Édition du 9 octobre 2018

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Qu’est-ce que ça veut dire prendre sa place dans un débat de coqs ?

D’entrée de jeu soyons clair-e-s. Il y avait quatre coqs dans la basse-cour : 3 chefs de partis et un animateur passif. Une caricature dans Le Soleil montrait les trois chefs habillés en Vicking, en chevalier et en joueur de football tandis que Manon Massé était vêtue simplement. Cela voulait tout dire.

On peut donc s’interroger sur les objectifs d’un tel débat : un gros show ou un acte citoyen et politique. Pourtant nombre de citoyens et citoyennes attendent ce moment pour se faire une idée et choisir pour qui voter. L’enjeu pour tous les partis politiques est donc crucial.

Débattre c’est combattre ?

On peut se poser la question si débattre est un combat d’idées ou un échange entre les différents partenaires. Les citoyens et citoyennes vont-ils mieux comprendre les idées de celui ou celle qui va parler le plus fort, être agressif, parler par-dessus les autres, couper la parole ?

C’est ce qu’a fait Jean François Lisée avec le plus de brio. Résultat personne ne sort gagnant de ce débat mais on a décerné à monsieur Lisée une légère avance.

Monsieur Legault lui aussi a joué le rôle du combattant pour attaquer monsieur Couillard y compris en remettant un candidat libéral en cause…. ce qui n’avait rien à voir avec le débat. Résultat, il a conservé son influence selon les médias.

Monsieur Couillard a aussi joué au coq mais pour défendre sa basse cour... son bilan de 15 ans de pouvoir. Résultat c’est lui qui, en étant trop sur le défensive, perd quelques plumes.

Le débat des chefs est un combat de coqs que l’animateur a laissé aller : intervenant un peu lors des cacophonies crées par monsieur Lisée, Legault ou Couillard. Un coq passif qui laisse les coqs faire : qui les cautionne.

Échanger et discuter au lieu de débattre ?

Peut-on imaginer autre chose qu’un combat de coqs ? Peut-on penser que les chefs puissent avancer leurs idées et leur argumentation dans le respect de chaque personne participante en accordant, par exemple, un peu plus de temps de réponse que 45 secondes ? Peut-on penser que tout le monde s’écoute et répond réellement aux questions posées ? Peut-on espérer une personne qui anime en rétablissant et répartissant, tout au long du débat, le temps de discussion ?

Cela est possible mais cela demande une sensibilisation à une réelle approche d’échange. L’esprit de combat pour une victoire finale doit être mise au rancart. Ce qui doit devenir l’objectif c’est l’approche pédagogique pour permettre aux citoyens et citoyennes de faire un choix éclairé.

Manon n’a pas pris sa place ?

Manon Massé avait des objectifs précis : faire connaître les positions de QS entres autres sur l’environnement et la transition écologique, sur la gratuité scolaire des CPE au doctorat, sur le 15 $ l’heure et sur l’indépendance du Québec.

C’est ce qu’elle a fait et elle l’a bien fait.

Elle l’a surtout fait avec ses valeurs féministes. En échangeant avec les autres chefs, en posant des questions et EN ÉCOUTANT. Résultat, elle a été perçue comme n’ayant pas pris sa place dans le débat.

Elle n’a pas pris sa place parce qu’elle n’a pas agi en coq et que le coq animateur ne l’a pas aidée en faisant taire les piaillements et en l’invitant à parler. Après tout, elle n’avait qu’à parler plus fort et s’imposer n’est-ce pas monsieur Roy ?

Au point de presse, Manon a mentionné l’importance pour un chef ou une cheffe de savoir écouter. Mais cela est passé sous silence, n’a pas été retenu car cela ne fait pas partie des valeurs et des conceptions d’un débat de coqs.

Ce qu’il faut voir dans ce style d’émission, c’est clairement le fonctionnement patriarcal des échanges : un rapport dominant qui veut s’imposer et mettre l’image de l’homme fort, du leader charismatique comme seule option à l’image du pouvoir. Quant, à la fin, Manon a mentionné que le temps non pris démontrait sa place comme femme, c’est ce qu’elle illustrait. La politique reproduit ce fonctionnement de domination masculine. Il ne faut donc pas se surprendre si les femmes ne s’impliquent pas facilement en politique. Tout est fait pour qu’elles s’en éloignent : pouvoir masculin dominant ; harcèlement sexuel ; pas de conciliation famille, travail, implication citoyenne ; responsabilité moindre ou circonscription de troisième zone.

Des femmes ont commencé à être des modèles pour d’autres femmes : Lise Payette, Monique Gagnon Tremblay, Fatima Houda Pépin, Marie Grégoire, Pauline Marois, Françoise David et maintenant Manon Massé. Résultat, de plus en plus de femmes acceptent de se présenter comme candidates. Toujours, depuis 2006, QS a eu la parité dans ses candidatures, et maintenant cela fait des petits à la CAQ.

Le modèle de pouvoir machiste commence à montrer des fissures. Il faut poursuivre cette fracturation.

Mais le réel changement de mentalité ne pourra prendre forme sans un changement social profond car c’est la domination patriarcale profondément enracinée dans l’exploitation capitaliste qui est ici mis en cause. Pour s’en convaincre, juste à regarder les statistiques de la place des femmes dans le milieu des affaires, dans les responsabilités de cadres ou de membres de conseil d’administration.

Alors reposons-nous la question : Qu’est-ce que ça veut dire prendre sa place dans un débats de coqs ?

Réponse : c’est faire ce que Manon a fait en accord avec ses valeurs féministes : défendre le programme de QS, être respectueuse et écouter ses adversaires.

Manon, la vraie gagnante du débat ...c’est toi... comme modèle pour toutes les femmes.

Chloé Matte Gagné

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