Édition du 17 octobre 2017

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Quand l’IEDM parle à tort et à travers

Vous vous demandez comment pourrir le climat en éducation au Québec ? Demandez à l’Institut économique de Montréal (IEDM) ! Encore une fois, sans se baser sur aucune étude ou connaissance du terrain, l’IEDM veut semer la bisbille en ramenant l’idée selon laquelle il faudrait rémunérer les membres du personnel enseignant « au mérite », selon des critères arbitraires mal définis. Il y a aussi cette idée qui flotte comme quoi notre système d’éducation serait rempli d’enseignantes et enseignants incompétents qui hanteraient nos écoles et nos centres de formation.

Bon an mal an, ces idéologues aguerris ressortent cette « conclusion » des boules à mites pour tenter de faire entrer l’école publique dans le moule de la logique du marché.

Une réflexion à deux sous

Dans un brûlot publié cette semaine, Germain Belzile, chercheur associé senior, et Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques, affirment qu’il faudrait payer les membres du personnel enseignant en fonction de leur « performance » auprès des élèves. En bref : plus d’argent pour les « meilleurs » et moins d’argent pour ceux obtenant de « mauvais résultats ».

Cette idée était mauvaise la première fois qu’elle a été évoquée et, contrairement aux bons vins, elle ne s’améliore pas avec l’âge.

La réussite ne dépend pas que des enseignantes et enseignants

Premièrement, voici une évidence : les élèves ne sont pas tous pareils et n’apprennent pas tous de la même manière. Il est impossible de standardiser l’apprentissage et même l’évaluation de cet apprentissage.

Par ailleurs, le type d’enseignement n’est pas le seul facteur dans la réussite des élèves. L’accès aux ressources spécialisées, l’implication des parents et de la communauté dans le projet-école, le ratio maître-élève, la présence en nombre suffisant de membres du personnel de soutien pour épauler l’équipe-école dans sa mission, l’environnement social dans lequel l’élève évolue (situation de pauvreté, environnement familial, santé globale, etc.), tous ces facteurs (et bien d’autres !) entrent en ligne de compte dans la réussite éducative. Pénalisera-t-on les enseignantes et enseignants pour le manque d’investissement dans nos écoles publiques ? Ce serait absurde et contre-productif !

Pour l’IEDM, « il existe peu d’incitations à offrir un enseignement de qualité aux élèves ou à s’améliorer ». Comme si les intervenantes et intervenants de l’éducation au Québec n’avaient pas à cœur la réussite éducative des élèves comme objectif en soi. Comme si leur seule motivation était salariale. C’est extrêmement insultant pour le personnel qui se donne corps et âme pour nos élèves chaque jour.

Les méchants syndicats

Bien entendu, les « chercheurs » de l’IEDM ne se sont pas non plus gênés pour blâmer les syndicats de l’enseignement. Ils affirment ceci en entrevue à La Presse canadienne :

On veut que les écoles aient la latitude, que les gens qui sont sur le terrain, qui voient ce qui se passe, qui connaissent les besoins de leur clientèle soient en mesure d’y répondre adéquatement. Avec le système actuel, ils sont souvent pris dans des labyrinthes bureaucratiques et des blocages des syndicats.

Et bien, une simple recherche Google aurait permis à nos deux comparses (chercheurs de profession dois-je le rappeler !) de constater que cette autonomie professionnelle et cette latitude sont constamment revendiquées, justement, par les organisations syndicales en éducation. D’ailleurs, cela a été l’objet de nos interventions lors des consultations du ministre Proulx sur la réussite éducative.

Les syndicats de l’enseignement ne sont pas des « empêcheurs d’innover en rond » comme voudrait les dépeindre l’IEDM. Ils sont plutôt les porte-voix des préoccupations de leurs membres, et ces derniers ont d’abord et avant tout l’intérêt de leurs élèves à cœur.

Quand l’idéologie rend aveugle

Le personnel de l’IEDM ferait bien d’enlever ses œillères idéologiques quand vient le temps de parler de choses aussi importantes que l’éducation et la réussite éducative des élèves du Québec. Parce qu’à force de dire n’importe quoi, on nuit au débat.

Louise Chabot

Présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) (depuis 2012)

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