Édition du 19 septembre 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

QS et PQ : comment répéter ce qu’on vise à remplacer

« … Mais pour réaliser cette société, la souveraineté est essentielle. On ne peut penser prendre le contrôle de nos richesses naturelles et de nos institutions en laissant l’État fédéral et les multinationales nous imposer leur volonté ».
(André Frappier, dans l’édition de Presse-toi-à-gauche du 27 juin 2017)

À chaque fois que j’entends ce genre de choses, et je les ai entendues souvent depuis 40 ans, je me demande : mettons que je vis à Moncton, à Winnipeg ou sur une réserve amérindienne, et que j’aimerais moi-aussi voir mise en place, un jour, le genre de société que souhaite André Frappier – une société où le peuple n’est pas à la merci des compagnies minières ni des pétrolières, où chaque personne se sent incluse, etc. – je fais quoi, alors ? Je crée un parti qui prône de faire des pays distincts avec l’Acadie, avec le Manitoba et avec chacun des territoires que les nations amérindiennes considèrent les leurs historiquement ? Je propose de tenir, dès notre prochain mandat, donc sous le même régime économique qu’actuellement, c’est-à-dire sous le capitalisme, une constituante commune à tous ces territoires pour décider où seront fixées exactement les frontières des nouveau pays en question ? Y compris des frontières qui couperaient le nouveau pays Québec en douze morceaux et d’autres qui lui passeraient par-dessus la tête, par exemple si les Terre-neuviens décidaient de jumeler leur nouveau pays avec celui des Ontariens ? Et puis je souhaite que, suite à une dizaine de référendums tenus from coast to coast, gagnés tout au plus à 51% pour un certain nombre, dont celui du Québec très certainement, les transitions de constitution se fassent dans la tranquillité, sans aucune violence alimentée par qui que ce soit ? En espérant que tout cela soit fini après une année ou deux pour qu’on s’attaque ensuite, dans la cohésion totale, à régler le cas des multinationales ?

Parallèlement à tout cela, je prône qu’il se crée 1200 nouveaux pays sur la planète, un pour chaque groupe national ayant une langue distincte de celle de ses anciens oppresseurs, et ce, même si cette langue et leur culture ne sont aucunement menacées de disparaître durant le prochain demi-siècle ? 1200 pays supplémentaires, qui se concurrenceront férocement les uns les autres…afin d’attirer les multinationales chez eux plutôt que dans le pays voisin !

Ou encore, je fonde une cinquième Internationale dont la seule mission serait de supporter l’édification de la société idéale alors en voie d’instauration sur le territoire québécois ?

Les décisions récentes de Québec solidaire remettent en lumière, à mon humble avis, que de placer sur le même pied les inconvénients du fédéralisme canadien et ceux du capitalisme fait en sorte qu’aucun des deux ne sera remplacé dans un avenir prévisible : la séparation du Québec, mathématiquement, ne pourra jamais se faire sans une alliance de groupes ayant des intérêts économiques et sociaux différents, voire antagoniques ; c’était le projet du PQ, il a failli réussir, par la peau des dents, et si QS garde le projet d’indépendance dans son programme, il devra tôt ou tard répéter la même stratégie…avec les mêmes résultats, fort probablement. De même, atteindre les objectifs sociaux qu’évoque André Frappier, c’est-à-dire ni plus ni moins remplacer le capitalisme par autre chose, même sur cette petite portion de la planète qui s’appelle actuellement la province de Québec, sera impossible sans une alliance solide de toutes les personnes qui partagent cet objectif. Sans une alliance avec des gens comme moi, quoi, ainsi qu’avec ces nombreux jeunes que la séparation laissent soit indifférents, soit méfiants, non parce que le PQ la leur a mal vendue, contrairement à l’hypothèse d’André Frappier, mais tout simplement parce qu’ils aimeraient bien résoudre un certain nombre de problèmes réels de leur époque, non d’en créer de nouveaux ni de tourner en rond sur des anciens.

J’invite donc Québec solidaire à ne pas essayer d’enliser une autre génération dans ce cul-de-sac. Il me semble qu’une génération, cela aura suffi.

Yves Rochon, Montréal, juin 20017

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