Édition du 14 août 2018

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LGBT

Où sont les lesbiennes - L’actu au féminin

Les visages de la politique, ou la politique des visages

L’élection de Valérie Plante à titre de mairesse de Montréal, en novembre dernier, me mène à réfléchir sur la place des femmes en politique, le regard qu’on leur porte. Il demeure teinté d’une politique des visages, codifiée par les systèmes hétéronormatif et hétérosexiste.

tiré de : L’INFOLETTRE DE FUGUES # 688 - 8 janvier 2018

Lors de sa campagne électorale, Valérie Plante s’est présentée comme « l’homme de la situation », slogan au propos clairement féministe. Lors de son discours postélectoral, elle a réitéré que « 375 ans après Jeanne Mance », Française et fondatrice de la ville, « Montréal a enfin sa première mairesse », appuyant le caractère pionnier de sa position, soulignant par le fait même qu’on a fait très peu (pas) de place aux femmes en politique (municipale) lors des siècles antérieurs. Le discours de Valérie Plante a une saveur nettement féministe, donc qui favorise l’égalité homme-femme. Ce discours jadis peu en vogue (qui plus est, dans son application concrète) aurait-il trouvé écho en l’électorat montréalais si la médiatisation du mouvement #MoiAussi n’avait pas coïncidé avec la campagne électorale ? Dieu seul(e) le sait. Ceci dit, cela n’aura pas nuit à ouvrir les yeux aux citoyens sur la domination du patriarcat et de l’homme (politique ou autre) qui abuse de son pouvoir.

Suite au discours postélectoral de Valérie Plante, les médias ont parlé de ses boucles d’oreilles (parce que pour une femme, l’image prévaut sur le discours), vanté son beau sourire. En fait, les sempiternels commentaires sur son sourire et son rire contagieux furent si prépondérants qu’ils firent pratiquement ombre à la feuille de route de son programme électoral. Le fait est qu’une femme en politique vend d’abord ses politiques avec son physique, et ce, bien malgré elle. Un homme qui sourit en politique, ou ailleurs, c’est chaleureux, courtois. Une femme qui sourit en politique, ou ailleurs, c’est séducteur, mais pas nécessairement crédible, limite niais, puisque perçu comme « essayant de plaire ». Ne peut-elle pas qu’être une femme joviale et joyeuse ayant grandi dans le quartier Montée-du-Sourire, à Rouyn ? Non. On demeure dans un rapport de séduction homme-femme, où la femme est l’objet, jugée/convoitée avant tout sur ses apparats, au détriment de son intellect/ses idées. Si la femme ne sourit pas assez, elle est frustrée, aride, ou « mal baisée » pour être vulgaire, « lesbienne » pour stéréotyper.

C’est la dame de fer, la main de fer dans un gant de velours d’Angela Merkel. La femme qui sait où elle s’en va, doit sourire, charmer, sinon elle devient un monstre de rigueur froid. Un homme sérieux, qui sourit peu, limite froid sera mieux accepté ; on dira de lui qu’il sait où il s’en va, qu’il tient les rênes de sa gouvernance d’une main affirmée. Mais si un homme pleure en politique, c’est qu’il démontre son côté « faible », sa vulnérabilité, lire son côté féminin. On assiste alors à de la féminophobie. Le cas récent du Premier ministre Justin Trudeau, en regard de ses excuses formulées à la communauté LGBT dans les Forces armées canadiennes, est exemplaire. Mais pourquoi diantre, le fils du « père » du Bill Omnibus, ne pourrait-il pas tout simplement être touché en émettant des excuses ? Verser une larme ? Non.

Parce qu’il est un homme, point. Un homme ne montre pas ses émotions (ou démontre des émotions de colère comme Trump où les (autres) dictateurs de ce monde). Surtout, un homme ne pleure pas, car la vulnérabilité dans nos sociétés est associée à la faiblesse (celle des femmes et des hommes gais efféminés). Si une femme forte désire accéder à des postes de pouvoir et désire gouverner, mieux vaut qu’elle ne déstabilise pas trop les stéréotypes. Souligner à répétition le sourire de Valérie Plante, c’est se rassurer. C’est impliquer que la femme souriante constitue une image peu menaçante pour le patriarcat ; sourire, c’est acquiescer dans nos cultures… C’est dire « oui »… (malheureusement trop souvent au détriment du consentement).

D’ailleurs, Valérie Plante est hétérosexuelle, féminine, dans la quarantaine (donc jeune pour un individu en politique), mère de deux enfants. Elle répond aux « exigences » des systèmes hétéronormatif et hétérosexiste. Si vous ne répondez pas à tous ces critères à la fois, les jugements sont plus sévères. Rappelons-nous ceux prodigués à l’égard de Manon Massé et de sa « moustache ». Ironiquement, Manon Massée fut victime de son authenticité qui ne répond pas aux codes sociaux genrés. Porter la moustache pour une femme, de surcroît en politique ? Le sous-texte : affirmer sa masculinité, vouloir prendre la place d’un homme… Le milieu de la politique semble prêt à faire une place aux femmes (et plus timidement aux lesbiennes) uniquement si elles ne prennent pas la place des hommes… Quelle ironie.

D’ailleurs, n’est-ce pas inadmissible de constater ces jugements sur la « moustache » de la députée, alors que le Ministre de la Santé, Gaétan Barrette (docteur de surcroît) est obèse ? (je pèse mes mots…) Cordonnier mal chaussé… Non seulement cela affecte la crédibi-lité de la fonction, mais ce sont deux poids, deux mesures ! Un homme en politique (comme ailleurs) peut avoir une bedaine (de bière, de gras) ou être obèse (mais ça lui donne un charme, une maturité) alors qu’une femme, doit surveiller son poids, s’épiler, se maquiller, se teindre les cheveux et surtout être tirée à quatre épingles. Même lorsque ladite femme est tirée à quatre épingles, on lui reproche que ses quatre épingles sont trop, ou pas assez tirées, comme ce fut le cas de Pauline Marois avec ses foulards (pendant que Parizeau ne cessait de cultiver sa bedaine)…

Après on questionne (hypocritement) le manque d’intérêt des jeunes femmes pour la politique ? Tu m’étonnes ! Si être une femme en politique semble déjà difficile pour celles qui répondent aux attentes du système hétéronormatif, les parcours de Johanna Sigurdardottir et Kathleen Wynne n’ont pas dû être de tout repos… En 2009, Johanna sera la première femme à devenir Première Ministre d’Islande, puis la première chef de gouvernement au monde à être ouvertement lesbienne ; en 2010, elle devient le premier chef de gouvernement à se marier avec une personne de même sexe. Plus près de chez nous, Kathleen Wynne devenait, à 59 ans, la première députée ouvertement lesbienne élue à l’Assemblée législative de l’Ontario, en 2003. Dix ans plus tard, elle devient la première femme Première ministre de l’Ontario et la première ouvertement lesbienne à exercer cette fonction. Plus récemment, en juin 2017, Ana Brnabic, ouvertement lesbienne était nommée Présidente du gouvernement de Serbie, une première historique. En novembre dernier, alors que Valérie Plante devenait la première mairesse de Montréal, la ville de Seattle y allait aussi d’une élection historique, en portant au pouvoir Jenny Durkan, première mairesse lesbienne. Désormais, nous pouvons envisager 2018 avec positivisme et espoir.

Dernière mise à jour le 18 décembre 2017

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