Édition du 18 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Environnement

Pacte pour la transition : Aimer, c'est agir

La semaine dernière, nous avons lancé le Pacte pour la transition aux côtés de Dominic Champagne. Le Pacte constitue en lui-même une réponse au secrétaire général des Nations unies, qui a demandé à la société civile des 193 États membres de se lever et d’exiger de leurs gouvernements qu’ils mettent en place, d’ici deux ans, un plan d’action vigoureux pour limiter le réchauffement du climat. Toute notre action constitue le simple relais de cet appel.

Texte collectif
La liste des signataires suit le texte.*

Nous avons choisi de donner une forme claire à notre texte : un engagement personnel par lequel le ou la signataire accepte de faire immédiatement des gestes en cohérence avec sa réalité, en échange de quoi l’ensemble des signataires demande aux gouvernements en place de soutenir ces actes et d’en multiplier la portée par l’adoption de politiques publiques à la mesure des défis auxquels nous sommes confrontés en tant que collectivité.

Le but de cette formule est le suivant : mettre en action le plus de gens possible, le plus rapidement possible. Et donner à leur action individuelle un poids politique, ce qui n’advient pas comme par magie, d’où le principe de pacte. Je promets de faire mieux, mais en échange de ces efforts, j’exige que les élus au pouvoir agissent aussi.

L’approche que nous avons choisie est la suivante : travailler avec ceux qui sont au pouvoir, leur tendre la main, leur donner la légitimité et le courage de résister aux puissants lobbys qui agissent dans l’ombre, en devenant une sorte de lobby citoyen, non partisan, uni derrière un objectif clair : celui d’accélérer la transition économique et énergétique déjà en marche.

Si nous ne pouvons pas faire l’impasse face à l’urgence et à la fermeté des cibles que nous devons nous donner collectivement, nous avons entendu les critiques sur certains choix que nous avons faits dans la communication de notre objectif et même des manières d’y parvenir.

Mais notre objectif est si vital, si brûlant, que nous souhaitons rallier même nos critiques les plus virulents. Nous sommes prêts à faire amende honorable. Nous ne sommes pas parfaits, nous ne l’avons jamais prétendu. Mais il faudra un jour arrêter de parler de nous, puisqu’il ne s’agit pas ici de la somme de nos individualités. Nous sommes ici les parties d’un geste plus grand que nous.

Par ailleurs, si nous avons tenu à rassembler scientifiques et vedettes pour que le lancement du Pacte ait un écho significatif, c’est pour que le message des uns soit mis en lumière par la notoriété des autres. Les artistes populaires ont une forme de pouvoir : celui d’attirer l’attention des médias et de la population. On peut sans doute critiquer chacun des 500 premiers signataires sur leur manière de vivre ou de s’exprimer, mais nous sommes désormais largement minoritaires parmi tous ceux qui ont endossé le Pacte, qui l’ont fait leur.

Certains commentateurs ont pointé la justice sociale comme étant absente du Pacte. Même si la teneur et la longueur de notre texte ne nous permettaient pas d’entrer dans ces détails, nous reconnaissons que tous ne sont pas égaux devant les bouleversements qui nous attendent. Ce sont les moins nantis du Québec et de toute la planète qui subissent le plus sévèrement les effets des changements climatiques et de la pollution en général.

Ici, les riches ont les moyens de se mettre à l’abri des températures extrêmes et de vivre dans des maisons solides, bien isolées ou climatisées. La canicule qui a tué 90 personnes au Québec cette année a frappé les pauvres plus durement. À l’échelle planétaire, les millions de réfugiés climatiques sont principalement issus de pays qui sont très peu responsables des émissions. Oui, il y a injustice climatique.

De surcroît, ce sont aussi les moins nantis du Québec et de la planète qui ont la plus petite empreinte écologique. Bien que leur manière de peu consommer ne soit pas nécessairement volontaire, ils méritent d’être considérés avec grand respect. D’ailleurs, même s’ils le font par nécessité, on pourrait s’inspirer de leur ingéniosité pour économiser des ressources.

Dans le pacte, nous avons écrit les mots « à la mesure de ma réalité et de mes capacités » pour mettre en lumière ces inégalités face aux moyens d’action accessibles à chacun. Il est implicite que rien dans ce pacte ne doit servir à culpabiliser ou à exclure les plus vulnérables d’entre nous.

Le point focal de ce pacte, ce ne sont pas les actions individuelles. C’est la demande solennelle et par le plus grand nombre de gens possible que des politiques publiques soient mises en place sans délai. Et par des gens de toutes allégeances politiques et avec toutes sortes de comportements : pollueurs et écolos, débutants et vieux de la vieille, citadins et banlieusards, caquistes et solidaires. L’heure est au ralliement. Ça ne sert à rien de faire ça entre nous ; l’idée, c’est de se réunir derrière le constat qu’il y a urgence.

Et soyons clairs : le statu quo, qui est une décision en soi, n’est pas une option acceptable ni une option viable. L’heure est grave : on doit se serrer les coudes et tenir le cap et, bien sûr, s’engager personnellement, mais surtout, sortir de la fable selon laquelle les gestes individuels seuls suffiront. Nos gouvernements doivent prendre les mesures ambitieuses (et peut-être impopulaires) que la situation commande. S’ils le font, nous serons derrière eux.

Tous ceux qui ont critiqué publiquement le Pacte ont tenu à spécifier qu’ils étaient d’accord avec son message et les principes qui l’inspirent. Nous les invitons donc à adoucir leur regard, à mettre en perspective nos possibles maladresses pour garder les yeux sur notre objectif : nous mettre en marche collectivement, le faire ensemble, le faire dès maintenant.

Ce pacte s’adresse aux imparfaits, et il a le grand mérite de mettre tout le monde en mouvement, sans exception.

Avec plus de 175 000 signatures au moment d’écrire ces lignes, il nous apparaît que l’enthousiasme suscité par notre initiative est plus fort que l’animosité qu’elle a pu remuer au cœur de certains. Nous choisissons de nourrir l’enthousiasme. Et nous tendons la main à nos critiques : venez nous rejoindre. On vous attend. Pour la justice sociale, pour la justice climatique, et par-delà toute forme d’élitisme, nous sommes ensemble sur cette planète.

* Signataires

Alain Deneault, Collège international de philosophie ; Catherine Morency, Polytechnique, Chaire de la mobilité ; Jacques Nantel, professeur émérite, HEC ; Laure Waridel, écosociologue ; Claude Béland, ex-président de Desjardins ; Anaïs Barbeau-Lavalette, cinéaste et auteure ; François Delorme, économiste ; Véronique Côté, metteure en scène et auteure ; Margie Mendell, Ph. D. économie, en solidarité avec les signataires qui ont été personnellement attaqués à la suite du lancement du Pacte.

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