Édition du 18 décembre 2018

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Planète

Plastique : un monde fascinant et inquiétant dont on se serait bien passé…

Pierre-Olivier Lemire est doctorant en génie des ressources, UQTR. | Source : Le point, www.cs3r.org, - volume 38, numéro 2, octobre 2018

L’étendue du problème

Les scientifiques des universités de Géorgie et de Californie ont publié dans la revue Science Advances en 2017, un inventaire mondial des matières plastiques entre 1960 et 2015. On y apprend que l’humanité a produit plus de plastique au cours des dix dernières années que pendant tout le 20e siècle. Cet inventaire estime que la production était de 15 millions de tonnes en 1960, et a augmenté de manière exponentielle pour se fixer à plus de 300 millions de tonnes aujourd’hui. Cela équivaut physiquement au poids de l’ensemble de la population humaine. Aujourd’hui, on estime la production de plastique à environ 10 tonnes par seconde, et environ la moitié de cette production sert aux emballages à usage unique (sacs, bouteilles, récipients, etc.). Ces produits sont maintenant partout et font partie intégrante de notre vie quotidienne. Les scientifiques estiment que la production annuelle de plastique devrait doubler d’ici 2040.

Selon l’ONU, la production cumulée de plastique entre 1950 et aujourd’hui aurait été de 8-9 milliards de tonnes de plastiques. Sur ce tonnage impressionnant, moins de 9% ont été récupérés et recyclés, 12% ont été incinérés et 79% se sont accumulés quelque part dans la nature, dans les décharges, rivières et océans où 8-9 millions de tonnes de plastiques sont déversées chaque année. La pollution plastique du milieu naturel est un véritable désastre collectif et bien peu de décideur-e-s réalisent l’ampleur et la gravité de la situation. Le problème est que la quantité de déchets plastiques est en constante croissance et que nous n’avons pas vraiment de stratégie claire à l’échelle collective ni de modèle industriel efficace pour récupérer et recycler les vieux plastiques.

La Chine, grand recycleur de plastiques, stoppe ses importations

Depuis plusieurs décennies, les pays riches exportaient la plupart de leurs déchets plastiques vers la Chine. Cette dernière payait les frais de transport, de triage et de recyclage des matières, pour les utiliser en général dans son secteur manufacturier. Cependant, depuis décembre 2017, la Chine refuse les plastiques de basse qualité et contaminés issus des pays étrangers. Le pays sélectionne maintenant les plastiques les plus intéressants, et les quantités ont été fortement réduites. Les scientifiques de l’étude suggèrent que la politique chinoise d’arrêter l’importation de près de la moitié du plastique recyclable dans le monde déplacera environ 111 millions de tonnes métriques de déchets plastiques d’ici 2030. De ce fait, les pays développés n’auront d’autre choix que d’investir dans de nouvelles usines de traitement, d’enfouir leurs déchets recyclables et/ou d’exporter le plastique vers les pays en développement qui n’ont pas les installations nécessaires pour traiter ses importations supplémentaires.

Le cycle de vie du plastique finit trop souvent dans les océans

Fin 2017, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) sonne l’alerte en évoquant une « crise planétaire ». Selon le chef de l’agence de l’ONU, la situation nécessite une « action urgente » pour que les océans ne se transforment pas en une « soupe de plastique ». Selon celui-ci, d’ici 2050, il y aura plus de masse de plastique dans les mers que de poisson. « Nous ruinons l’écosystème de l’océan », affirme la coordonnatrice de la division des écosystèmes marins et côtiers aux Nations unies.

Selon un rapport du Helmholtz Centre for Environnemental Research en Allemagne, datant de la fin 2017, 90% des déchets plastiques présents dans les océans proviennent de dix fleuves, parmi les plus grands du monde, en Asie et en Afrique. Huit d’entre eux sont en Asie, le Yang Tsé et le fleuve Jaune en Chine, le fleuve de l’Amour en Russie et en Chine, le Mékong en Asie du Sud-Est, le Gange et l’Indus en Inde et au Pakistan, ou encore le Nil en Égypte et le fleuve Niger en Afrique. Ce sont ces fleuves à qui incombe la plus large responsabilité de la pollution plastique des océans. Plusieurs raisons expliquent l’importance des pollutions plastiques dans ces fleuves. Le bord de ceux-ci sont très peuplés et traversent souvent des régions pauvres, ou les déchets ne sont ni collectés ni recyclés. Les fleuves les plus polluants sont aussi ceux avec le plus grand débit car en transportant plus d’eau vers l’océan, ils transportent plus de plastiques.

Le fleuve Saint-Laurent n’est pas non plus épargné par cette pollution. Encore peu documenté, des recherches menées par une équipe de l’Université McGill a néanmoins découvert une grande concentration de microbilles de plastique dans le fleuve St-Laurent. Ce sont tous les cours d’eau, qu’ils soient québécois ou d’ailleurs, qui sont menacés par le plastique, et avec eux, la biodiversité qu’ils hébergent. Notre limitation de sac de plastiques, ou même des pailles en plastique, suffira-t-elle vraiment à enrayer cet engrenage ?

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