Édition du 18 avril 2017

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur les politiques d’alliance

Québec, 8 avril 2017

Québec solidaire discute de ses politiques d'alliance

Samedi le 8 avril dernier, près d’une centaine de personnes de Québec solidaire se sont réunies à Québec pour s’approprier et échanger sur les trois options offertes à la discussion concernant les politiques d’alliance qui seront présentées au prochain congrès au mois de mai. Vous retrouverez ci-dessous les vidéos des différentes interventions des personnes du panel réuni pour cette occasion : Marie-Céline Domingue, Marie-Josée Forget, Julie Dionne, André Frappier, Andrés Fontecilla et Amir Khadir. La rencontre était animée par Manon Massé et elle a pu être visionnée en webdiffusion.

La discussion a montré que les militantes et les militants de QS se rangeaient autour de l’une ou l’autre orientation ou étaient encore à se faire une tête sur ces questions. Si des personnes insistent sur la rupture avec le Parti québécois et ce qu’il représente d’autres soulignent l’importance de battre le gouvernement Couillard et affirment qu’il ne faut pas hésiter à conclure des alliances. Pour d’autres encore, il ne s’agit pas de faire des alliances mais de signer des ententes de non-agression pour se mettre en meilleure posture afin de permettre à QS de faire un bond en avant et élargir sa députation. Un débat stratégique qui n’est en rien superflu.

Manon Massé introduit le débat sur les politiques d’alliance


Intervention de Marie-Céline Domingue, responsable de la Commission des femmes de Québec solidaire sur les impacts possibles des politiques d’alliances sur les femmes, particulièrement en ce qui a trait à la parité


Réflexions du Comité antiraciste de Québec solidaire sur les politiques d’alliance

Message aux membres de Québec solidaire par le comité antiracisme (comité ad hoc)

Le comité antiracisme de Québec solidaire s’est donné pour mission de s’assurer que toute militant-e de gauche au Québec, racisé-e ou non, puisse être bien accueilli dans le parti. Pour ce faire, il émet des commentaires et des recommandations tant sur le fonctionnement et la composition de nos instances que sur le discours de QS.

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Nous souhaitons intervenir suite aux décisions du dernier Conseil national (CN), des actualités québécoises (notamment la tuerie de Ste-Foy) et des appels persistants à la convergence des forces souverainistes.

En posant les conditions d’alliances avec d’autres organisations ou mouvements lors du dernier CN, les membres de QS ont souhaité ne pas présenter le parti comme sectaire aux yeux de la population québécoise. Ce faisant, il a pris le risque de gommer la clarté de la ligne qui le distingue du Parti québécois (PQ). Il était évidemment prévisible que la décision du CN de QS soit comprise par la population comme le premier pas d’un rapprochement avec cet autre parti politique. Les fréquentes mentions dans les médias d’une possible convergence des partis souverainistes contribuent à ce même effet.

Selon nous, cette stratégie peut se comprendre si l’on analyse le débat sous l’angle de la « grande famille souverainiste ».Mais d’un point de vue antiraciste, ce choix est une erreur.

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Pour le comité antiracisme, et pour une part croissante de la population québécoise, ne pas rejeter d’emblée une alliance avec un parti xénophobe est aussi impensable que de ne pas rejeter d’emblée une alliance avec un parti néolibéral (surtout lorsque le parti xénophobe est également néolibéral dès qu’il forme un gouvernement…).

Le comité antiracisme ne comprend pas pourquoi QS fait une hiérarchie entre ces deux adversaires politiques, le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). De fait, pour tout plein de jeunes Québécois-e-s et de jeunes militant-e-s, racisé-e-s ou non, et dont dépend la capacité de renouvellement de la gauche québécoise, voire de la société québécoise, le PQ est une menace aussi grande que le PLQ. Ces personnes n’ont guère été considérées par l’écho communicationnel prévisible de la prise de position du dernier Conseil national et nous le déplorons.

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L’effet de la même position aurait pu être atténué par une plus grande insistance sur l’enjeu antiraciste. Mais sa mention (sous le vocable « d’inclusion ») dans les conditions de QS est faible. Le projet politique libéral de notre époque se caractérise par sa faiblesse. QS gagne à mettre en valeur sa combativité et donc à « combattre le racisme ».

D’ailleurs, le comité antiracisme se demande si QS n’aurait pas rejeté d’emblée, et avec raison, toute possibilité d’alliance avec le PQ, si son nouveau chef était reconnu pour faire usage d’une rhétorique masculiniste ? Nous croyons que QS aurait fermé la porte sans attendre et c’eût-été un choix juste. Pourquoi avoir davantage de tolérance envers une rhétorique xénophobe, au moment où l’extrême-droite connaît une montée fulgurante, forme des gouvernements et menace désormais l’intégrité physique des personnes racisées partout en Occident ?

Depuis quelques années, on voit l’amplification des groupes d’extrême-droite au Canada. Le Québec est d’ailleurs identifié comme terrain fertile pour la montée des groupes raciste ou néo-nazi tels que Le Meute, les Soldats d’Odin, Atalante, la Fédération des québécois de souche, etc. Ces organisations semblent connaître une augmentation de leurmembrariat et ont entrepris de tenir des manifestations xénophobes après les attentats de Ste-Foy.

L’histoire nous enseigne comment des partis politiques comme le PQ promouvaient le nationalisme ethnique dans un contexte d’anxiété et d’incertitude liés à la crise du capitalisme. Les néolibéraux d’ici et d’ailleurs, du PLQ et du PQ ont appauvris des populations qui rejettent maintenant l’establishment. Les organisations xénophobes cherchent à canaliser cette colère populaire vers des personnes vulnérables, dont les personnes racisées.

Le chef actuel du PQ rejette les préoccupations citoyennes sur l’enjeu du racisme systémique. Pire, plusieurs de ses récentes déclarations montrent qu’il nie l’ampleur du racisme et de l’islamophobie vécus par les Québécois-e-s issues de minorités culturelles et religieuses. Il présente cette revendication pour la justice entre les citoyennes et les citoyens comme un procès fait aux Québécois et une tentative de les culpabiliser et d’étouffer toute discussion sur la laïcité ou les seuils d’immigration.

Le comité antiracisme se demande par conséquent comment il est possible d’envisager un quelconque rapprochement avec une organisation qui ne partage pas les valeurs de QS comme le montre ces tactiques rhétoriques graves.

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Dans la couverture médiatique – prévisible – de nos décisions de Conseil national, peu importe l’avis « réel » des membres de QS à l’égard des possibilités de réaliser effectivement une alliance avec le PQ, nous avons laissé entendre de facto que le PQ est un véhicule potentiellement « moins pire » que le PLQ. Notre président est même cité dans un article du Devoir traitant directement de la question d’une alliance PQ-QS en disant qu’il s’agit « d’un pas fondamental ».

Le seul pas fondamental que peut y voir un militant, une militante antiraciste est qu’un parti de gauche s’apprête à cautionner la dérive xénophobe qui s’abattra davantage encore sur le Québec comme sur le reste de l’Occident. Or, notre parti n’est pas un parti de gauche si nous ne sommes pas inflexibles sur certains principes. Nous avons vu notre députation voter le dos tourné à l’Assemblée nationale sur un projet de loi indigne et nous nous sommes reconnus en elle. Et nous avons créé notre parti pour ne plus laisser entretenir l’impression que le PQ était un parti de gauche au Québec. Depuis aussi longtemps que l’imposition du workfare en 1984, en passant par le déficit zéro et l’application de politiques d’austérité par le bref gouvernement Marois, par l’adhésion au New Public Management et les scandales de corruption en terme de financement, le PQ ne propose aucune vision d’une justice économique et sociale qui le distinguerait des libéraux.

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Trois jours à peine après notre prise de position en CN, le PQ, alerté par des sondages, a relancé la surenchère identitaire avec la CAQ. Comme si QS n’avait rien offert en terme de « conditions ». Comme si de rien n’était.

Cette situation a ouvert la voie à QS pour se positionner clairement, et avec mordant, avec un message qui pourrait ressembler à celui-ci :

1- QS a mis ses conditions pour évaluer toutes les formes d’alliances.
2- QS a évalué le cas du PQ.
3- Le PQ montre à nouveau qu’il est engagé dans une surenchère xénophobe qui fait écho aux tactiques de l’extrême-droite partout en Occident.
4- Vis-à-vis de la mollesse et de l’hypocrisie du PLQ qui d’un côté dépossède et abandonne les gens en créant les conditions matérielles du développement de l’extrême-droite, et de l’autre est incapable de servir de rempart ni même de traiter de la question du racisme systémique,
5- Et à la lumière de l’évolution politique extrêmement inquiétante en Europe et aux États-Unis,

Québec solidaire déclare :
- que toute la population Québécoise, sans exception, a raison d’être furieuse étant donné la dépossession et l’appauvrissement qu’elle subit
- que QS justement porte un projet radical de transformation socioéconomique du Québec qui reprend là où avait laissé la Révolution tranquille
- que jamais ce projet ne fera de concession au racisme - qu’au contraire nous combattrons le racisme partout où il se trouve parce qu’il n’y a pas de solidarité humaine, donc pas de gauche, s’il l’on tolère le racisme
- que nous souhaitons la mise sur pied d’une convergence antiraciste au Québec, avec toutes les organisations ou mouvements qui veulent combattre la montée du fascisme.
- que nous dénonçons les tactiques lâches de la CAQ et du PQ qui s’en prennent aux personnes déjà stigmatisées étant donné l’incapacité de ces formations politiques à faire preuve d’un véritable courage, celui qui mène à se tenir droit devant les vrais responsables de la dépossession, les élites d’affaires.


Julie Dionne, militante de Québec solidaire en Estrie présente un point de vue régional sur la question des alliances.


André Frappier, membre du Comité de coordination de Québec présente l’Option A : Viser un véritable front uni contre l’austérité, pour la transition énergétique et l’indépendance


Andrés Fontecilla et Amir Khadir présentent l’option B : Pour que Québec solidaire devienne la maison de celles et ceux qui se battent contre le néolibéralisme et contre le gouvernement libéral


Entente électorale avec le PQ ou non : prendre le temps de bien faire les choses

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