Édition du 19 juin 2018

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Québec

Pour des élections non-discriminatoires : entretien avec Éric Émond

Cette semaine, un collectif a fait publier une lettre ouverte dans Le Devoir pour s’insurger contre le fait qu’on permettra désormais que des citoyens.nes puissent se porter candidats même s’ils portent des couvre-chefs pour des raisons religieuses (hidjabs, turbans, kippas, etc.).

Tiré du blogue de l’auteur.

D’après le collectif, on « mine le long cheminement vers la laïcité de l’État », rien de moins. La laïcité doit-elle être synonyme de discrimination envers celles et ceux dont l’appartenance religieuse est plus visible que d’autres ?

Pour répondre au collectif, j’ai pensé y aller sous forme de dialogue avec Éric Émond – chef du parti CINQ – qui fut l’un des premiers instigateurs de la démarche visant à permettre à toutes et à tous de participer aux élections provinciales.

XC : Bonjour M. Émond, depuis 1989, pour plusieurs, il n’est plus possible au Québec de se présenter aux élections provinciales, en raison d’un règlement stipulant que l’on doit fournir une photographie obligatoire à « tête découverte ». Comment s’est enclenché le processus de contestation de cette règle ?

Émond : C’est parti d’un meeting, fin 2017, auquel participaient tous les « partis émergents » de la scène provinciale. Le chef du Parti vert, Alex Tyrrell, avait demandé au président si le règlement était toujours en vigueur, car l’une de ses candidates (Fatimata Sow) avait dû renoncer à se présenter en 2014, à cause de la photo.

J’ai alors posé 4-5 questions au président Pierre Reid, car j’estimais que ça contrevenait à la Charte des droits et libertés. En plus ça pourrait discriminer autant les personnes qui se couvrent la tête pour des raisons religieuses que médicales.

XC : Pourquoi une personne voilée (avec un simple hidjab) ne pourrait pas se porter candidate ? C’est partout comme ça ?

Émond : Absolument pas, le pire c’est que même au Québec, quand il y a les élections municipales ou fédérales, il n’y a pas cette clause là.

XC : Il me semble que l’aspect discriminatoire est évident. Par exemple un gars comme Jagmeet Singh ne pourrait pas se présenter, lui qui est rendu chef du NPD, ainsi que cinq députés fédéraux, dont le ministre de la Défense.

Émond : Imaginez si une candidate merveilleuse comme Malala Yousafzai – prix Nobel de la paix – était bloquée juste à cause d’un signe religieux. Et surtout c’est contre la Charte des droits et libertés.

XC : Comment ont réagi les grands partis politiques, ont-ils participé activement au processus ?

Émond : C’est d’abord Alex Tyrrell et moi qui avons démarré les démarches, en contactant Ève Torres de Québec solidaire (et impliquée dans l’organisme LaVOIEdesfemmes). Elle a ensuite fait un travail formidable pour faire avancer le dossier auprès de la Commission des institutions et du DGEQ.

XC : On entend Jean-François Lisée affirmer que ce sera aux électeurs de décider. Mais on ajoute aussitôt que « le Parti québécois ne croit toutefois pas qu’il aura de tels candidats dans ses rangs étant donné l’existence d’une politique interne qui commande la réserve sur le port de signes religieux » (Le Devoir, 13 mars).

Émond : On ne peut pas attendre grand-chose de Lisée qui a surpassé Alexandre Cloutier (dans la course à la chefferie) en jouant la carte de la peur des musulmans. Il était 15 points derrière Cloutier et, en misant là-dessus, a terminé plus de 15 points devant…

XC : Maintenant que le règlement a été adopté à l’unanimité de tous les partis et entrera en vigueur le 22 mars, un collectif crie au non-respect de la laïcité. Les signataires y voient une reddition devant les intégristes :

Émond : Totalement absurde ! C’est Alex Tyrrell et moi qui avons parti ce bal-là. On cède devant les intégristes ? AUCUN groupe religieux n’est intervenu. On défend la Charte des droits et libertés pour tout le monde et ça inclut Mme Benhabib et les autres.

XC : En lisant sur les revendications de ce « Rassemblement pour la laïcité », on remarque qu’il prône l’interdiction des signes religieux dans toute la fonction publique et même pour les enfants sur les bancs d’école :

Émond : Ils propagent l’intolérance et l’incompréhension de l’autre. On doit vivre avec autrui, en connaissant son voisin. Pour faire avancer l’acceptation, il faut fréquenter des écoles multiculturelles (quand c’est possible), ça ouvre l’esprit et ça fait disparaître les peurs infondées (terrorisme, gangs de rue, etc.).

XC : Aviez-vous rencontré d’autres opposants.es durant le processus ?

Émond : Pas du tout. Ce sont eux seulement, ils sont venus en retard et j’en reviens pas que Le Devoir les ait publiés.

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