Édition du 17 octobre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur les politiques d’alliance

Pour un Québec solidaire ici comme ailleurs ! Préparons-nous au marathon au delà de 2018 !

 
Guillaume Manningham, militant socialiste,
membre de QS-Sherbrooke et travailleur de la santé

1) Le PQ et le PLQ ; deux acteurs de la Révolution tranquille et architectes du capitalisme néolibéral et néocolonial.

Je suis de la génération de la grève étudiante en 2005 où je militais au Cégep de Sherbrooke avec l’ASSÉ dans une atmosphère imprégnée des luttes précédentes contre le projet de la ZLÉA (Zone de libre-échange des Amériques à l’avantage des riches, du nord surtout...) et du Sommet des Amériques à Québec en 2001. Ces luttes altermondialistes ont été au cœur de la création de l’ASSÉ tout comme la lutte contre la taxe à l’échec au collégial a été une grande campagne en éducation où le capitalisme néolibéral tel un rouleau-compresseur détruisait les acquis de haute lutte.

Les capitaines de cette opération au service de leurs contacts hauts placés et au détriment de la vaste majorité ont eu comme nom Lucien Bouchard et Jean Charest. Tous deux anciens députés et ministres sous Brian Mulroney, le progressiste-conservateur de Baie-Comeau défendant Trump aujourd’hui, qui a eu une victoire historique au Québec en 1984 avec l’appui du PQ de René Lévesque et son beau risque de réformes du fédéralisme canadien. De plus et surtout à mon avis, le PQ et son nouveau Québec inc. s’enlignaient pour soutenir le libre-échange avec les États-Unis, puis avec le Mexique, sous Jacques Parizeau et Bernard Landry. Ce n’est pas la patrie avant les partis, mais plutôt la patrie des affaires privés avant les intérêts de la majorité laborieuse avec un nationalisme pour coller le tout. Non seulement les chômeurs et chômeuses et laissé-es pour compte ont été attaqué par les politiques libérales et péquistes, mais ils ont été les partis ayant fait une place au capital québécois du côté des dominants nord-américains en maintenant la dépendance néocoloniale.

Rappelons entre autres que le PQ a augmenté le salaire minimum de façon plus minime que le PLQ lors de ces derniers mandats et que la réforme à l’aide sociale était très agressive, et ce après les carrés rouges de 2012. Les films L’erreur boréale et Bacon ne sont pas nés lors de mandats libéraux, mais bien péquistes selon la logique d’exportations et d’agrobusiness sacrifiant le territoire et niant les droits des peuples autochtones. Défendre les ressources naturelles et le territoire dans une véritable alliance de nation à nation avec les Premières nations c’est plus exigeant pour le Québec inc. par rapport à mettre de l’avant une Charte xénophobe, raciste, sexiste et islamophobe. Si les péquistes défendent encore aujourd’hui leur bilan du déficit zéro et de la défense des multinationales et de l’évasion fiscale en le justifiant par les réformes progressistes instaurées par leurs gouvernements passés, il faudrait appliquer la même médecine au Parti libéral du Québec. Avec ses réformes de la Révolution tranquille sous Jean Lesage et son ministre des Ressources naturelles René Lévesque et aussi avec Robert Bourassa avant que le cycle du capitalisme avancé se fissure jusqu’à aujourd’hui avec la crise nous verrons que l’assurance-maladie est un gain libéral comme la loi anti-scab pour le PQ. Tout cela en laissant de côté le facteur principal, c’est-à-dire la lutte de libération ouvrière, nationale et féministe de ces années qui ont fait pression à l’offensive pour changer le Québec, mais de façon partielle et temporaire avant une contre-offensive du capital et de ses élites dès le début des années 1980. Une discussion avec des profs ayant vécu-es la coupe imposée de 20% de leurs salaires sous une Loi spéciale par Lévesque en 1982 en dit long sur le rôle néolibéral du PQ.

2) 2012 et le PQ récent : petits rappels pour une mémoire des luttes

J’ai participé et soutenu le magnifique mouvement de 2012, mais cette fois-ci comme travailleur et militant à Montréal. Le bandit Charest avait été obligé de convoquer des élections anticipées en jouant sa dernière carte face à l’ampleur, la durée et l’intensité de la lutte des classes au Québec comme on ne l’avait pas vu depuis le Front commun de 1972 et certaines grèves devenues politiques comme à La Presse en 1971. Plusieurs ont été déçu-es avec raison que le gouvernement péquiste minoritaire de 2012 non seulement soit si timide dans ses réformes notamment sur l’augmentation de l’impôt des plus riches, la mise en place de redevances aux minières et une promesse de gel des frais de scolarité qui remisait la gratuité scolaire dans les limbes, mais qu’il ait renoncé à appliquer plusieurs d’entre elles car le système financier et son élite arrogante menaçait le gouvernement québécois de décote financière et de fuite de capitaux. Je n’étais pas surpris. C’était le juste retour des choses.

Il aurait pu en être autrement avec des mouvements sociaux, entre autres le mouvement du travail avec les syndicats organisés, démocratiques et combatifs, qui continuent les luttes sous différentes formes et qui mettent de la pression davantage que les élites. Comme une force politique et sociale organisée qui se dynamise et s’alimente mutuellement dans une combinaison pour favoriser une progression, une meilleure organisation et une meilleure conscience des enjeux pour les luttes et les défis à venir. Ces mouvements s’articuleraient avec une direction politique courageuse qui soit au service des travailleurs et des travailleuses ce qui n’a jamais été le cas du PQ. Personne n’en doute ; Pauline Marois est plus à l’aise dans sa Ferrari et dans son condo de millionnaire du Vieux-Montréal que dans la rue avec une casserole. André Boisclair tout comme Lucien Bouchard ont utilisé leur passé nationaliste et « progressiste » pour défendre le pillage des compagnies gazières et pétrolières tandis que PKP incarne un antisyndicalisme virulent et une aristocratie crasse du Québec inc. que le projet de pays ne peut camoufler à moins d’être emporté par une fièvre nationaliste irrationnelle. Fidèle à son histoire pratique validée, le souci social-démocrate et environnemental du PQ dans l’opposition a disparu une fois arrivé au pouvoir. Le PQ a soutenu la SQ réprimant les Innus sous sa gouverne en 2013 et son silence était complice des arrestations de masse qui se déroulaient contre le droit de manifester dans les rues de Montréal où l’application dure de P-6 signifiait la poursuite de la Loi spéciale dans la métropole. Les carrés rouges au Parlement portés par les péquistes en 2012 étaient déjà loin derrière tout comme les beaux discours écologistes. Souvenons-nous en quand Jean-François Lisée fait des contorsions pour séduire l’électorat caquiste et solidaire. Je me souviens tel est la devise de notre patrie il paraît.

3) Marchons sur nos deux jambes pour le processus d’accumulation de forces

Avec le bagage de ces expériences et l’étude approfondit d’autres expériences de luttes comme celles du Printemps 2015 en milieu étudiant et la lutte syndicale du secteur public, je crois que la gauche militante ne peut ignorer les limites des luttes pour des revendications immédiates et les illusions autonomistes sur le spontanéisme des masses pour changer le système exploiteur capitaliste et mettre fin aux oppressions. Regardons l’état de la lutte des classes au Québec en dehors des milieux militants, surtout étudiants et montréalais, et nous verrons qu’il y a beaucoup de chemin à faire pour que la lutte politique émancipatrice soit présente dans la vie des gens y compris ceux et celles qui sont les plus exploitées et opprimées.

Il est nécessaire de compter sur nos deux jambes pour progresser et faire évoluer cet état de choses dans une perspective de marathon et non de sprint pour 2018 avec comme but uniquement plus de sièges aux élections. C’est-à-dire d’une part renforcer et soutenir l’organisation des mouvements sociaux (syndical, populaire, féministe, écologiste et étudiant) et d’autre part de construire une unité, une synthèse politique qui rassemble les forces de gauche véritables et honnêtes dans un parti qui soit au service de ces mouvements avec un fonctionnement démocratique. Ce terrain politique passe entre autres par les élections malgré le système parlementaire qui n’est pas démocratique : un gouvernement peut régner en majoritaire avec une minorité de voix, la corruption par l’argent, les trafics d’influence et les lobbys puissants et avec les médias dominants n’aidant pas à y voir clair avec une information de fond plutôt que du spectacle et de la démagogie. Toutefois, c’est l’organisation même de l’État pour défendre coûte que coûte le droit à la sacro sainte propriété privée des moyens de productions qui constitue l’obstacle devant nous après une victoire électorale et c’est là également que réside la nécessité d’avoir construit cette alliance dynamique avec les mouvement sociaux qui pourront bâtir un nouveau pouvoir dans ce processus où il y a des avancées et des reculs, des victoires et des défaites. Où la conscience politique globale progresse à travers de nombreuses expériences pratiques faites d’essais, de succès et d’erreurs. Tout l’histoire de la lutte des classes nous l’enseigne depuis la Première Guerre mondiale jusqu’à Syriza en Grèce. Tout projet politique qui exclut d’envisager de nationaliser démocratiquement les banques, le système financier, les grandes industries et les ressources naturelles en alliance avec les Premières nations ne peut « promettre » de changements véritables et n’est pas en ce sens de gauche. Pour réaliser un tel projet, il faudra plus que des députés et une ligne de communication bien évidemment d’où l’importance de mouvements sociaux forts.

La réalité de notre système capitaliste où la réelle démocratie signifie une action, un vote dans les grandes décisions qui orientent l’évolution économique de la société bien au delà de l’égalité juridique citoyenne joue comme un mirage. Globalement, nous donnons rarement notre vote et cela se déroule dans des conditions adverses une fois aux quatre ans. Cet obstacle majeur depuis la Seconde Guerre mondiale explique en partie qu’en Europe et en Amérique du nord, toutes les expériences de gauche élues, sans exceptions, communistes, socialistes, social-démocrates jusqu’à Syriza se sont butées à transformer véritablement le système politique et socio-économique et ce sont plutôt fait transformer et acheter par ce système. Ces gouvernements ont géré le capitalisme avec quelques maigres réformes progressistes, mais aussi et surtout avec des coupures massives et des attaques aux travailleurs et aux travailleuses et les plans d’austérité comme en Grèce. Les autres gouvernements élus mettant en application leurs programmes avec courage notamment en Amérique latine ont subi le terrorisme et la doctrine de sécurité nationale sous des dictatures capitalistes avec l’exemple chilien d’Allende et du général Pinochet.

Cela est d’autant plus vrai dans la phase de crise du capitalisme à l’échelle mondiale depuis le milieu des années 1970 accentuée depuis 2008 où il semble quasi-impossible d’améliorer les conditions de vie de la majorité des populations et où on se limite sous la pression des mouvements sociaux à limiter les attaques. Toutes les politiques de ces gouvernements de gauche dans les pays riches se sont basées sur le maintient des privilèges de ces pays du centre, petits, moyens et grands impérialistes dans leurs rapports avec les pays du Sud, du Tiers-Monde, périphériques. Cela s’est traduit entre autres avec le maintien des dettes illégitimes et néo-coloniales envers ces peuples pour étouffer leurs marges de manœuvre et accentuer leurs dépendances, l’exploitation éhontée de leurs forces de travail dans les usines et dans les champs pour servir la consommation des centres et le pillage de leurs ressources naturelles et énergétiques avec une violence qui s’est perpétuée avec par exemple la Françafrique de Mitterand, Chirac, Sarkozy et Hollande. Sans parler de l’insertion du complexe militaro-industriel pour occuper et bombarder des pays et en ce sens le Québec est partie prenante de ce secteur à haute valeur ajoutée. Ce rapport de domination explique les privilèges d’une couche importante de la population et c’est sur la base matérielle de ce rapport que ces pays regardent ce qu’ils ont à perdre et non à gagner d’un nouveau système, le Québec inclut. Tant que ne surgit pas une crise profonde où le chômage et la vie chère sur fond de guerre interimpérialistes nous rappellent l’instabilité chronique et perpétuelle du capitalisme sans même aborder la question écologique urgente pour le 21e siècle. Il ne s’agit pas d’être plus à gauche en paroles, mais conséquent en faits dans un échange franc avec la population.

Notre patrie c’est l’humanité disait le grand révolutionnaire et patriote cubain José Marti. Tout nationalisme issu des pays riches qui écarte ces perspectives pour se réfugier dans une affirmation nationale identitaire pour conserver des privilèges et diviser les exploité-es se voit projeter dans un néofascisme qui augmente sa force en occident sous une fausse contestation du système. Trump et Le Pen en sont l’incarnation, mais aussi des forces internes importantes existent dans le Parti conservateur du Canada et au sein du PQ et de la CAQ. Toute négociation ne peut se dérouler sans principes de bases clairs là-dessus. Oui à une ouverture à échanger avec ON, mais aussi avec le PVQ et surtout les mouvements sociaux dévou-ées et les Premières Nations. Les gens honnêtes de gauche au sein du PQ feront leur cheminement et conséquemment quitteront ce navire qui coule. Nous devons aider à clarifier les enjeux politiques du moment pour notre marathon au delà de l’échéance de 2018 toute importante soit-elle comme étape de ce processus. L’option A le permet tandis que l’option B embrouille notre proposition politique.

Pour un Québec solidaire ici comme ailleurs !
Pour un socialisme démocratique émancipateur !

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