Édition du 11 décembre 2018

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La campagne de QS à coeur ouvert

La campagne de QS à cœur ouvert

Québec : la vague

On ne s’attendait pas à cela. Dans Taschereau où la députée sortante Agnès Maltais laissait la place, cela semblait prometteur. Mais maintenant, on a dans la capitale nationale un véritable vent QS. Si c’était la même chose à l’échelle du Québec, on penserait que Jack Layton est revenu…

Pourtant et ce depuis longtemps, Québec vote surtout à droite, tant au fédéral qu’au provincial et même au municipal. Il s’est donc produit ici une chimie particulière et il y a sans doute plusieurs raisons pour expliquer cela. On ne peut mettre de côté l’impact positif de la fusion entre Option Nationale et QS finalisée l’automne dernier.

En s’alignant plus explicitement sur l’indépendance, QS est devenu un pôle pour les indépendantistes, y compris des péquistes déçus qui décident de changer d’allégeance, d’autant plus que dans la plupart des comtés de Québec, le vote « utile » n’est plus comme c’était auparavant, pour le PQ.

Chef d’Option nationale jusqu’à la fusion avec QS, Sol Zanetti est un gars du coin dans Jean-Lesage, avec au cœur le quartier militant de Limoilou où il est d’ailleurs prof au cégep. Présentement selon les fluctuations du jour, Sol est deuxième dans les sondages, pas loin derrière la candidate de la CAQ. Dans le comté voisin de Taschereau, Caroline Dorion est en tête. Est-ce qu’on peut imaginer un petit miracle ? Imaginez l’impact que cela aurait sur l’ensemble du Québec…

Qu’est-ce qui arrive à Québec ? On n’en revient pas …

On se pince nous-mêmes. On n’arrête pas de réunir des centaines de gens. On a de la misère à accommoder les militant-es qui veulent donner un coup de main. On doit refuser du monde dans nos assemblées publiques. Pour moi qui était là à l’époque avec les Profs contre la hausse, il y a comme une odeur de 2012. On voit toutes les générations, avec au premier plan ceux de la vingtaine, les enfants de 2012 en fin de compte. C’est époustouflant. Il n’y a pas de commune mesure avec ce qui s’est passé avant. Une fois dit cela, on ne prend rien pour acquis. Il faut travailler d’arrache-pied…

Quelles sont les causes de cette éruption ?

Je pense qu’il y a l’accumulation, les semences qui ont été plantées, une sorte de convergence entre le ras-le-bol et le tout-à-coup-que. Cela me frappe qu’il y a des idées, voire des mots tabous qui n’en sont plus. Les gens dans la rue parlent de « changement de paradigme », de transcender le capitalisme ! On se fait parfois traiter de pelleteux de nuages, mais de plus en plus, les gens disent, ce sont les autres qui ne font pas de sens. Défendre le statu quo, c’est ce qu’il y a de plus délirant, et non pas le désir de passer à autre chose.

Parlons des autres partis dans Jean-Lesage…

La candidate-vedette du PLQ, Gertrude Bourdon, que Couillard annonçait comme la future ministre de la santé, a pas mal dégringolé. On l’a vu comme une opportuniste qui cherchait un parti comme on cherche une job. Plus encore, c’est elle qui gérait le secteur de la santé sous la houlette du bon docteur Barrette, que tout le monde déteste, surtout dans les nombreux établissements dans notre comté. Et si on ajoute à cela l’écoeurite face aux Libéraux, ça regarde mal pour madame Bourdon.

Çà profite à la CAQ

Bien sûr, mais de plus en plus, les gens se demandent. Qu’est-ce qu’ils proposent exactement ? Leur candidate, Christine Gamache, défend le secteur scolaire public, alors que son chef voudrait que les parents aient le droit de choisir leurs écoles, comme en Oklahoma, sans compter qu’il fermerait les commissions scolaires, ce qui accentuerait les disparités entre les régions pauvres et les plus démunies ! C’est du n’importe quoi, et ça ressort dans les débats publics ici à Québec. Il reste à la CAQ l’idée du « changement », n’importe quoi sauf le PLQ, mais ça s’effrite.

Et le PQ ?

Ils sont dans la cave, la candidate vedette dans Taschereau, Diane Lavallée, est amère. Elle parle d’un parti qui a de l’expérience », ce qu’on n’aurait pas à QS. Elle ne se rend pas compte que c’est justement cela leur problème… Ni Dans Taschereau ni dans Jean-Lesage, le PQ n’est dans la course.

Alors le champ est ouvert…

On a une grosse équipe, 4 personnes à temps plein et plus de 200 militant-es. On est présents dans tous les coins, y compris dans les quartiers les plus démunis. On oublie quelques fois que Jean-Lesage est la circonscription qui compte le plus de bas revenus au Québec, on est la 125ième sur 125. Il y a plein de gens qui vivent dans la pauvreté, avec des maladies diverses, exclus, mal-logés, bousculés par la gentrification. Habituellement, ces gens ne votent pas. Ils sont trop exclus. Mais nous, on leur parle, dans une langue qu’ils comprennent, de l’assurance-dentaire, de la gratuité scolaire, du $15 de l’heure, des « vraies affaires » comme disait l’autre. Et on va faire sortir ce vote !

Et en plus, il y a la question de l’environnement…

On est le quartier le plus pollué de Québec et personne ne fait rien. Le gouvernement du Québec doit obliger le Port à couvrir ses transbordements pour arrêter les poussières. On est contre l’agrandissement du port pour préserver la baie de Beauport. On est pour une diminution de la circulation automobile, en transformant l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain. On pourrait aussi parler de l’incinérateur et de la gestion des déchets.

La population est très majoritairement blanche et francophone…

Oui mais de plus en plus, on a des communautés importantes du Maghreb et d’Afrique. On y va, on s’explique. Y compris dans la mosquée du coin, où on a reçu un accueil émouvant. Plusieurs immigrants sont chauffeurs de taxis. Ils se souviennent que le seul qui les a défendus a été Amir Khadir contre les prédateurs d’Uber avec leurs protecteurs libéraux.

On ne peut pas de pas demander à l’ex président d’Option nationale ce qu’il pense de l’importance de la question nationale dans cette campagne électorale ?

Moi, je suis réjoui. Ici à Québec, on en a fait une pré campagne électorale autour de la nécessité de l’indépendance et cela a très bien fonctionné. Ce n’est pas peut-être pas la première chose qui vient à la tête des gens quand on les rencontre dans la rue, mais quand on le dit, ça clique. L’indépendance, c’est un peu comme le féminisme dans QS, c’est transcendant, On reste fidèle à nos principes et on s’explique. D’ailleurs Manon Massé l’a bien fait dans le débat des chefs. Elle a ce qu’on pourrait dire une attitude « décomplexée » par rapport au projet d’indépendance. Bien sûr, cela confronte le discours dominant dans les médias, mais on persiste et on signe !

Qu’est-ce qui va se passer pour toi le 2 octobre ?

Présentement, je suis à quelques points de la première place et ça continue de monter. Le 2 janvier, je vais prendre l’avant-midi de congé et ensuite, je vais aller demander à mon employeur, le cégep de Limoilou, un autre congé sans solde de quatre ans.

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