Édition du 11 décembre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Arts culture et société

Proust, Marcel. 1999. À la recherche du temps perdu. Paris : Gallimard, 2408 p.

Cette brique comporte sept romans : Du côté de chez Swann ; À l’ombre des jeunes filles en fleurs ; Le côté de Guermantes ; Sodome et Gomorrhe ; La Prisonnière ; Albertine disparue et finalement Le temps retrouvé. Elle se déploie sur plus de 2400 pages. J’ai mis trois étés (2015, 2016 et 2017) pour la parcourir de la première à la dernière page.

C’est en arrivant au cinquième roman (en 2017), que je me suis réellement senti happé par cette magistrale création littéraire. Nous sommes indiscutablement en présence ici d’une oeuvre qui figure bien haut sur la liste des livres obligatoires à lire dans les programmes d’études universitaires en littérature.

Il y a dans ce livre plus de cent personnages. Il est question de la mémoire, des sensations associées aux madeleines trempées dans une tasse de thé, des souvenirs autour du chemin des aubépines, de l’amour, de la passion, de la jalousie, de l’incommunicabilité entre les sexes, des vices de certaines personnes qui vivent dans le fastueux, des rapports entre l’aristocratie et la bourgeoisie, etc..

Proust a incontestablement un style d’écriture polyphonique (il imite plusieurs styles). Les phrases sont souvent d’une longueur inhabituelle. Les subordonnées sont très abondantes. La trame narrative est loin d’être linéaire. Malgré ces remarques, mentionnons que l’auteur démontre une maitrise hors du commun quand il joue avec le temps, le passé, l’époque et l’espace. Le tout se tient à merveille.

L’ouvrage commence avec la phrase suivante : « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. » Vous mettrez plusieurs pages avant de comprendre pourquoi il en est ainsi. C’est à travers l’exploration de son exceptionnelle mémoire « intérieure » que le narrateur nous plonge dans sa démarche introspective débordante en sentiments humains. Le rapprochement qu’il effectue entre des instants éloignés a pour effet d’abolir le temps. La lectrice et le lecteur s’engagent dès lors dans quelque chose qui s’apparente à l’intemporel.

Au terme de ma lecture, je continue toujours à méditer autour de certaines phrases dont celle-ci : « Mais nous nous représentons l’avenir comme un reflet du présent projeté dans un espace vide, tandis qu’il est le résultat souvent tout prochain de causes qui nous échappent pour la plupart » (p. 1844). Comme dirait l’autre, l’avenir est dans le futur, mais précisons ceci : il n’y a qu’un avenir très incertain pour la futurologie !

Yvan Perrier

Yvan Perrier

Yvan Perrier est professeur de science politique depuis 1979. Il détient une maîtrise en science politique de l’Université Laval (Québec), un diplôme d’études approfondies (DEA) en sociologie politique de l’École des hautes études en sciences sociales (Paris) et un doctorat (Ph. D.) en science politique de l’Université du Québec à Montréal. Il est professeur au département des Sciences sociales du Cégep du Vieux Montréal (depuis 1990). Il a été chargé de cours en Relations industrielles à l’Université du Québec en Outaouais (de 2008 à 2016). Il a également été chercheur-associé au Centre de recherche en droit public à l’Université de Montréal.
Il est l’auteur de textes portant sur les sujets suivants : la question des jeunes ; la méthodologie du travail intellectuel et les méthodes de recherche en sciences sociales ; les Codes d’éthique dans les établissements de santé et de services sociaux ; la laïcité et la constitution canadienne ; les rapports collectifs de travail dans les secteurs public et parapublic au Québec ; l’État ; l’effectivité du droit et l’État de droit ; la constitutionnalisation de la liberté d’association ; l’historiographie ; la société moderne et finalement les arts (les arts visuels, le cinéma et la littérature).

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