Édition du 23 mai 2017

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Syndicalisme

Entrevue avec Alexandre Joly, président du Syndicat des employés de magasin et de bureau de la SAQ (SEMB-SAQ)

Privatisation de la SAQ : Il y a loin de la coupe aux lèvres

2017/03/20 | article tiré de l’Aut’journal

Périodiquement, les mains sales du patronat tentent de s’approprier l’un des plus beaux fleurons du gouvernement du Québec, soit la Société des alcools du Québec (SAQ). Suite à une demande d’accès à l’information, il semblerait que le ministre des Finances aurait en sa possession des documents sur une future privatisation de la SAQ.

En entrevue à L’aut’journal, Alexandre Joly, président du Syndicat des employés de magasin et de bureau de la SAQ (SEMB-SAQ), explique que « la SAQ doit rester une société d’État pour plusieurs raisons. D’abord du point de vue économique, la SAQ assure la souveraineté économique du Québec et assure une stabilité dans toutes les régions québécoises. Lorsque la crise financière de 2008 est arrivée, une des raisons pour laquelle le Québec s’en est si bien tiré, c’est un peu grâce à ses sociétés d’État ».

« La SAQ a aussi une mission sociale vis-à-vis de la substance, qu’est l’alcool. Ce n’est pas une bonne idée de laisser ça entre les mains du privé », d’ajouter Alexandre Joly.

Les régions souffiraient de la fin du monopole de la SAQ. En effet, l’entreprise privée miserait sur les vins les plus vendeurs et diminuerait la diversité sur les tablettes. De nombreuses succursales seraient fermées dans les régions éloignées au profit du service en ligne. Or, les frais d’expédition annuleraient les supposées baisses de prix.

Selon Alexandre Joly, « l’avantage du monopole de l’État est d’offrir une diversité des produits dans toutes les régions du Québec et de ne pas avoir la pression de la vente à tout prix des bouteilles pour avoir un roulement des stocks. Les produits, la qualité et les prix sont les mêmes, peu importe que l’on soit en Gaspésie, en Abitibi ou au Saguenay. C’est impossible que le privé assume ça de la même façon ».

L’argument en faveur d’une telle privatisation est une baisse du prix du vin. Pour économiser un ou deux dollars par bouteille, les partisans de la privatisation de la société d’État oublient que celle-ci verse annuellement plus d’un milliard de dollars dans les coffres de l’État.

« Les gens pensent qu’une taxe sur les bouteilles de vin compenserait les revenus après une privatisation. Lorsqu’on regarde l’exemple de l’Alberta, le gouvernement albertain n’a pas obtenu les mêmes revenus depuis qu’ils ont privatisé le commerce de l’alcool », d’ajouter M. Joly.

En entrevue au journal La Presse, Gaétan Frigon, l’ex-PDG de la SAQ de 1998 à 2002, a déclaré que lorsque « le privé a eu le droit de vendre de l’alcool, il a toujours ‘‘fuckaillé’’ ça. Dans les années 70, les épiciers ont pu vendre du cidre. Ils vendaient l’espace sur les étagères, ils exigeaient des caisses gratuites, des rabais en dessous de la table. Ça a duré trois ou quatre ans, ils ont tué le marché et ils n’en vendent plus ».

Aussi néfaste qu’une privatisation, la libéralisation de la vente de l’alcool ferait en sorte que l’entreprise privée concurrencerait la société d’État et occuperait les secteurs les plus rentables et laisserait ceux moins rentables à la SAQ.

En janvier dernier, la direction de la SAQ a annoncé la mise à pied de 190 cadres et employés non syndiqués. Cette nouvelle a fait moins de bruit que celle du retrait des drapeaux du Québec à l’extérieur des succursales de la SAQ.

« En écoutant le ministre des Finances dire qu’il regarde tous les scénarios, privatisation ou libéralisation, on comprend que cela fait partie d’une forme d’intimidation pour faire en sorte que l’on fasse des concessions en retour de l’abandon d’un tel projet », de conclure M. Joly.

La convention collective des quelque 5500 employés de magasins et de bureaux de la SAQ se termine le 31 mars prochain. Elle était d’une durée de 7 ans (2010-2017).

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