Édition du 11 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Pour honorer Martin Luther King jr travaillons à en finir avec le capitalisme qui nourrit le racisme

Le 4 avril 2018 est la date anniversaire de l’assassinat du Dr. M. L. King jr. C’est un moment tout désigné pour mettre en lumière le fait que M. King comprenait la profondeur de la violence d’État et connaissait les effets des politiques dans de nombreuses sphères (sociales).

Barbara Ransbyi, Aimslinn Pulleyii,
Alternet.org, 4 avril 2018
Traduction, Alexandra Cyr

Note : Ce texte, a d’abord été publié sur le site Truthouth et Alternet, a reçu la permission de le publier sur son site. N.d.t.

Un an avant sa mort, il déclarait : « Je ne pourrai jamais m’élever contre la violence des opprimés.es sans d’abord avoir expliqué clairement que le plus grand pourvoyeur de violence dans le monde actuel est mon propre gouvernement ».

Il est facile de pointer des individus comme étant des « loups solitaires », des « policiers.ères pourris.es » même si d’une certaine façon c’est vrai. Ce sont des personnes qui pressent rapidement sur la gâchette, mais le problème est bien plus profond. Les forces policières détiennent un énorme pouvoir quand il s’agit d’utiliser la force contre les civils.es qu’elles perçoivent comme menaçants.es ou encore dont la vie leur est indifférente. L’État les autorise à utiliser la force et ferme les yeux en leur permettant de tuer sans raison et en toute impunité.

L’anniversaire de la mort de M. L. King sera souligné un peu partout dans le pays. À Chicago, où nous vivons, la Coalition, Resist, Reimagine, Rebuild, (3R) et des groupes affiliés organisent un ralliement au Daley Center de la ville pour mettre en évidence l’héritage radical du Dr. King et rendre hommage à ceux et celles qui ont combattu à ses côtés.

Nous allons lier le legs de M. L. à nos possibles actions de résistance à l’actuelle violence d’État galopante contre les Noirs.es. Dans le grand Chicago, nous avons dénombré beaucoup de ces cas pour lesquels il n’y a jamais eu d’enquête. Exemple tragique : Decynthia Clements tuée par un tir de la police sur l’autoroute alors qu’elle était dans une voiture en feu et qu’on pensait qu’elle était suicidaire. Également, le cas douteux de Bettie Jones et Quintonio LeGrier tués tous les deux le lendemain de Noël 2015 alors que Q. LeGrier était en vacances chez ses parents et avait appelé le 911 en demandant de l’aide. Le chef de police de Chicago ne pense pas que le policier qui les a tués doit être congédié.

Cela est arrivé aussi en Louisiane. Les deux policiers qui ont arrêté Alton Sterling, qui l’ont maîtrisé au sol et lui ont tiré dans la poitrine ne sont pas poursuivis, même si l’opération a été enregistrée sur vidéo. A. Sterling vendait des CD à l’arrière de son auto. Personne ne sera tenu responsable (de sa mort). Beaucoup de groupes et de personnes sont impliqués dans ces injustices : des individus ont pressé la gâchette, mais ils bénéficient de la protection de politiques et de pratiques des élus municipaux, des syndicats de policiers.ères, d’avocats.es et de juges.

Plus récemment, à Sacramento, Stephon Clark, 23 ans, a été tué de 20 balles dans l’arrière- cour de sa grand-mère ; cela nous a semblé si familier. Ici, à Chicago, près de chez-nous, en 2014, le jeune Laquan McDonald a été tué de 16 coups de feu dans une ruelle sombre de la ville. Pendant longtemps, personne en autorité ne s’en est ému jusqu’à ce que des militants.es les obligent à faire au moins semblant de s’en occuper. Ces deux jeunes appartenaient à la classe ouvrière pauvre ; cet élément est important dans l’héritage du Dr. King.

Il est mort en soutenant la grève des éboueurs (de Memphis) un travail sale et dangereux pour un pauvre salaire. Cette grève, qui l’avait amené à Memphis au printemps 1968, avait été déclenchée par la mort de deux travailleurs écrasés par leurs camions. Le parallèle avec les événements actuels peut se poursuivre : quelques jours avant la visite de M. L. King, Larry Payne, un jeune noir non armé, avait été tué par la police aux cours d’une manifestation à Memphis, on le suspectait de pillage. Il n’y a jamais eu de preuve de sa culpabilité et sa famille insiste pour dire qu’il était innocent et, même s’il avait été coupable, tuer quelqu’un pour une poignée de biens volés dans un magasin est moralement condamnable à tous égards.

Exactement un an avant sa mort, le Dr King a déclaré : « Je suis convaincu que si nous voulons nous retrouver du bon côté de la révolution mondiale, nous, comme nation, devons procéder à un renversement radical de nos valeurs… Nous devons rapidement passer d’une société attachée aux biens à une société orienter vers les personnes ». Il pointait là la logique fondamentale du capitalisme racial qui continue à dévaloriser des vies par rapport à d’autres.

L’exigence de la fin de la violence policière va de pair avec celle que met à jour l’appel de MeToo à propos de la violence sexuelle, à celle des élèves et étudiants.es qui demandent des écoles sécuritaires et la fin du programme de la NRA sur les armes, celle des groupes d’aide et de défense des immigrants.es pour que cessent les opérations violentes contre ces personnes et leurs expulsions, celle de la lutte contre l’islamophobie et l’antisémitisme, celle de la fin des attaques vicieuses contre les LGBTQ, celle pour que des services adéquats et permanents soient fournis aux handicapés.es, celle du mouvement pour que les États-Unis cessent de soutenir la violence du gouvernement israélien contre la bande de Gaza et celle du mouvement qui lutte pour la fin de la guerre contre la planète à travers les changements climatiques. Nos luttes locales font partie de ce grand tableau. Une société attachée aux personnes mettrait en lumière la valeur de tous ces mouvements.

À Sacramento, les militants.es ont protesté contre le meurtre de S. Clark dans les rues, lors d’événements sportifs et à la mairie. Hier, le chapitre de Black Lives Matter Global Network de la ville a publié un appel de soutien aux ralliements commémoratifs de l’assassinat du Dr King partout au pays. Celui de la Coalition 3R aura lieu à la Daley Plaza à Chicago ; on y exprimera notre soutien aux 30 organisations de la Coalition et à leurs partenaires dans la ville. BYP100 fait partie de ces groupes ; il travaille avec la National Alliance Against Racist and Political Repression pour étendre la campagne en faveur des politiques de refuge à la Campaing for a Civilian Police Accountability Council, à Assata’s Daughters (un groupe intergénérationnel de femmes noires de Chicago n.d.t.) et NoCopAcademy. Nous avons besoin d’une large coalition qui mettra ses efforts à combattre non seulement la violence de rue, celle dans les écoles et la violence sexuelle, toutes inquiétantes dans nos communautés, mais également la violence d’État qui prend la forme de la violence policière, la violence économique à tous les niveaux. Il faut aussi combattre les positions militaristes (de l’actuelle administration) sur la scène internationale.

50 ans après l’assassinat de M. L. King au balcon du motel Lorraine, où en sommes-nous ? Les policiers.ères qui tuent des Noirs.es le font toujours en toute impunité ; il n’y a pas d’accusations, donc pas de verdicts de culpabilité. 50 ans après, l’incarcération de masse, le désinvestissement dans les quartiers noirs, les fermetures d’écoles, le chômage, la ségrégation et les inégalités dans l’accès au logement et aux soins de santé continuent d’être une plaie. (…). À tous ceux et celles qui ont été tués.es, brutalisés.es, terrorisés.es et torturés.es, à toutes nos communautés qui souffrent, nous devons dire « Plus jamais ça » !

Notes

1. B. Ransby est historienne, auteure et militante de longue date. Elle est Professeure émérite des études afro américaines, de genre et des femmes. Elle enseigne l’histoire à l’Université de l’Illinois à Chicago.

2. A. Pulley est une organisatrice de Black Lives Matter à Chicago. Elle y a fondé un chapitre. Elle fait aussi parti de nombreuses autres organisations culturelles, féministes et économiques. Elle est la fondatrice et la créatrice d’un magazine pour les jeunes des villes, Underground Philosophy.

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