Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Plus de sud-coréens-nes craignent Donald Trump plutôt que Kim Jong Un

La tension monte entre la Corée du nord et les États-Unis. Le Président Trump partira cette semaine pour un séjour de 12 jours en Asie. Il y a un mois, il a publiquement minimisé les efforts fait par ailleurs par le pays pour arriver à traiter directement avec la Corée du nord de son programme d’armement nucléaire. Le lendemain le Secrétaire d’État, Rik Tillerson, a déclaré que les États-Unis possédaient 2 ou 3 liens ouverts pour les dirigeants-es nord coréens-nes et que le dialogue se poursuivait.

Democracy Now, 30 octobre 2107
Traduction, Alexandra Cyr

Introduction

Le Président a répondu à cette nouvelle par Tweet : « J’ai dit à Rex Tillerson, notre magnifique Secrétaire d’État, qu’il perd son temps à tenter de négocier avec le petit bonhomme fusée (Little Rocket Man, dans le texte)…Ménage tes énergies Rex, nous allons faire ce qu’il faut faire » ! Antérieurement il avait menacé de lancer « le feu et la fureur » sur la Corée du nord. Devant l’assemblée générale des Nations Unies, il s’était déclaré prêt à détruire la totalité de cette nation de 25 millions de personnes.

Mme Christine Ahn nous rejoint. Elle est la fondatrice et la directrice exécutive de Women Cross DMZ (Demilitarize zone). Il s’agit d’un mouvement mondial de femmes luttant pour la fin de la guerre de Corée.
(…)

Amy Goodman, DN : Voici un extrait de la déclaration du Sénateur Bob Corker lors de sa participation à l’émission Face the Nation ce dimanche. Il est président du Comité sénatorial sur les relations avec l’étranger. Il met en garde contre les efforts pour compromettre le travail diplomatique avec la Corée du nord.

Sénateur Bob Corker : Quand notre Secrétaire d’État discute avec nos plus
importants partenaires, dont la Chine ; quand il tente de négocier quelque chose pour résoudre (ce conflit) et nous empêcher de passer aux attaques armées ce qui impliquerait la Corée du sud, le Japon, la Chine et la Russie et que le Président lui tire dans les pieds cela fait mal à toute la nation. Cela affaiblit nos efforts et nous mène plus surement à l’affrontement armé que la plupart d’entre nous voudraient voir résolu par d’autres moyens.

Des Tweets qui se moquent d’un dirigeant étranger font monter la tension dans la région.

Des gens y vivent. Ils savent que la Corée du nord à un dirigeant plutôt imprévisible. Il est le troisième de ce style. Et nous nous mettons à exhiber des tendances semblables. Cela ne fait que contribuer à une atmosphère encore plus favorable au conflit. Alors que nous avons besoin de soutenir les efforts du Secrétaire d’État, M. Tillerson et du Secrétaire à la défense, M. Matis. Il est, lui aussi impliqué dans l’effort diplomatique en cours ».

A.G. : Nous faisons maintenant appel à Christine Ahn (…). Elle nous parle depuis Honolulu à Hawaii.

Christine, vous avez entendu ces Sénateurs républicains, des gens comme Bob Corker et maintenant, en plus, M. Mattis qui se trouve en Corée du sud. Ils essaient clairement de repousser le Président et sa rhétorique contre la Corée du nord et Kim Jong Un qu’il appelle « petit bonhomme fusée ». Pouvez-vous nous parler de ce qui se passe chez les Sénateurs-trices républicains-es et de la mobilisation autour du monde alors que le Président ira en Asie plus tard cette semaine, y compris en Corée du sud ?

Christine Ahn : Eh ! bien, c’est phénoménal ! Je suis impliquée dans cette situation depuis plus de 2 décennies et la mobilisation, la peur et la résistance que j’observe en ce moment à travers le pays est tout simplement remarquable et me touche au cœur.

Et je pense que parce qu’il y a eut un appel à la mobilisation contre une guerre américaine contre la Corée du nord, déclenchée par D. Trump, la protestation prend toutes sortes de formes : teach-ins, sites internet et de très diverses actions pour éduquer la population américaine qui a tellement été privée d’information ou mal informée à propos des racines de ce conflit. Il est important de se rappeler qu’en 1950-53, quand la guerre de Corée s’est arrêtée, ce n’était que par un cessez-le-feu. Ce n’est qu’une fragile trêve qui a fait durer un état de guerre entre les États-Unis et la Corée du nord depuis 65 ans. Ils avaient tous promis de reprendre les pourparlers de paix dans les 90 jours et d’arriver à un traité de paix. Il n’est toujours pas signé.

Voilà pourquoi il est si important que des gens se mobilisent sur le terrain de la paix. Le mouvement américain pour la paix est en train de revivre et travaille à ce que les membres du Congrès passent à l’action. (…) C’est magnifique de voir M. Mattis et Tillerson tenter de circonvenir D. Trump, mais l’enjeu pour le pouvoir exécutif, (la Maison blanche) c’est que pour lancer la première frappe contre la Corée du nord, il doit avoir l’autorisation du Congrès. Et donc, je pense que c’est un débat très important qui a lieu en ce moment. La semaine dernière, John Conyers, représentant du Michigan au Congrès et ancien combattant de la guerre de Corée, à présenté un projet de loi avec son collègue républicain du Kentucky, Thomas Massie. Il est intitulé Pas de première frappe illégale contre la Corée du nord. Ils ont obtenu, grâce au Sénateur Ed Markey, que ce soit un projet de loi soutenu par les deux partis, démocrates et républicains. (…)

C’est donc un moment très excitant pour le mouvement pour la paix américain. Il était très déprimé après son effort contre l’invasion américaine de l’Irak. Donc le temps est venu pour nous de nous opposer, de développer des alliances avec les mouvements pour la paix sud coréen et japonais, ce sont les alliés historiques des États-Unis. Ensemble, d’une voix unie, nous devons dire haut et fort : « Mettons fin à ce cul de sac. Opposons-nous à la guerre. Il faut que cessent les actes provocateurs envers nos pays et nos militaires ». (Cela veut dire) arrêter ces exercices trilatéraux et bilatéraux extrêmement provocateurs. Ils ont lieu 2 fois par année, simulent une invasion de la Corée du nord et l’élimination de son régime. Nous devons honnêtement examiner ce que notre gouvernement et nos militaires font pour provoquer la Corée du nord.

Est-ce que vous savez que la fameuse question « Est-ce que la Corée du nord est prête pour des négociations » est extrêmement d’actualité ? Il y a eut une très importante rencontre la semaine dernière à Moscou. Mme Suzanne DiMaggio, une des négociatrices (américaines)issue de la société civile, est une de celles qui s’est engagée dans ces pourparlers avec les nord Coréens dits « Track 1.5 ». Elle a fait parti d’un panel avec Mme Choi Sun-hee une des dirigeantes du ministère des affaires étrangères nord coréen et qui négocie avec les Américains. Elle a établit la position actuelle de son pays.

Fondamentalement, ils demandent aux États-Unis de mettre fin à leur politique hostile, de cesser de faire des menaces par Tweet, de menacer de détruire leur pays et d’utiliser des propos diffamatoires comme « bonhomme fusée ». Et vous savez sans doute que les récentes sanctions que le Conseil de sécurité des Nations Unies contre la Corée du nord sont d’une autre nature (que celles imposées antérieurement). Elles ne visent plus l’élite nord coréenne ou ses programmes nucléaires ou de missiles, elles visent directement l’économie du pays. On parle des textiles, des produits marins et de limiter la possibilité pour les travailleurs-euses des nord coréens-nes d’aller travailler à l’étranger.

Donc, je pense (que la Corée du nord) se sent isolée, encerclée. Il est très important de comprendre que, plus ces sentiments augmentent, moins elle a de canaux pour exprimer ses frustrations envers l’isolement et le fait d’être visé agressivement par des armées, elle va se sentir justifiée de répliquer. Voilà pourquoi il est si important que nous insistions en faveur de négociations de paix sans pré requis qui pourraient potentiellement permettre de sérieusement considérer une proposition en faveur de la mise en suspend par la Corée du nord de ses programmes nucléaires et de missiles contre un arrêt des exercices militaires américains et sud coréens. La Russie et la Chine sont d’accord avec une telle proposition. Je pense que nous devons absolument militer en faveur de cette position surtout en prévoyant lesmanoeuvres militaires à venir en mars prochain.

Nermeen Shaikh DN. : Donc, Donald Trump part pour l’Asie pour un voyage de 12 jours et parmi les pays qu’il va visiter, il y a le Japon. Vous évoquez que la Corée du nord se sent encerclée. La réélection, au Japon, de M. Shinzo Abe nourrit sans doute ce sentiment. Il a maintenant une majorité des 2/3 ce qui va lui faciliter l’exercice de transformation de la Constitution pacifique du pays. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce que cela peut avoir comme implication ?

C.A. : Oh ! C’est proprement terrifiant. C’est une situation déplorable. Clairement, M. Abe a convoqué ces élections prématurées en utilisant la peur légitime de la population japonaise alors que les missiles nord coréens passaient au-dessus d’Hokkaidö. Cela a provoqué une peur légitime et un ralliement autour du drapeau. C’est ce que nous voyons : un effet domino dans tous les pays de la région.

Voilà pourquoi il est si urgent d’arriver à une résolution pacifique de ce vieux conflit entre la Corée du nord et les États-Unis. En ce moment, chacun des pays de la région pense à s’équiper d’armes nucléaires et à augmenter ses capacités militaires. Il y a une dangereuse course à l’armement en Asie du nord est ; c’est véritablement une poudrière au bord de l’explosion.
(…)

A.G. : Merci Christine Ahn d’avoir participé à l’émission.

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