Édition du 13 novembre 2018

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Canada

Quand les avocats des nonos perdent patience

La dernière déclaration de Justin Trudeau au sujet des « nonos qui se promènent avec une patte de chien sur le t-shirt », aussi anecdotique soit-elle, a eu comme premier mérite de révéler au grand jour la relation symbiotique qui lie la confrérie des chroniqueurs de la haine au groupuscule La Meute.

Tiré de onjase.org

Cette mise à nu des réseaux dormants de La Meute au sein des médias grand public est en soi une étape importante pour la compréhension du phénomène de l’islamophobie ou, plus précisément, pour comprendre l’allergie qu’ont certains objecteurs de conscience par rapport à l’usage du vocable islamophobie pour décrire les discriminations qui affectent certains citoyens en raison de leur foi.

Cette semaine, Denise Bombardier, Joseph Facal, Nathalie Elgrably-Lévy, Mathieu Bock-Côté et Sophie Durocher ont consacré leur chronique à défendre indirectement l’honneur souillé de La Meute. Avec un art consommé et une hargne digne de militants en mission, ils et elles se sont livrés à un véritable exercice de funambules aguerris pour essayer de nous convaincre que l’islamophobie est dans l’ordre naturel des choses, que la peur du musulman est une peur rationnelle, voire justifiée.

L’entourloupette ici est exécutée avec une maestria sans pareille. On affirme ne livrer bataille qu’aux méchants islamistes, mais dans les faits, on passe son temps à décrire les communautés musulmanes comme des incubateurs de terroristes, de véritables nids de vipères qu’il faut surveiller sans relâche. « Tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais tous les terroristes sont des musulmans, et comme tout musulman qui se respecte porte en lui les graines de cet islam conquérant et prosélyte, la peur du musulman n’est plus une phobie irrationnelle, mais une peur rationnelle et objective. »

Passons en revue l’argumentaire loufoque et fallacieux des idéologues bénévoles de l’extrême droite :

« Nous ne pouvons pas comparer l’islamophobie à l’homophobie, parce que les homosexuels n’égorgent pas, ne font pas exploser des bombes dans nos villes, ne tuent pas nos citoyens à coups de hache, de kalachnikovs ou de camions bélier. » Nous voici donc devant un constat construit sur l’amalgame, la culpabilité par association et la suspicion. La même technique est utilisée par Donald Trump pour désigner tous les Mexicains et les Latinos comme des criminels et des violeurs de femmes. Le même raccourci est utilisé pour considérer tous les Italiens comme des mafiosos potentiels. Comble de l’ironie, la même tromperie a été utilisée par la GRC pour espionner et contrôler les souverainistes, tous les souverainistes du Québec, parce qu’ils comptaient en leur sein des poseurs de bombes et des terroristes. Les mêmes chroniqueurs s’ingénient pourtant à nous dire que le racisme systémique n’existe pas, parce que le comportement répréhensible d’un groupe ne peut aucunement être attribuable à toute une société.

« Le concept d’islamophobie a été inventé pour nous empêcher de critiquer l’islam et nous museler. » Il est important ici de rappeler que cet argument a été utilisé également durant le débat sur la motion 103 condamnant l’islamophobie présentée à la Chambre des communes. On nous disait alors qu’avec l’adoption d’une telle motion, on perdrait une partie de notre liberté d’expression. Certains ont même prétendu qu’une telle motion, une fois adoptée, donnerait le droit aux musulmans d’attaquer en justice toute personne qui oserait critiquer l’islam. Nous savons tous et toutes aujourd’hui que l’adoption de cette motion n’a rien changé, strictement rien changé, au chapitre des libertés au Canada. De plus, dans tous les pays occidentaux, les communautés musulmanes sont au bas de l’échelle à tous les niveaux. Par ce fait même, leur influence sur la vie politique, médiatique et intellectuelle est, à toutes fins utiles, inexistante ou tout au plus, insignifiante. Par quel miracle donc et par quelle force mystérieuse, les musulmans se transformeraient-ils subitement en une insidieuse autorité de censure apte à empêcher les Bombardier, Facal et autres chroniqueurs douteux de ce monde de déverser leur fiel sur toutes les tribunes ? Mystère et boule de gomme. Connaissez-vous une autre religion et d’autres personnes qui soient aussi critiquées et aussi vilipendées de nos jours que l’islam et les musulmans, honnêtement ? Il appert donc clairement que cette censure imaginaire et cette liberté supposée en péril ne sont qu’une ruse pour permettre tous les excès et légitimer toutes les dérives.

« Pourquoi parle-t-on de la foi des gens au lieu de parler de leur nationalité ? Pourquoi tout ramener à leur foi, aurait-on le droit de qualifier les Chiliens, les Colombiens ou les Québécois de souche de chrétiens ? » Excellente question, qu’il faut également poser à Alexandre Bissonnette. Est-il allé à cette mosquée de Québec pour tuer des Algériens, des Tunisiens et des Guinéens ou pour tuer des musulmans ? La voiture du président du centre culturel islamique a-t-elle été brulée parce qu’il est Tunisien ou parce qu’il est musulman ? Les manifestations devant les mosquées, les actes de vandalisme qui frappent certaines d’entre elles, sont-elles tenues parce que ces dernières sont fréquentées par des Pakistanais, des Iraniens, des Égyptiens, ou parce qu’elles sont fréquentées par des musulmans ? La réponse s’impose d’elle-même.

« L’Islam n’est pas une nationalité, et par voie de conséquence, la critique de l’islam et des musulmans, même dans sa forme la plus extrême, ne peut être considérée comme une forme de racisme. » Oui, sauf qu’il faut se rappeler que l’antisémitisme n’est pas lié non plus à une nationalité, et pourtant tout le monde y voit l’une des formes les plus abominables du racisme et de la haine. De leur côté, les idéologues de la haine font tout pour transformer l’Islam en une nationalité. Bombardier, Facal, Martineau, tous nous présentent par exemple Djemila Benhabib comme une musulmane, même si cette dernière ne se réclame pas de cette religion et qu’elle a décidé plutôt de mener sa vie « à contre-Coran », elle est considérée musulmane du simple fait qu’elle s’appelle Djemila, et juste parce que sa critique de l’islam peut être instrumentalisée, ainsi que mieux diluer leur propre haine dans un édulcorant républicain.

Pour conclure, il est important de souligner ici que le refus d’admettre l’existence de l’islamophobie relève plus d’une posture idéologique que d’une nécessité de défendre les valeurs démocratiques et la nature républicaine de l’État. Nous avons tous, dans un passé récent, assisté, un peu amusés, à la formidable levée de boucliers pour défendre le maintien du crucifix à l’Assemblée nationale par ceux-là mêmes qui nous disaient que les fondements de la société sont ébranlés par le port du voile et le sacrifice de quelques agneaux dans les fermes du Québec.

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