Édition du 23 mai 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Que reste-t-il du 4 mai 2012 ?

Il a cinq ans, Victoriaville était secouée par l’émeute la plus violente du conflit étudiant et j’y étais. J’en garde aujourd’hui une leçon qui pourtant était déjà une évidence pour nombre de personnes : un conflit social existe entre des groupes aux intérêts économiques diamétralement opposés et la structure de l’État est indexée sur le rapport de force entre ceux-ci. Mais le 4 mai a surtout été l’occasion de constater que ce rapport de force se maintient avec une bonne dose de violence parfois manifeste comme ce fut le cas ce soir-là et parfois beaucoup plus discrète.

Pour comprendre, il faut se remettre dans le contexte des évènements : le gouvernement Charest propose une forte hausse des frais de scolarité qui aurait un effet négatif sur l’accès aux études supérieures pour de nombreuses personnes. Cette augmentation est saluée par divers groupes explicitement ou implicitement liés au patronat et de l’autre côté, largement rejetée par les étudiants et les étudiantes ainsi que par les syndicats. Pendant des mois, le gouvernement refuse le dialogue et fait preuve d’un mépris évident à l’encontre des manifestants et des manifestantes. Des évènements tels que ceux ayant eu lieu en marge du Salon Plan Nord viennent exacerber la tension. Le 4 mai 2012, tout y est pour qu’un véritable affrontement se produise.

Ce retour sur le contexte est essentiel parce qu’il permet de sortir à la fois de l’analyse qui individualise la violence ou encore de celle qui regarde les évènements d’un point de vue tactique. C’est un véritable conflit de classe qui a lieu. À une violence sociale diffuse et discrète s’est substituée une violence sociale tout aussi diffuse, mais beaucoup plus manifeste. Le fait d’augmenter les frais de scolarité était un affront direct parce qu’il renforçait l’inaccessibilité des institutions postsecondaires. Parallèlement, la brutalité avec laquelle le déploiement policier s’est effectué a bien montré à quel point l’État n’était pas neutre dans le rapport de force entre classes. Alors que les guichets automatiques vandalisés et les vitrines brisées étaient montrés comme des actes violents, la hausse des frais de scolarité n’était pas présentée comme un acte de privation particulièrement violent et les actes de brutalité policière évidents étaient encensés par plusieurs personnes influentes et fortement médiatisées.

Aux termes de ce texte, il est possible de se demander pourquoi j’ai désiré retourner sur ces évènements. Cinq années ont passé et certaines personnes se disent probablement que tout cela n’est plus d’actualité. Or, rouvrir les plaies ouvertes par le 4 mai et plus largement par 2012 est nécessaire afin de bien appréhender l’actualité. Si les différents scandales qui concernent les subventions attribuées à Bombardier, le dédommagement de Pétrolia ou la corruption ne provoquent plus de manifestations particulièrement musclées, il n’en reste pas moins qu’il y a aussi dans ces cas la présence d’un conflit de classe latent.

Le fait que les premières années du gouvernement Couillard aient été marquées par des mesures d’austérité drastiques en éducation ainsi qu’en santé et que, parallèlement, des quantités scandaleuses d’argent soient offertes sur un plateau d’argent à de hauts dirigeants n’a pas de quoi surprendre. Les personnes qui y ont vu une incohérence ou une erreur oublient de qui le PLQ est le laquais. Ce sont ces liens qui étaient directement exposés le 4 mai 2012 : un appareil de coercition d’État dirigé par un parti largement influencé par de grands intérêts financiers s’attaquait à des jeunes qui, pour une bonne part, étaient des étudiantes ou des étudiantes universitaires de première génération.

En outre, le legs du 4 mai 2012 est le constat d’une violence sociale nécessaire au maintien d’un rapport de force qui, encore aujourd’hui, permet à une minorité de célébrer d’immenses empires construits sur l’échine de ceux et celles qui triment pour de vrai.

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