Édition du 21 novembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Opinion

Lettre ouverte à Guy Laliberté

Parce qu’on peut parler de l’eau les deux pieds sur terre

Cela fait déjà quelques semaines que nous attendions ton grand départ et nous nous sentons privilégiés que tu aies amicalement accepté de partager avec nous ta valeureuse aventure. De ta petite chambre sur la base, nous avons suivi tes entraînements vigoureux . Détournant souvent vers toi les regards plutôt que vers la cause dont tu te voulais le porteur, mais nous ne t’en tenons pas rigueur tant ta mission s’avère noble.

Et finalement après 187 jours d’entrainement, le 30 septembre 2009 sous nos yeux ébahis, tu t’es envolé vers l’univers immense. Des plus hauts cieux, tu nous as éclairés, nous simples petits citoyens de la terre, sur les enjeux liés à l’eau, nous gratifiant même au passage de ta vision artistique et poétique. Avec l’aide de tes amis vedettes, tu as pu démontrer l’ampleur de ton talent et la grandeur de ton âme faisant du même coup une publicité intergalactique pour le Cirque du Soleil. Mais nous savons tous que là n’était pas ton intention.

Pendant ce temps, ici sur terre, ce tenait le 2e Forum Social Québécois, où nous avons, nous simples citoyens modestes, débattu, discuté, échangé sur nombres de sujets et d’enjeux sociaux. Et tiens-toi bien, car tu seras très surpris, nous avons également discuté de la question de l’eau. Oui, oui, les deux pieds sur terre, des citoyens se sont réunis et ont discuté des problématiques liées à l’eau et ce sans poème, sans musique, sans casque de cosmonaute.

Il a notamment été question de la nécessité qu’elle soit accessible à toutes et tous. Présentement sur terre, 500 millions de personnes vivent dans 31 pays qui sont en état de stress hydrique et l’Organisation des Nations Unies prévoit que, en 2050, 1,8 milliard d’êtres humains vivront dans une région privée totalement d’eau. [1]

Nous avons donc discuté de l’importance de se battre contre la privatisation de l’eau, car l’eau n’est pas et ne sera jamais une marchandise comme les autres. Sa valeur intrinsèque, celle d’être nécessaire à la vie, ne peut se substituer à aucune valeur marchande. Voilà pourquoi, il faut protéger cette ressource et faire reconnaître son accès comme un droit humain des plus élémentaires. Il faut se battre pour qu’elle soit accessible à tous et toutes notamment en construisant des puits dans les communautés où l’accès est plus que limité.

Eh oui, sans toi, tout seul comme des grands, nous avons pris conscience de tous ces enjeux et de bien d’autres encore et ce les deux pieds sur terre et en ne dépensant chacun rien de plus qu’une contribution de 20$ au FSQ. Quel dommage que tu aies manqué cela… Imagine tout l’argent que tu aurais économisé !

Alors mon cher Guy, la prochaine fois que tes élans narcissiques te pousseront à te pavaner dans l’espace ou dans quel qu’autre contrée exotique sache qu’il n’est nullement nécessaire de nous éclairer de ta grande sagesse. Ne te donnes pas tant de mal, nous nous en sortons très bien sans toi ! Et ne t’inquiète pas, je suis certaine que tu trouveras aisément un autre moyen de te déculpabiliser de tes fantaisies de multimilliardaire...

Sincèrement,
Pascale Rioux-Oliver

P.S :
Petit Quiz… Combien de puits aurais-tu pu faire construire avec tes 35 millions ?
Réponse : Selon "the water project" un puits en Afrique coûte environ 4500 $. Donc un peu plus de 7000 puits…


[1Atlas 2009 du Monde Diplomatique

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