Édition du 12 décembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Pauvreté et logement : L’American dream, faire des efforts...

Pauvreté et logement : L’American dream : faire des efforts, travailler dur, épargner et vous deviendrez riches. Qui croît encore à cette foutaise. Travailler, étudier, s’occuper des enfants et essayer à travers tout cela de tenir la forme, d’avoir des loisirs un peu et de peut-être faire l’amour. Voilà les horaires des trentenaires classe moyenne, en fait des travailleuses et travailleurs à salaire moyen.Rajouter à cette sauce spaguetti l’endettement.

L’endettement

Au Canada l’endettement des ménages ne cesse d’augmenter :

« Cette augmentation de l’endettement s’observe dans toutes les strates de revenus et s’élève désormais en moyenne à 170% du revenu disponible » 1

On travaille et on s’endette c’est ça la réalité. C’est pas un chèque de 100 $ par enfant pour les fournitures scolaires ou des réductions d’impôt qui vont régulariser la situation.

D’autant plus que le Québec ne brille pas pour la croissance des revenus.

« Le revenu médian se situait à 59 822 $ dans la province en 2015, une hausse de 9% par rapport à 2005. Cette augmentation peut sembler bien maigre en comparaison de celle de 36,5% mesurée en Saskatchewan à 75 412 $.
Le Québec occupe ainsi l’avant-dernier rang des provinces et des territoires, devant le Nouveau Brunswick dont le revenu médian était de 59 347 $, une différence de 475 $. »
2

Encore faut-il le gagner ce revenu médian de 59 822 $. 1 035 000 personnes gagnent moins de 15.51 $ l’heure au Québec selon le dépliant de Québec Solidaire Pourquoi 15 $ l’heure.?

Et si vous êtes une femmes la situation est plus dramatique

« Selon l’Enquête nationale auprès des ménages, le revenu médian des ménages ayant une femme à leur tête était de 42 661 $ en 2011. Celles qui étaient propriétaires disposaient de 61 800 $, alors que celles qui étaient locataires avaient un revenu de 28 508 $. Chez les hommes, le revenu médian était de 59 072 $. Il montait à 73 596 $ dans le cas des propriétaires, contre 35 835 $ pour les locataires. Notons que le revenu médian des ménages locataires dont le principal soutien financier est une femme a augmenté de 10,3 % entre 2006, contre une hausse de 7,5 % quand il s’agit d’un homme. L’écart entre leurs revenus demeure toutefois d’un peu plus de 7000 $. La situation des femmes s’améliore donc lentement, mais elles restent tout de même plus pauvres que les hommes.

Les ménages locataires dont le principal soutien financier est une femme consacrent 30 % et plus de leur revenu pour se loger dans une proportion de 41 %, contre 33 % dans le cas des hommes. Les revenus des femmes étant moins élevés, elles sont plus nombreuses à verser une part trop élevée de leur revenu pour le loyer et à dépasser le seuil généralement admis de 30 % du revenu, mettant en péril la satisfaction de leurs autres besoins fondamentaux.  »3

Le logement : un droit

«  Les dettes hypothécaires comptent maintenant pour les deux tiers de cet endettement, le reste étant constitué de crédit à la consommation et autres dettes étudiantes. » 4.

Ainsi c’est se loger qui coûte le plus cher au Canada, mais aussi au Québec.

« Les gouvernements fédéral et provinciaux du Canada estiment qu’on ne devrait pas consacrer plus de 30 % de ses revenus pour se loger, au péril de compromettre la réalisation de ses autres besoins essentiels. Pour sa part, le Québec a choisi que les ménages ayant accès à un logement à loyer modique n’y consacrent pas plus de 25% de leur revenu.

Malgré cela :

• 227 835 ménages locataires du Québec consacrent au moins la moitié de leur revenu pour se loger ; leur revenu médian était de 10 341 $ pour l’année 2010.

• parmi eux, 108 475 ménages voient disparaître 80 % leur revenu dans le loyer ; leur revenu médian n’ayant été que de 5 108 $ durant cette même année, il ne leur est resté que des miettes pour se nourrir, se chauffer, se vêtir et se transporter ; quant aux loisirs, c’est à oublier. Parmi tous ceux qui doivent engouffrer au moins 50 % de leur revenu dans le loyer, les groupes parmi les plus mal-pris sont sans surprise :

• les 160 420 personnes seules, qui avaient un revenu médian de 9 976 $ en 2010 ;

• les 17 840 ménages immigrés récemment (depuis 2006), qui avaient un revenu médian de 8 149 $ en 2010.

• les 29 065 ménages dont le principal soutien financier est une jeune personne âgée entre 15 et 24 ans, lesquels avaient une revenu médian de 7 989 $ en 2010. . »5

Au lieu de donner des baisses d’impôts le gouvernement du Québec pour lutter efficacement contre la pauvreté devrait s’attaquer à la situation du logement et créer des logements sociaux. Mais la réalité est tout autre.

« Or, depuis 1994, Québec et Ottawa n’investissent plus un sou dans le développement de nouveaux logements publics (c’est-à-dire les HLM). Pourtant, la Société d’habitation du Québec dénombrait au 31 décembre 2014 pas moins de 40 260 ménages inscrits sur les listes sur 27 d’attente des Offices municipaux d’habitation, dont 24 526 sur la seule liste de l’Office municipal d’habitation de Montréal.

Quant au logement communautaire, le soutien de Québec et d’Ottawa reste nettement insuffisant :

• Depuis 2015, les investissements du gouvernement Couillard ne visent à développer que 1500 nouveaux logements coopératif et sans but lucratif, par année, pour tout le territoire. Pire, il a réduit les subventions disponibles pour réaliser ces projets. Les coops et les OSBL doivent livrer leurs unités avec les mêmes montants de subvention qu’en 2009 ; cela les retarde évidemment, voire les fait avorter.

• Si depuis leur arrivée au pouvoir, les Libéraux de Justin Trudeau ont rehaussé les investissements fédéraux dans le domaine du logement, ceux-ci restent marginaux, ne représentant que 0,7 % des dépenses budgétaires du gouvernement canadien. Qui plus est, les sommes versées par Ottawa aux provinces pour le logement abordable ne sont pas spécifiquement dédiées, même pas en partie, au logement social ; elles peuvent notamment servir à subventionner les entrepreneurs privés, pour faire du logement dit « abordable », dont le loyer dépasse les 1000 $ par mois.

Au final, au regard de la proportion du nombre de logements sociaux sur l’ensemble du parc de logements, le Canada se retrouve au 16e rang de 24 pays membres de l’OCDE que l’Organisation a étudié en 2015, après la Corée du Sud et Malte.  » 6

L’accès au logement

En plus d’avoir accès à des logements abordables, la population doit aussi avoir accès tout court à des logements décents.

« De fait, le nombre de ménages ayant des besoins impérieux de logement a augmenté de près de 7 % au Québec entre 2006 et 2011, pour atteindre 348 485, selon des chiffres provenant de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). » 7

La frénésie du logement ARBNB a augmenté la rareté des logements. Les touristes deviennent une manne facile et lucrative.

« Selon les données compilées par Airdna, 2427 annonces de locations étaient actives à Québec en août 2017, un nombre deux fois plus élevé qu’en septembre 2016. La majorité de ces annonces concernent des logements entiers (63%). Depuis un an, en moyenne, les hôtes d’un logement entier ont empoché un revenu médian mensuel de 1 529 $. En août 2017, 90% des annonces ont été réservées au moins une fois et ont obtenu un taux d’occupation de 92%. » 8

Le gouvernement du Québec va bientôt sortir son plan de lutte à la pauvreté. Sans un réel volet logements sociaux, le plan sera inefficace. Le logement fait partie des besoins essentiels. Et avoir un logement décent et abordable est un droit citoyen de première instance. Par chance, nous vons des organismes qui revendiquent du logement social.

« Investir dans le développement de nouveaux logements sociaux, de manière à réduire significativement le nombre de ménages ayant des besoins impérieux de logement. Le FRAPRU évalue que le financement de 50 000 logements sociaux en 5 ans, sous la forme de coopératives, d’OSBL d’habitation, mais aussi de nouveaux HLM, permettrait d’atteindre cet objectif. »9

Restons vigilants et vigilantes lors du dévoilement du plan d’action et continuons à nous mobiliser pour lutter réellement contre la pauvreté.

Chloé Matte Gagné

Notes
1.Le FMI met en garde contre l’endettement des ménages, Éric Desrosiers, Le Devoir 14 oct 2017 p. B1-B2

2. Le revenu des ménages québécois parmi lesplus faibles au pays La province affiche toutefoir le taux de pauvreté infantile le plus bas après l’Alberta, Mylène Crête, Le Devoir. 11 sept 2017, p… B1-B2

3.http://www.frapru.qc.ca/wp-content/uploads/2015/03/Femmes-logement-et-pauvrete.pdf p. 3

4.idem 1

5.2017/mr/23 — Mémoire du FRAPRU au Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (suivre) Page 15

6. 2017/mr/23 — Mémoire du FRAPRU au Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (suivre) Page 17

7.http://www.frapru.qc.ca/wp-content/uploads/2017/02/Me%CC%81moireBudget2017.pdf p. 2

8. tract Ensemble contre l’hôtellerie illégale Bail et com pop St jean Baptiste 25 octobre 2017

9.http://www.frapru.qc.ca/wp-content/uploads/2017/02/Me%CC%81moireBudget2017.pdf p. 11

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