Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Asie/Proche-Orient

Péninsule coréenne : un pas en direction d’une paix durable ?

Le sommet intra-coréen du 27 avril pourrait bien être considéré comme historique. La déclaration Panmunjom signée par Kim Jong-un et Moon Jae-in signifie clairement une transition de la Corée vers la coexistence pacifique, ce qui est salué par toutes et tous, sauf les anticommunistes hystériques les plus fous, au niveau national et international.

Tiré de Europe solidaire sans frontière.

Ainsi, pour l’heure, le sommet de Kim-Trump, prévu fin mai ou début juin, est censé finaliser l’accord entre les dirigeants du Nord et du Sud. Dans la mesure où Kim Jong-un a confirmé sa volonté de dénucléariser et de mettre fin aux hostilités entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, Donald Trump n’a d’autre choix que d’accepter l’accord entre ces deux Etats. De plus, la réponse de Trump, basée sur les réunions de Kim-Pompeo, semble ouvrir un espoir élevé concernant la possibilité d’un compromis mettant fin à l’antagonisme entre la Corée du Nord et les Etats-Unis.

Sommet historique et espoir

Le sommet a été un énorme succès pour les gouvernements du Nord et du Sud de la Corée, transformant la crise en une opportunité pour mettre en œuvre la paix et la coopération mutuelle. Son meilleur résultat a été d’éliminer le sentiment d’état critique de guerre qui a dominé toute la nation coréenne l’an dernier.

Selon une dernière enquête d’opinion, en Corée du Sud, 82,4% des réponses sont satisfaites du résultat du sommet et 78,9% le sont de l’accord de dénucléarisation. En conséquence, le taux d’approbation de la gouvernance de Moon Jae-in est passé à 79,4%.

Par ailleurs, le taux de soutien au principal parti d’opposition a chuté à seulement 12%, alors que Hong Joon-pyo avait sévèrement critiqué tous les aspects du sommet et du gouvernement Moon. Les calomnies démagogiques de Hong se sont en fait avérées politiquement suicidaires et il est maintenant confronté à des critiques jusque dans les rangs de son propre parti.

Comme chaque minute du sommet a été télévisée, l’espoir de paix est perçu comme réel et le soutien de la majorité absolue de la population une réalité. Ainsi, heureusement pour tous, la voie de la paix et de la coopération est grande ouverte. Juste après le sommet, l’armée sud-coréenne a supprimé le système de propagande le long de la DMZ [zone démilitarisée] et les Nord-Coréens ont ajusté leur fuseau horaire sur celui de la Corée du Sud, qui avait adopté celui du Japon après la libération du colonialisme japonais. Cette mise en œuvre rapide des points convenus confirme l’authenticité de l’accord intra-coréen.

Le succès de Kim Jong-un

En tant que jeune dictateur, Kim Jong-un a d’abord consolidé son pouvoir en interne, allant même jusqu’à tuer son oncle-mentor et son propre frère. Puis, il a lancé un ambitieux pari externe, face aux États-Unis, tirant une série de missiles et menant des tests d’armes nucléaires. Face à l’énorme pression internationale qui suivit, il a rebattu ses cartes et a opéré un tournant inattendu de négociation pacifique.

Ce tournant de Kim Jong-un a permis d’améliorer la relation de la Corée du Nord avec la Corée du Sud, et le sommet avec Xi Jin-ping a également rétabli une relation amicale avec la Chine, le plaçant dans une position extrêmement favorable. Surtout, sa déclaration inattendue et unilatérale de dénucléarisation le mois dernier a ouvert la voie à une solution pacifique à l’état de guerre.

Ainsi, en vue du prochain sommet Pyongyang-Washington, Donald Trump se retrouve plutôt sur la défensive et les faucons, hostiles, au sein de son administration sont désormais marginalisés. Surtout, l’unilatéralisme de Trump a considérablement diminué sa légitimité, par exemple, sa révocation de l’accord nucléaire entre l’Iran et les États-Unis. Par conséquent, Trump est maintenant occupé à essayer de sauver la face, et toute opposition venant de l’intérieur concerne les aspects techniques, pas l’essence.

En un sens, le pari de Kim Jong-un a parfaitement fonctionné. Sa guerre verbale avec Trump s’est brusquement transformée en un coup de diplomatie très médiatisé, prenant les autres à contrepied. Maintenant, il a juste fait un pas en avant sur sa « nouvelle histoire ».

Le dilemme de Staline et l’unification « light »

En ce moment, du fait particulièrement du grand espoir de paix, Kim Jong-un est sans aucun doute un héros populaire, qu’il soit aimé ou pas, tout comme Joseph Staline après la victoire de la Seconde Guerre mondiale – sans lui, la victoire sur le nazi Hitler aurait été impossible.

A en juger par la consolidation du règne monolithique de Kim, la Corée du Nord semble suivre la voie de la modernisation de la Chine, qu’elle soit socialiste ou capitaliste. Il contrôlera le processus d’ouverture économique et de développement, en appelant à un énorme soutien de ses anciens ennemis.

Cependant, le problème est de savoir ce qui se passera après la paix durable. La Chine actuelle serait-elle le miroir de ce qui pourrait advenir en Corée du Nord dans un proche avenir ?

Fait intéressant, les Sud-Coréens deviennent plus réalistes, car la coexistence pacifique et la coopération mutuelle se rapprochent. Le discours de la réunification nationale est remplacé par celui de l’unification light, beaucoup de gens s’inquiétant de ce que, au cours de ce processus, les problèmes qui se sont produits après la réunification allemande puisse se répéter ici.

En ce moment, cependant, personne ne pense au sort des citoyens ordinaires de la Corée du Nord, bien qu’il soit clair que le capitalisme sud-coréen et la bureaucratie nord-coréenne seront les bénéficiaires du processus et non pas les personnes qui ont le plus souffert de la division et de l’antagonisme national, et ce bien que l’avenir de la Corée dépendra d’eux.

En conclusion - pour quelle paix ?

La fin officielle de la guerre et l’établissement de la paix dans la péninsule coréenne sont absolument bienvenus pour tous les Coréens et pour leurs voisins. Lorsque l’objectif sera consolidé à partir d’une série de sommets, la péninsule coréenne sortira du régime de division nationale historiquement le plus cruel de la guerre froide.

Cependant, l’entrée des deux Corée comme « pays normal » restera toujours capitaliste, d’un type ou d’un autre. Le problème ultime du sommet a été que, dans le cadre de l’accord entre les dirigeants, les gens du peuple ont été complètement exclus. Ils n’ont jamais été consultés de quelque manière que ce soit.

Sur ce point crucial, malheureusement, le rôle de la classe ouvrière, des mouvements sociaux et de la gauche radicale a été au mieux minime. Relégués au rang de simples spectateurs, ils n’ont impulsé aucune intervention significative durant la crise. Ni le mouvement pour la paix ni la lutte anti-impérialiste n’ont été organisés pour revendiquer la paix dénucléarisée ou durable.

Cependant, la paix imminente n’est pas stable, tant il existe d’obstacles, et la contrainte structurelle de la géopolitique pèse toujours sur la péninsule. Ainsi, la lutte pour une paix réelle et une pleine démocratisation est un enjeu d’importance à l’échelle de la péninsule et de toute l’Asie orientale. Bien que le contexte soit différent, des leçons doivent être tirées des échecs passés et une nouvelle dynamique d’émancipation doit être imaginée et préparée.

Won Youngsu
Forum international en Corée

* Traduction Pierre Rousset.

Won Youngsu

Auteur coréen.

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Asie/Proche-Orient

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...