-mari Jacob Zuma à la tête du pays ». Des élections sont bien prévues en 2019, mais apparemment personne n’en tiendra compte. En d’autres temps, on appelait cela une dictature.

Seulement le Président Teflon n’avait pas prévu la réaction d’un ancien militant anti-apartheid britannique, Lord Peter Hain qui a écrit au ministre des Finances britannique, Philipp Hammond pour lui demander de diligenter une enquête pour savoir si les soupçons de fraude et blanchiment d’argent par les banques HSBC et Standard Chartered sont justifiées. Il met aussi en avant les malversations avérées (ils se sont excusés d’avoir mal agi et ont coupé depuis tout lien avec la sulfureuse famille Gupta !) des cabinets d’audit et consulting internationaux comme KPMG, Mc Kinsey et Sap.

Une lettre a aussi été envoyée au Président de la commission européenne Jean-Claude Junker contenant des détails et une liste de noms où l’on trouve, outre celui de Jacob Zuma , le nom de son ex-épouse Nkosazana, et ceux de deux de ses femmes actuelles Gloria Ngema-Zuma et Thobeka Madiba-Zuma, tous liés à la sulfureuse famille Gupta qui met à sac toutes les entreprises publiques sud-africaines.

NDK et ses supporters ont beau dire qu’il s’agit d’un complot ourdi par les puissances occidentales pour nuire à sa candidature, les accusations sont lourdes et les obstacles sérieux à une candidature qui voudrait redorer le blason terni d’un mouvement qui a cédé bien facilement à l’appel du veau d’or.

C’est aussi faire fi de la course à la présidentielle engagée sérieusement depuis une semaine par le vote du choix de leurs candidats par les militants dans les sections de l’Anc. Son plus sérieux adversaire semble bien être Cyril Ramaphosa, pourtant dans le collimateur de Jacob Zuma si l’on en croit les rumeurs d’une éventuelle destitution avant la conférence de décembre 2017. Sans compter les candidats providentiels pour recoller les morceaux d’un parti déchiré, comme Mhkize, l’actuel trésorier de l’ANC qui a aussi ses supporters.

NDK était peut-être la candidature rêvée pour remplir d’articles les magazines féminins sur papier glacé, toutefois les citoyens sud-africains fatigués des scandales aimeraient que l’on parle sérieusement de politique, de droits des femmes et de démocratie.

https://www.biznews.com/global-citizen/2017/10/23/nkosazana-dlamini-zuma/?utm_source=BizNews.com&utm_campaign=ab7004cdda-dailyinsider&utm_medium=email&utm_term=0_d5e2e8a496-ab7004cdda-100994945 

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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