Édition du 14 novembre 2017

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Afrique

Nouveau remaniement ministériel : que cherche le Président Zuma ?

De remaniement en remaniement, le Président Zuma éjecte ceux qui le gênent et il s’entoure d’amis sûrs. Est ce la meilleure manière de sauver l’ANC d’une débâcle annoncée, d’attirer les investisseurs étrangers dont l’économie sud-africaine vacillante a bien besoin ? Coup de sabot d’un cheval agonisant ou pirouette du Président Teflon ?

Tiré du blogue de l’auteure.

Après avoir éjecté Pravin Gordhan, ministre des finances en mars dernier, ce qui avait valu à l’Afrique du Sud une dégradation par les agences de notation, Jacob Zuma vient d’éjecter Blade Nzimande, ministre de l’enseignement supérieur et aussi secrétaire général du SACP, le Parti communiste sud-africain. Déclaration de guerre à l’un de ceux qui l’ont porté au pouvoir en 2007 à la conférence de Polokwane et devenu l’un de ses plus virulents critiques ?

Pour la direction du SACP, il ne s’agit pas d’un remaniement pour améliorer la politique gouvernementale, mais d’une “déclaration de guerre”. Dans une tactique un peu tortueuse, les autres ministres communistes gardent leur poste et encore plus machiavélique, l’ancien responsable de la Ligue des jeunes communistes a été nommé ministre adjoint à l‘enseignement supérieur. Le but serait-il de créer la zizanie au sein du parti communiste et de l’empêcher d’aller seul aux prochaines élections de 2019 ? Pour le moment les ministres communistes sont priés de rester au gouvernement, même si le SACP constate que Jacob Zuma s’est “coupé des masses qui soutenaient la lutte de libération” et que son comportement n’est plus acceptable.

L’autre allié de l’ANC, la centrale syndicale Cosatu a mis en garde le parti “de réfléchir sérieusement à l’état de l’économie et à la performance du gouvernement”. L’annonce du remaniement, le 12ème de la présidence Zuma, a d’ailleurs aussitôt eu un effet négatif sur la monnaie nationale. Même le monde des affaires, le Busa, a exprimé son inquiétude :”La stabilité politique et économique est indispensable pour initier une croissance économique et créer de l’emploi …”. Le jeu de chaises musicales des ministres dans des secteurs aussi importants que l’intérieur et l’énergie sont sources d’inquiétude, d’autant plus que la nouvelle Charte minière a mis ce secteur vital de l’économie nationale en ébullition.

La nomination de David Mahlobo comme ministre de l’Energie fait couler beaucoup d’encre. Pour beaucoup de commentateurs, cette nomination est le signal que Jacob Zuma veut s’assurer que le choix de l’énergie nucléaire se concrétise rapidement, avant la conférence de l’ANC qui élira une nouvelle direction en décembre prochain.

David Mahlobo occupait avant sa nouvelle nomination, le poste de ministre de la Sécurité d’Etat, autrement dit le service des renseignements, une institution qui n’est pas ici, ni partout ailleurs dans le monde, connue pour sa transparence, mais plutôt pour ses actions secrètes et bien gardées. Chargé de la protection de Jacob Zuma, le nouveau ministre de l’Energie est son homme-lige.

L’option nucléaire est au coeur de vifs débats depuis des années et l’opacité des négociations menées avec la Russie et Rosatom a été jugée contraire à la Constitution, tout comme celles entourant les négociations avec les USA et la Corée du Sud. Deux ministres ont perdu leur poste pour n’avoir pas su ou voulu accélerer les procédures pour que l’achat de sept ou huit centrales nucléaires soit conclu au plus vite. La somme que devrait débourser l’Afrique du Sud pour cet achat est astronomique et bien au-delà des moyens du pays et pose de sérieux problèmes environnementaux .(Voir mes précédents blocs)

Au cours d’un entretien avec la presse après sa nomination, David Mahlobo a annoncé la couleur : “ Je trouverai le temps d’échanger avec l’équipe du ministère de l’Energie. Mais beaucoup plus important que cela, je suis membre du Cabinet et je sais ce que ce pays et l’ANC ont depuis longtemps décidé pour la politique énergétique ”, ce que certains ont interprété par “Je suis l’homme du Président et je ferai ce qu’il me dira de faire.” Ce qui veut dire signer le contrat avec la Russie , où il s’est rendu à plusieurs reprises avec Jacob Zuma, afin de préserver tous les appels d’offre qui s’en suivront et qui sont la chasse gardée du Président et de ses amis. Petits arrangements entre amis avant la débâcle.

Jacqueline Derens

Collaboratrice au site de Mediapart (France).

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