Édition du 18 septembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

7 février 2018

Points de mire : Des mobilisations fructueuses nourrissent l’espoir !

Dans ces points de mire, Presse-toi à gauche présente synthétiquement des éléments d’analyses d’articles publiés dans l’édition de la semaine et explicite ses partis-pris sur les points d’actualité et les débats en cours. Points de mire, pour bien marquer où nous voulons en venir !

Mobilisation pour la sécurité des soins

Le témoignage d’Émilie Ricard, jeune infirmière de l’Estrie, sur les conditions de travail des infirmières a eu un écho majeur. Le premier ministre Philippe Couillard et son ministre de la Santé Gaétan Barrette n’ignoraient pas cette situation. Elle découlait de leurs politiques  : « ..., ces dernières années, on a chambardé les établissements, on a réduit le personnel pour s’occuper des http://www.pressegauche.org/A-bout-...malades, ce qui a augmenté la charge de surveillance et de soins à apporter, diminué la capacité et la disponibilité des soignant.e.s pour le faire, de même que la qualité pouvant y être consacrée, augmentant les risques d’erreurs, d’incidents, d’accidents, tant pour les malades que pour le personnel. ». Ils sont pourtant les responsables de la situation de surcharge de travail reposant sur le dos des infirmières-ers. Ces messieurs ont dû le reconnaître. Maintenant, ils font encore des promesses. Mais, comme l’écrit Nancy Bédard, présidente de la FIQ : « Pour que les choses bougent, il faut nous unir, nous concerter et nous mobiliser. N’hésitez pas à faire entendre votre voix et à vous impliquer dans les actions syndicales de votre établissement. Vous pouvez également remplir le formulaire de soins sécuritaires pour dénoncer les situations aberrantes que vous vivez. Enfin, la population est également invitée à ajouter sa voix au chapitre en partageant, dans le Livre noir de la sécurité des soins, les situations de surcharge de travail et de manque d’effectifs dont elle a été témoin et qui ont pu affecter les soins prodigués dans le réseau de la santé. »

Un antiracisme politique est nécessaire

Dans son texte intitulé, À propos de la peur qui rôde, Pierre Mouterde pose la nécessité de dépasser la peur et esquisse les voies de ce dépassement : « En somme plus qu’à des appels moraux –guère efficaces— nous enjoignant collectivement à ne pas être intolérants ou racistes, c’est à une action politique collective audacieuse sur laquelle il serait souhaitable de se concentrer ; une action politique qui tout en reprenant à son compte les frustrations et mécontentements souterrains qui taraudent la société, chercheraient à les orienter dans un projet de transformation sociale positif fondé sur les principes de la souveraineté et l’égalité sociale. »

Mais il faut comprendre cette peur, ces paniques identitaires. Pour nourrir cette compréhension, nous publions l’introduction du livre Paniques identitaires [1], qui essaient d’explorer les fondements de cette peur dans nos sociétés à l’étape actuelle.

Mais face, aux reculs de nos élites politiques sur la question du racisme systémique et de la lutte contre l’islamophobie, il faut comprendre les fondements de ces derniers et la nécessité de la défense d’un antiracisme politique. [2]

Le recul de Philipppe Couillard sur la tenue d’une Commission d’enquête sur le racisme systémique sous les pressions de Jean-François Lisée et de François Legault démontre les limites de leur antiracisme. Les militant-e-s antiracistes qui avaient demandé la tenue de cette commission ont dû ravaler leurs aspirations à la justice et à l’égalité. Le refus de la tenue d’une Journée contre l’islamophobie sous prétexte que le mot islamophobie prêtait à interprétation est un autre exemple de la mauvaise foi de ces chefs politiques. Comment ont-ils justifié leurs positions ? Ils ont fondé leur posture de négation du caractère systématique des discriminations racistes en prétendant qu’affirmer la réalité du racisme systémique c’était condamner l’ensemble du peuple québécois et le stigmatiser comme raciste et islamophobe. Pourtant, parler de racisme systémique, ce n’est pas décrire une population pour lui prêter des caractéristiques précises dans une démarche essentialiste. Parler de racisme systémique, c’est pointer les mécanismes sociaux qui contribuent à la reproduction des discriminations racistes précises : inégalité devant l’accès à l’emploi ou à la promotion, inégalité salariale sur la base de son appartenance nationale ou religieuse, inégalité dans l’accès au logement pour ces mêmes motifs. C’est éclairer la formation de paniques identitaires qui font des populations stigmatisées comme musulmanes des cibles de discours et d’actes haineux pour leur appartenance culturelle particulière.

Logique avec le point de vue individualiste et libéral, les négateurs du racisme systémique font des discriminations le produit de telle ou telle personne raciste qui souffrirait d’une pathologie de la personnalité ou d’étroitesse d’esprit. Pour ce qui est des personnes discriminées, la droite est rapide à rejeter la responsabilité sur elles les discriminations qu’elles vivent. Vous êtes, leur dit-on, les principaux responsables de ce qui vous arrive. Faites la preuve de votre volonté de vous intégrer, ne soyez pas trop revendicateurs, et vous ne serez pas l’objet de discriminations et de stigmatisations.

Il faut rompre avec ces analyses culturalistes qui font dominer la question des mentalités sur la réalité des discriminations racistes. Elles empêchent de pouvoir saisir la réalité. Le racisme est un produit historique qui évolue avec l’histoire. Comme discours et comme pratique, le racisme cherche à justifier l’établissement de rapports de domination et d’exploitation. Le racisme a servi à justifier la traite des esclaves qui s’est étendue sur des siècles. Il a couvert les comportements génocidaires des conquérants européens de l’Amérique, de l’Afrique et de l’Asie. Une analyse sérieuse du racisme doit prendre comme point de départ la fonctionnalité économique et sociale des discriminations dans le partage des richesses.

Aujourd’hui, le racisme antimusulman, l’islamophobie, trouve son origine dans la recherche d’une justification des guerres impérialistes qui visent une recolonisation du Moyen-Orient afin de s’emparer des richesses naturelles de ces régions, particulièrement les richesses pétrolières et gazières. La justification de ces guerres de rapines a été de présenter ces guerres comme une guerre de civilisations et les populations de ces régions comme porteuses de valeurs régressives et néfastes. Le premier résultat de ces guerres a été la destruction de ces sociétés et le développement de migrations pour chercher à échapper à l’enfer créé par ces guerres. Ces migrations ont permis l’exacerbation de la concurrence entre les travailleuses et les travailleurs de différentes origines pour un emploi ou pour des biens rares. Telle est la base matérielle de l’accroissement des discriminations actuelles. Que la cible de ces discriminations soit les personnes en provenance de différents pays de l’Afrique du Nord ou du Moyen-Orient découle essentiellement des besoins de justification de ces guerres de rapines et de ses conséquences sur les processus migratoires. Les causes de ce racisme islamophobe ne sont pas en train de dépérir. Au contraire, avec la perspective d’une guerre sans fin , avancée par Bush, Trump et cie, les sources de ce racisme vont continuer à semer leurs conséquences néfastes ici comme là-bas.

C’est pourquoi, l’antiracisme libéral de certains secteurs - d’autres secteurs sont ouvertement ou hypocritement racistes- des élites économiques et politiques de nos sociétés est somme toute impuissant et mensonger. Il y a une articulation claire entre la défense de ses intérêts par la classe dominante et le développement du racisme contre des populations déterminées dans des périodes historiques précises. Ces éléments de l’oligarchie régnante appellent aux bons sentiments et à l’ouverture à l’autre, mais ils cherchent à faire oublier que ce sont les politiques impérialistes concrètes qu’ils mènent sur la scène nationale comme internationale qui sont à la source du renforcement des pratiques et des discours racistes.

C’est pourquoi commel’écrit Saïd Bouamama : « L’antiracisme moral et de compassion ne peut être d’aucune aide dans le contexte contemporain. Seule la compréhension de la dimension politique du racisme et de l’antiracisme prenant en compte les causalités matérielles internes et externes peuvent permettre de faire reculer « la bête immonde ». Le racisme est une construction étatique liée à l’ultralibéralisme et aux nouvelles guerres coloniales et non une « haine » ou un « rejet » ancré dans une soi-disant « nature humaine ». L’antiracisme « fraternaliste » pour reprendre une expression d’Aimé Césaire ne nous sera d’aucune utilité non plus. Il débouche sur une euphémisation des enjeux et sur un rapport paternaliste à l’égard des victimes du racisme qui est désormais refusé par les premiers concernés. Seule l’auto-organisation des premiers concernés c’est-à-dire des personnes racisées dans le cadre d’une alliance égalitaire avec les forces sociales et politiques progressistes est susceptible de permettre une reprise de l’offensive. Enfin l’antiracisme général ne désignant pas les cibles et visages contemporains du racisme (islamophobie, négrophobie et Romophobie) est également condamné à l’échec. »

Si le racisme a des composantes idéologiques, il n’est pas d’abord la conséquence de mentalités particulières, mais s’exprime dans des pratiques discriminatoires précises. Et c’est bien ces dernières qu’un antiracisme politique doit identifier pour mieux combattre. Comme la source du racisme est liée aux intérêts de l’oligarchie dominante, la plus radicale autonomie du mouvement antiraciste face à ces élites doit être défendue jusqu’au bout.

Les femmes qui se mobilisent contre la violence qui leur est faite sont en train de changer l’ordre du monde

Aux États-Unis le mouvement #MeToo connaît de multiples rebondissements. Nous publions ici et ici un important échange entre des militantes féministes impliquées dans différents secteurs du mouvement des femmes. « #MeToo a transformé ce que beaucoup de personnes, y compris de nombreuses femmes, acceptaient comme faisant partie du bruit de fond de la vie des femmes – ce que signifie être une femme dans cette société, en particulier une femme au travail. Pendant des décennies, supporter le fait d’être pelotée, supporter les blagues sexistes et des questions personnelles intrusives et sexualisées était le prix payé par les femmes pour être au travail. Maintenant, cela est contesté de façon très fondamentale. »

Le reportage de Radio-Canada sur l’impact du mouvement #Me Too en Suède montre l’impact de transformation radicale que porte ce mouvement international qui n’a pas fini de secouer le vieil ordre patriarcal.

«  Depuis fin décembre, des Iraniennes se prennent en photo, têtes nues, leur voile au bout d’un bâton brandi en l’air, en plein espace public, et postent la photo sur les réseaux sociaux.(…) Ce mouvement montre la vitalité de la société iranienne et surtout le rôle central de la femme. Ôter le voile, ce n’est pas s’extraire de la religion, mais c’est s’extraire des normes restrictives, s’affranchir de l’étouffement de la société. C’est donc un acte courageux, mais aussi rempli de symbole pour la société iranienne d’aujourd’hui. »

Mais les Iraniennes sont également impliquées dans les mobilisations contre une politique gouvernementale « erronée qui aggrave la pauvreté, les inégalités, la fracture sociale et accentue la pression sur de vastes pans de la population. » Elles ont publié une déclaration contre le fait que soient traînées dans la boue les manifestations pacifiques contre le régime.


[1Paniques identitaires. Identité(s) et idéologie(s) au prisme des sciences sociales, Éditions du Croquant, Vulaines-sur-Seine 2017, 198 pages

[2Voir le livre de Saïd Bouamama, Les discriminations racistes : une arme de division massive, l’Harmattan, 2010.

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